« Je suis très fier de cette grosse année. »

Marc Tison Marc Tison
La Presse

À raison. Depuis mars, les effectifs de François Bernier se sont accrus de 250 % – une manière plus spectaculaire de dire que l’entreprise est passée de deux à sept employés, lui compris.

Pour le président fondateur de la firme de conseil Horizon B2B, spécialisée en stratégie d’affaires sur le web, l’arrivée de la COVID-19 avait pourtant constitué une très, très (insistons : très) mauvaise nouvelle.

Pour son cabinet, d’abord. « Le 15 mars, quand M. Legault a tout fermé, je pensais vraiment que c’était la fin de mon entreprise. »

Et pour lui, tout particulièrement. « Je suis dans les personnes à risque. Je travaille à 100 % de la maison. »

Il souffre d’amyotrophie spinale, une maladie dégénérative qui entraîne l’atrophie des muscles et qui a restreint sa mobilité aux quatre doigts de sa main droite.

« Mes muscles respiratoires sont beaucoup plus faibles, décrit-il. Aussitôt que j’ai une maladie respiratoire, c’est beaucoup plus difficile pour moi. »

Bref, il est atteint d’un défi. C’est ainsi qu’il l’a toujours vu.

« C’est sûr qu’avec un handicap lourd, je vis des challenges que d’autres ne vivent pas », exprime-t-il dans une visioconversation [néologisme]. « Moi, c’est quelque chose qui ne m’a jamais empêché de vouloir réaliser mes rêves. J’ai été en mesure de faire de très bonnes études à l’université. »

L’entrepreneur

En 2017, au terme de sa maîtrise en stratégie à HEC Montréal, il a fondé avec son ami Vincent Meslage sa première firme de conseil en stratégie web.

Il a vite compris le potentiel du réseau LinkedIn pour les relations d’affaires, et en février 2018, il a créé Horizon B2B, où son ami l’a rejoint.

L’entreprise ne comptait encore que deux employés, mais son horizon s’élargissait quand la pandémie a frappé.

On a perdu en l’espace d’une demi-journée presque tous nos clients. Ç’a été vraiment un gros choc.

François Bernier, président d’Horizon B2B

Heureusement, deux semaines plus tard, beaucoup d’entreprises, privées de foires commerciales et de rencontres d’affaires, ont commencé à réaliser le potentiel du web pour renouer des liens. Début avril, Horizon B2B entamait sa fulgurante croissance.

Depuis lors, François Bernier a engagé un nouvel employé par mois.

On aurait pu croire que le processus d’embauche serait ardu en période de pandémie, mais l’homme sait se faire convaincant.

« Mon objectif comme entrepreneur, c’est d’inspirer les gens qui ont des obstacles et des challenges à les surmonter pour avoir la carrière de leur rêve, dit-il. C’est vraiment une mission qui inspire mes employés. Et aussi, je dirais, même mes clients. »

L’entreprise a mis sur pied des formations pour soutenir les entreprises dans leurs stratégies de communication sur LinkedIn. « C’est quelque chose dont on est très fiers, qu’on a développé durant la pandémie, parce que notre mission est vraiment d’aider les entrepreneurs à surmonter leurs challenges. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Assis dans son fauteuil roulant, devant son écran d’ordinateur, François Bernier n’a pour outil de travail que la seule souris qu’il déplace de la main droite sur un plateau.

Côté challenge, François Bernier est un spécialiste et un modèle. Assis dans son fauteuil roulant, devant son écran d’ordinateur, il n’a pour outil de travail que la seule souris qu’il déplace de la main droite sur un plateau.

« J’arrive, comme vous le voyez, à utiliser ma souris, et c’est pas mal tout. Je tape avec un clavier qui apparaît sur l’écran. Je fais vraiment tout avec ma souris. »

Sa dextérité est pourtant limitée.

« Je ne suis pas la personne qui écrit les plus longs courriels ! », commente-t-il en souriant.

Des journées remplies

Tous ses employés travaillent à distance.

Chaque jour, il passe une heure ou deux à donner lui-même des formations en ligne. Il consacre ensuite deux ou trois heures au développement des affaires. Puis il rencontre virtuellement ses employés – « pour s’assurer qu’on s’améliore toujours ».

En somme, il communique, il parle, il échange, il discute. Or, « pour moi, c’est difficile de parler fort, parce que mon souffle n’est pas très bon », souligne-t-il.

« C’est un gros challenge quand je donne des formations d’une ou deux heures. Je dois mettre un respirateur, sinon je suis trop essoufflé. »

Je pensais que ça allait déranger mes étudiants, mais finalement, pas du tout. Vraiment personne ne s’est plaint à ce niveau-là. Encore une fois, c’est une preuve que lorsqu’on pense qu’il y a un obstacle, parfois c’est vraiment nos histoires qui vont nous arrêter.

François Bernier, président d’Horizon B2B

Mais rien ne semble l’arrêter.

Au cours des derniers mois, Horizon B2B a élargi son marché aux clients de toutes tailles – « tant des pigistes que de très grandes entreprises, avec leurs équipes de vente ».

L’entreprise a commencé à s’intéresser au Canada anglais et veut s’attaquer aux États-Unis et à la France en 2021.

« Je suis très fier de cette grosse année », disait-il donc.

Il a accepté qu’un photographe de La Presse se présente chez lui pour illustrer son propos : « Je ne suis pas très sorteux, ces temps-ci. »