(Montréal) En attendant les détails du nouveau tour de vis que doit annoncer le gouvernement Legault mercredi dans l’espoir de contenir la propagation de la COVID-19, plusieurs secteurs de l’économie espèrent des mesures qui pourront leur permettre d’atténuer une partie des effets négatifs des nouvelles restrictions attendues.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Selon les scénarios évoqués par différents médias, les annonces pourraient, à l’instar du printemps dernier, avoir des répercussions sur l’industrie manufacturière, la construction ainsi que les commerces jugés « non prioritaires » — qui ont été forcés de fermer leurs portes le 25 décembre dernier.

Au bout du fil, mardi, la présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx, n’a pas caché son inquiétude. Elle a rappelé que le secteur manufacturier, qui compte plus de 450 000 travailleurs et représente 89 % des exportations, n’avait pas été épargné par la pause forcée il y a un peu moins d’un an.

« Le Québec a été l’un des seuls endroits dans le monde à ne pas avoir reconnu l’industrie comme étant essentielle, dit Mme Proulx. Nous voulons éviter à tout prix de devoir fermer des usines. Quand on ferme, on perd non seulement des contrats, mais on écope aussi de pénalités parce qu’on ne respecte pas des engagements. »

Selon la dirigeante de MEQ, qui représente quelque 1100 manufacturiers, les fermetures obligatoires du printemps dernier ont provoqué une baisse des ventes de 28 % pour l’ensemble du secteur, ce qui représente environ 4 milliards.

Un resserrement des mesures devrait toutefois épargner des abattoirs ainsi que les installations de transformation alimentaire, puisqu’il s’agit de services considérés essentiels. Mme Proulx a estimé que l’industrie avait « tout mis en place » pour assurer la sécurité des travailleurs. Pourtant, selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), avant le temps des Fêtes, les industries manufacturières représentaient 40 % des cas d’infection.

« Si nous sommes parmi les seuls à fonctionner, il devrait y avoir moins de cas, car beaucoup de travailleurs se contaminent à l’extérieur et ramènent (le nouveau coronavirus) en entreprise », a dit la dirigeante de MEQ, sur le sujet.

Résignés, mais des demandes

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, espère que le gouvernement Legault permettra la cueillette en bordure de rue ou à l’auto, ce qui n’est pas le cas actuellement.

S’il est « écrit dans le ciel » que les fermetures obligatoires se prolongeront au-delà du 11 janvier pour les commerces non essentiels, le directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Stéphane Drouin, espère que le gouvernement Legault permettra la cueillette en bordure de rue ou à l’auto, ce qui n’est pas le cas actuellement.

« C’est notre minimum viable, a-t-il dit au cours d’une entrevue téléphonique. Après deux semaines (de fermetures forcées), il va commencer à y avoir des besoins pour des vêtements, des chaussures et certains électroménagers. Il s’agit de catégories pour lesquelles le ramassage sur rue pourrait s’appliquer. »

En plus de permettre aux détaillants de réaliser des ventes, M. Drouin a souligné que cette façon de faire permettrait aux entreprises de moins grande taille d’économiser sur les frais de livraison.

Même si les détaillants se « préparent mentalement » aux annonces de Québec, le directeur général du CQCD n’a pas caché que la situation risque d’être encore plus difficile pour bon nombre de commerçants, qui misent sur les premières semaines de l’année pour écouler leurs stocks.

« Ces ventes de liquidation de janvier sont très importantes, a-t-il relaté. Elles permettent de générer les liquidités nécessaires pour passer au travers des semaines plus tranquilles et réaliser les achats des prochains produits saisonniers. La chaîne de liquidités a le potentiel de débarquer. »

Invité à dire si la cueillette en bordure de rue ou à l’auto permettra aux commerces non essentiels de survivre, le directeur des relations gouvernementales au Conseil canadien du commerce de détail, Jean-François Belleau, a souligné que dans le contexte actuel, « chaque dollar gagné compte ».

« Est-ce que cela fera une différence sur la survie de l’un ou l’autre ? C’est un peu tôt pour le dire et la réponse des consommateurs jouera un rôle », a-t-il dit.

Finir le travail

Après une année qui s’est soldée par quelque 48 500 mises en chantier, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) espère que les décisions qui seront prises par les autorités ne provoqueront pas de retards dans les livraisons de nouvelles habitations.

« L’industrie livre chaque année 42 % des mises en chantier pendant le premier semestre de l’année (de janvier à juin), a souligné son vice-président aux affaires publiques, François Bernier, dans le cadre d’un entretien téléphonique. C’est donc 20 000 mises en chantier qu’il faut achever actuellement. »

Une pause forcée, même si elle est de courte durée, risque de susciter de nombreuses questions chez les clients qui attendent les clés de leur nouvelle demeure dans les semaines et mois à venir, a ajouté le porte-parole de cette association qui compte 18 000 entreprises membres.

M. Bernier a dit souhaiter une ouverture de la part de Québec « pour ne pas laisser les gens dans le trouble et terminer ce qui a été promis ».