Alors que l’industrie de la restauration vivote, des établissements comme Au Coq et les Rôtisseries Benny ont vendu plus de combos poulet-frites ces quatre dernières semaines qu’au cours de la même période l’an dernier.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Les ventes combinées des Rôtisseries Benny et Au Coq ont connu une hausse de 23,1 %, confirme Peter Mammas, président de Foodtastic, groupe qui possède plusieurs établissements, dont six restaurants Au Coq et autant de Rôtisseries Benny.

« Ça nous surprend », admet M. Mammas, qui avait bien du mal à expliquer cet engouement. Je pense que le poulet, c’est réconfortant. On offre des promotions sur des duos. On a des repas familiaux. » Selon lui, les prix affichés sur les menus de ses rôtisseries sont plus abordables que d’autres types de restaurants où un hamburger est parfois vendu à 25 $. Avec la pandémie, Foodtastic a également revu sa stratégie promotionnelle. L’entreprise qui devait diffuser à la radio des publicités pour ses restaurants La Belle & La Bœuf et Monza a finalement décidé d’utiliser ce budget pour faire la promotion des Rôtisseries Benny et Au Coq.

Si elles soutiennent ne pas avoir encore comblé les pertes causées par la fermeture des salles à manger, St-Hubert et Benny&Co., deux autres chaînes également reconnues pour leur menu où le poulet rôti vole la vedette, ont néanmoins enregistré une hausse importante de leurs commandes en ligne. Benny&Co. a connu une croissance de 198 % de ses commandes en ligne et une augmentation de 37 % de ses livraisons entre le 16 mars et le 10 mai.

Bien que les commandes pour livraison ou pour emporter ne compensent pas encore pour celles normalement enregistrées en salle à manger, Benny&Co. « monte la pente et est dans la bonne direction », soutient Nicolas Filiatrault, vice-président, finances et administration, de l’entreprise. Normalement, près de 30 % des commandes se font en salle à manger. À noter toutefois que la chaîne n’offre pas de service aux tables. Avant la COVID-19, on prenait la commande des amateurs de poulet au comptoir et ceux-ci pouvaient ensuite aller s’asseoir.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Elisabeth Benny, directrice du marketing et des relations publiques chez Benny&Co., et Nicolas Filiatrault, vice-président, finances et administration, de l’entreprise

St-Hubert est pour sa part passée de 36 000 commandes pour la période allant de janvier à mars à 90 000 commandes au cours des deux derniers mois. « Avoir autant de commandes, on n’aurait pas pu le prédire », admet Josée Vaillancourt, directrice des communications de Groupe St-Hubert.

Les représentants des chaînes interrogés ont tous souligné que les systèmes de livraison et de commandes en ligne en place bien avant la pandémie ont donné à ces rôtisseries une longueur d’avance sur d’autres établissements qui ne font normalement que du service aux tables.

Projets d’expansion

Autre signe que les rôtisseries réussissent à s’en sortir : l’ouverture de nouvelles succursales. C’est le cas de Foodtastic, qui a décidé de suivre son plan d’expansion avec de nouveaux restaurants Au Coq et Rôtisseries Benny au cours de la prochaine année. « En 2022, la situation va revenir à la normale », croit fermement Peter Mammas pour justifier sa décision d’aller de l’avant. Ses restaurants actuels n’offrent pas de places assises, mais les nouveaux mettront des tables à la disposition des clients qui souhaitent s’asseoir pour manger.

Du côté de la chaîne Benny&Co., qui compte 59 restaurants à travers le Québec, la COVID-19 n’a pas non plus freiné les ardeurs de l’entreprise familiale – maintenant dirigée par la deuxième et troisième génération avec Jean, Vincent et Yves Benny comme copropriétaires – dans ses projets. D’ici l’automne, trois nouveaux établissements Benny&Co. vendront du poulet à Charlesbourg, Lévis et Salaberry-de-Valleyfield.

On prend un risque [en ouvrant des restaurants]. On pense que les gens vont être déconfinés un jour et nos établissements vont être prêts.

Nicolas Filiatrault, vice-président, finances et administration, chez Benny&Co.

Bien que la gestion des salles à manger risque d’être plus compliquée pour les restaurateurs, les nouvelles adresses de Benny&Co. ne seront pas de simples comptoirs de commandes, elles offriront – comme c’est le cas dans la plupart de ses succursales – des places assises fort appréciées par les clients, souligne Elisabeth Benny, directrice du marketing et des relations publiques chez Benny&Co. « On va préconiser les tables qui sont déplaçables [pour respecter la distanciation] », précise-t-elle. Avis aux amateurs, toutefois, le traditionnel comptoir à salades disparaîtra des restaurants pour diminuer les risques de propagation.

La différence entre Benny&Co. et les Rôtisseries Benny

Les Rôtisseries Benny et Benny&Co. sont deux chaînes distinctes. Les premières sont propriété depuis 2019 du groupe Foodtastic, qui possède six restaurants, alors que Benny&Co. appartient à la deuxième et troisième génération de la famille Benny. Celle-ci possède 59 établissements au Québec et deux en Ontario. Auparavant, les Rôtisseries Benny appartenaient à Pierre Benny. Son cousin Jean Benny détenait pour sa part des restaurants Au Coq Rôtisseries et Au Coq. Ce dernier a voulu ensuite unifier toutes les rôtisseries de la famille sous le nom de Benny&Co. S’en est suivi un litige judiciaire pour l’utilisation du nom Benny. Un juge a finalement tranché en 2016 : les deux entreprises pouvaient continuer à utiliser cette appellation.