(Montréal) Alors qu’Alimentation Couche-Tard négocie avec Carrefour dans le but d’acquérir le géant de l’alimentation, le gouvernement Legault semble avoir ouvert des canaux diplomatiques avec la France, qui s’inquiète pour l’avenir de son fleuron.

Julien Arsenault La Presse Canadienne

« Nous sommes en contact avec l’Élysée au moment où l’on se parle pour promouvoir le fait que Couche-Tard pourrait être un bon propriétaire », a affirmé jeudi après-midi le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en marge d’une annonce sur un autre sujet.

Répondant brièvement en anglais à une question sur le dossier, le ministre a donné l’exemple de la société française Alstom, qui est devenue un « bon propriétaire » pour Bombardier Transport — une transaction qui sera finalisée le 29 janvier.

M. Fitzgibbon n’a pas élaboré davantage. Couche-Tard n’avait pas répondu, jeudi après-midi, à une demande d’information entourant les propos du ministre québécois de l’Économie.

Les commentaires de ce dernier survenaient quelques heures après une nouvelle sortie du ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, qui avait déjà réservé un accueil tiède aux négociations la veille, dans laquelle il a réitéré ses réticences à une potentielle prise de contrôle étrangère du détaillant.

« Je n’ai rien contre cette grande entreprise, a-t-il lancé, dans le cadre d’un évènement organisé par l’agence Reuters. Mais voir Carrefour être rachetée par une entreprise étrangère serait une difficulté majeure pour nous tous. Car encore une fois, il faut assurer la sécurité alimentaire des Français. »

En dépit de cette sortie, l’agence Bloomberg a pour sa part rapporté, en citant des sources confidentielles gravitant autour du détaillant français et du gouvernement Macron, que le ministère des Finances serait prêt à se pencher sur une proposition officielle.

Couche-Tard a proposé une offre valorisée à environ 25  milliards CAN — 20 euros par action — pour Carrefour dans ce qui serait la plus importante acquisition de l’exploitant de dépanneurs et de stations-service advenant un accord entre les deux parties. Le paiement s’effectuerait essentiellement en argent.

L’entreprise française, qui est le plus important employeur privé dans l’Hexagone avec plus de 100 000 salariés, a vu le jour il y a plus de 60 ans. Elle exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs répartis dans 30 pays comme la France, l’Espagne, l’Italie, le Brésil, l’Argentine et Taïwan. Son effectif est supérieur à 320 000 employés.

De son côté, le réseau mondial de la société établie à Laval compte 14 200 points de vente.

À la Bourse de Toronto, jeudi, l’action de catégorie B de Couche-Tard a continué à perdre des plumes, retraitant de 2,2 %, ou 81 cents, pour clôturer à 36,39 $. Ce recul est moins prononcé que celui de 10 % enregistré la veille alors que les investisseurs semblaient s’interroger sur la stratégie de la société, spécialisée dans le commerce de proximité.

Sur le parquet de la Bourse de Paris, le titre de Carrefour a retraité de 2,55 % pour terminer à 17,10 euros.

L’agence de notation Moody’s a par ailleurs estimé qu’il était trop tôt pour évaluer l’impact d’une potentielle transaction sur les finances de Couche-Tard à ce stade des négociations.

« Couche-Tard a l’habitude de réaliser des acquisitions de manière disciplinée et à des multiples raisonnables, a souligné Moody’s, dans une note. L’offre pour Carrefour représenterait environ sept fois (le bénéfice d’exploitation ajusté), ce qui cadre avec les autres importantes transactions réalisées par l’entreprise dans le passé. »