Amazon est disposé à acheter des milliers de camions électriques à Lion, et le constructeur de véhicules urbains de Saint-Jérôme pourrait en produire plus de 10 000 d’ici 2030 pour le géant mondial du commerce électronique. L’entente, signée l’été dernier mais rendue publique durant le congé du jour de l’An, peut même permettre à Amazon de devenir l’un des principaux actionnaires de Lion.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

L’accord donne à Amazon des bons de souscription lui permettant d’acquérir jusqu’à 8,6 millions d’actions de Lion, l’équivalent d’une participation de 20 % dans l’entreprise.

L’exercice de la totalité des bons de souscription doit se faire sur une période de huit ans et exige qu’Amazon dépense au moins 1,1 milliard US pour acheter des produits ou services offerts par Lion durant cette période.

Le contrat exige que Lion protège pour Amazon une capacité de production allant jusqu’à 2500 camions d’ici 2025 inclusivement, avec un maximum de 500 par année.

« L’idée est de garder une flexibilité dans la production pour nos autres clients », a dit le PDG de Lion, Marc Bédard. « Si Amazon nous en demande 700 ou 800 par année, on pourrait le faire, mais c’est à notre discrétion. »

Amazon s’est aussi entendu pour avoir une option sur la production de 2026 à 2030. « Amazon a le droit d’avoir 10 % de notre capacité de production pour ces années, dit Marc Bédard. On pense avoir une capacité d’environ 23 000 véhicules par année rendus là. Alors 10 % de notre production serait 2300 véhicules par an. »

Ça veut donc dire un total potentiel de 10 000 à 15 000 camions pour Amazon d’ici 2030. « L’objectif pour nous est évidemment de produire beaucoup de camions pour Amazon, c’est clair. En termes de potentiel, c’est notre plus gros client », affirme le PDG.

Le contrat stipule également que Lion doit s’occuper de l’entretien et des besoins de formation pour Amazon. Lion avait indiqué en septembre qu’Amazon avait commandé une dizaine de camions. Amazon a déjà reçu deux de ces camions, destinés à être utilisés au sein de son réseau, mais pas pour les livraisons à domicile. L’entente rendue publique récemment ne précise pas quelles fonctions rempliront les milliers de camions à produire.

Bientôt en Bourse

Les détails de la relation avec Amazon sont précisés dans un document complémentaire à l’entrée en Bourse de Lion déposé auprès de la Securities and Exchange Commission. Le début des transactions à la Bourse de New York sous le symbole « LEV » est attendu en mars.

Le saut de Lion sur Wall Street s’effectuera par l’entremise d’une fusion avec Northern Genesis, une société d’acquisition à vocation spécifique dont les actions sont actuellement déjà inscrites à New York.

Les modalités du contrat permettent à Amazon d’acheter des actions de Lion à un prix préétabli qui risque de s’avérer avantageux, souligne le gestionnaire de portefeuille montréalais Philippe Hynes, de la firme Tonus Capital. « Peut-être que la simple opportunité de pouvoir acquérir des actions de Lion à un prix intéressant va valoir la peine pour Amazon d’acheter des camions », dit-il.

Le financement privé accompagnant le projet d’inscription à Wall Street accordait le mois dernier une valeur boursière d’environ 2 milliards US à Lion.

L’inscription en Bourse doit permettre à l’entreprise fondée il y a 13 ans de récolter un demi-milliard US pour financer son expansion.

Lion prévoit principalement d’utiliser les 500 millions US récoltés pour avoir une usine d’assemblage de véhicules aux États-Unis, dans un État qui reste à confirmer, et construire une usine de fabrication de batteries au Québec, fort possiblement à Saint-Jérôme. L’annonce précisant le choix des emplacements est imminente.

L’usine actuelle de Saint-Jérôme a une capacité de production de 2500 véhicules par année. L’entreprise compte présentement un peu plus de 300 véhicules sur les routes et prévoit livrer 650 véhicules cette année.

Le chiffre d’affaires de Lion s’est élevé à 30 millions US en 2019. Jusqu’ici, la majeure partie des revenus de Lion ont été générés par la vente d’autobus scolaires électriques. À partir de maintenant, cependant, Lion anticipe qu’une portion « significative » de ses revenus proviendra de ses camions urbains électriques.

L’ambition de Lion est de générer en 2024 un chiffre d’affaires de 3,5 milliards US et des ventes de 18 000 véhicules.

Selon nos informations, les principaux actionnaires de Lion à l’entrée en Bourse seront Power Corporation (31 %), les fondateurs Marc Bédard et Camille Chartrand (15 %), et le fonds d’investissement XPNDCroissance d’Alexandre Taillefer (10 %).

La taille du marché électrique cible en Amérique du Nord est évaluée à 100 milliards US pour les camions urbains et à 10 milliards US pour les autobus. Les grands exploitants de parcs de camions comme UPS, FedEx ou Pepsi sont tous dans la ligne de mire de Lion.