Trois ans après s’être placée sous la protection de la loi pour éviter la faillite, Technologies Orbite, qui a déjà été une star du Québec boursier, arrive au bout du chemin. Si l’entreprise australienne intéressée par sa technologie ne s’engage pas dans quelques jours à présenter un plan de restructuration, ce sera la faillite et le démantèlement de l’usine de Cap-Chat, en Gaspésie.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Il n’y a plus d’argent pour payer les frais considérables du maintien de l’usine, indique le syndic Christian Bourque, de PricewaterhouseCoopers. « Les fonds disponibles seront épuisés à la fin de la semaine prochaine », a-t-il dit lors d’un entretien avec La Presse.

Technologies Orbite avait l’ambition de fabriquer avec un procédé breveté de l’alumine de haute pureté et d’autres oxydes très demandés sur le marché. Après avoir connu des problèmes opérationnels à son usine de Cap-Chat, l’entreprise s’est placée sous la protection de la loi pour éviter la faillite.

C’était en avril 2017. Après bientôt trois ans d’efforts pour trouver un repreneur, le seul espoir réside maintenant dans une lettre d’intention déposée auprès du syndic par AEM HPA Pty, une entreprise privée établie en Australie qui s’intéresse surtout à la technologie d’Orbite.

AEM a l’intention d’acquérir pour 500 000 $ une licence pour les droits à la propriété intellectuelle d’Orbite et de louer ses installations de Cap-Chat et de Laval, où se trouve son centre de développement technologique. Un plan de restructuration pourrait être proposé aux créanciers garantis, à qui d’Orbite doit 53 millions.

Du jamais-vu

Jusqu’à maintenant, la cour a accepté quatre propositions de financement intérimaire pour assurer la continuité de l’entreprise et trouver une façon de relancer ses activités. Il en résulte « quatre étages de dettes », une situation si complexe que le syndic Christian Bourque affirme n’avoir rien vu de tel auparavant. 

Il y a des investissements importants, de la technologie et des emplois en jeu.

Christian Bourque, de PricewaterhouseCoopers

Le dernier de la longue série de délais accordés par la cour est fixé au 14 mars. Avant cette date, l’éventuel repreneur devra s’engager à présenter un plan de restructuration aux créanciers d’Orbite. À défaut d’un tel engagement, ce sera la faillite, selon le syndic.

Le gouvernement du Québec a cru en Technologies Orbite et investi plus de 20 millions dans son projet. Investissement Québec a consenti deux prêts, un de 5 millions et un de 2 millions, en plus d’investir 15 millions en actions.

« Un show de boucane »

Qu’il y ait restructuration ou faillite, les petits actionnaires d’Orbite risquent de tout perdre.

Comme ceux de Nemaska Lithium, qui sont dans la même situation, les petits actionnaires d’Orbite se sont regroupés pour éviter la vente ou le démantèlement de l’usine de Cap-Chat.

Leur porte-parole, Lorenzo D’Alesio, trouve scandaleux que le syndic s’apprête à vendre la technologie développée par Orbite à une entreprise australienne pour une bouchée de pain. « AEM n’a pas l’intention de relancer l’entreprise, estime-t-il. Elle veut louer les installations, le temps de mettre la main sur la technologie. C’est un show de boucane. »

Le petit groupe d’actionnaires a demandé au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, une contribution financière à l’étude de faisabilité qu’ils ont entreprise pour vérifier la viabilité de l’usine et préparer un plan de relance.

Selon M. D’Alesio, il est possible de relancer Orbite et de garder sa technologie au Québec avec un investissement d’une dizaine de millions de dollars.

Leur proposition arrive tard dans le processus, trop tard pour être prise en considération par le syndic qui ne pense pas pouvoir obtenir un nouveau délai et plus de financement pour continuer son travail.

Mais même si Orbite finit par faire faillite, le regroupement des petits actionnaires entend continuer de travailler à son projet de relance et à le présenter au gouvernement. « Il ne faut pas que l’usine soit démantelée », plaide Lorenzo D’Alesio.