Installé aux commandes de Bombardier, le nouveau président et chef de la direction Éric Martel souhaitait exprimer à ses employés l’enthousiasme qu’il éprouve en rentrant au bercail. La pandémie de COVID-19 l’a toutefois forcé à opter pour la prudence.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

« Notre monde a radicalement changé au cours des dernières semaines, a écrit l’ex-dirigeant d’Hydro-Québec dans le message qu’il adresse aux travailleurs du constructeur d’avions et de trains et qui a également été publié sur le réseau social LinkedIn. Il est indispensable de nous aligner sur les bonnes priorités pour d’abord stabiliser nos activités et ensuite faire grandir notre entreprise. »

Sans jamais faire allusion à son prédécesseur Alain Bellemare, M. Martel, qui évoque à deux reprises son souhait d’instaurer un « changement de culture » chez Bombardier, énumère également les six priorités sur lesquelles il s’attardera au cours des 12 prochains mois.

Sans surprise, celui-ci souhaite tourner la page sur les problèmes de qualité qui affligent Bombardier Transport. Il veut aussi compléter les ventes d’actifs en cours, dont la cession de la division de matériel roulant au géant français Alstom.

Lorsque ces transactions annoncées par M. Bellemare auront été conclues, la compagnie, qui traîne une lourde dette à long terme de 9,3 milliards US, sera exclusivement tournée vers les jets d’affaires — un secteur vulnérable aux aléas de l’économie.

Le nouveau patron de la multinationale signale également qu’il faudra « aligner » la production de la division aviation « sur la demande du marché pour être plus rentable et générer des flux de trésorerie plus stables » — ce qui peut laisser croire qu’un ajustement de l’effectif sera également nécessaire.

« Tout est un peu sur pause à l’heure actuelle et il est trop tôt pour avoir cette conversation-là », a expliqué le porte-parole de Bombardier, Olivier Marcil, lorsqu’interrogé sur l’ajustement de la production.

La compagnie a temporairement cessé la production dans ses usines canadiennes jusqu’au 26 avril en envoyant 12 400 personnes au chômage, tout en mettant sur la glace ses prévisions financières alors que les entreprises non essentielles sont fermées au Québec et en Ontario pour limiter la propagation du nouveau coronavirus.

Au Canada, l’avion d’affaires Global 7500 — sur lequel Bombardier fonde de grands espoirs — est assemblé à Toronto et la finition s’effectue à Montréal, où l’on assemble également la famille d’appareils Challenger. Le site américain de Wichita se charge du Learjet.

Même si le Global 7500, dont le prix de détail est d’environ 73 millions US, est vendu jusqu’à 2022, plusieurs analystes anticipent des livraisons en recul chez Bombardier cette année.

Seth Seifman, de la banque américaine J. P. Morgan, table sur 91 appareils en 2020, alors que sa prévision précédente faisait état de 162 unités. En 2021, l’analyste anticipe 129 livraisons, par rapport à 164 auparavant.

En date du 31 décembre, le carnet de commandes de la division des jets d’affaires de Bombardier se chiffrait à 14,4 milliards US.

L’an dernier, la société a livré 142 jets d’affaires, soit cinq de plus qu’en 2018, pour une valeur estimée à 5,7 milliards US, selon les plus récentes données de la General Aviation Manufacturers Association.

À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a clôturé lundi à 42 cents, en hausse de 3,7 %. Le titre continue de se transiger à un creux n’ayant pas été observé depuis au moins 25 ans.