(Hong Kong) Le géant bancaire HSBC a dévoilé mardi des projets de réorganisation radicaux impliquant la suppression de 35 000 emplois en trois ans et une réduction de ses activités aux États-Unis et en Europe, après avoir essuyé en 2019 une chute de 53 % de son bénéfice net.

Yan ZHAO
Agence France-Presse

Basé à Londres, mais actif à travers le monde et particulièrement en Asie, le groupe, déjà engagé dans un vaste plan de réduction de coûts, prévoit désormais de réduire ses effectifs totaux de pratiquement 15 %.

« Nous nous attendons à ce que nos effectifs actuels de 235 000 personnes diminuent pour être plus proches de 200 000 employés en 2022 », a indiqué lors d’une conférence téléphonique le directeur général par intérim Noel Quinn.

M. Quinn, en poste depuis l’éviction surprise en août de John Flint, n’a pas précisé quelles régions seraient touchées, mais a souligné que les suppressions seraient importantes au Royaume-Uni.  

Le groupe avait déjà engagé l’an dernier la suppression de 2 % de ses effectifs, soit 4700 postes.

Dans le même temps, HSBC esquissait mardi les contours d’une réorganisation de vaste ampleur, qui devrait se traduire par un recentrage en Asie et au Moyen-Orient, jugés plus rentables, au détriment des activités de banque d’investissement en Europe et aux États-Unis.  

« Nous projetons de réduire notre capital et nos coûts dans les activités aux performances décevantes, afin d’être en mesure de poursuivre les investissements dans celles dotées de plus solides perspectives de rendements et de croissance », insiste la banque dans un communiqué.

Elle envisage de sabrer ses coûts de 4,5 milliards de dollars d’ici 2022, tout en prévoyant dans le même temps des coûts de restructuration d’environ 6 milliards.

« Un plan révisé »

Ces annonces interviennent à l’occasion de la publication mardi d’une chute de 53 % de son bénéfice net en 2019, à 5,97 milliards de dollars. « Certains pans de nos activités ne génèrent pas des performances acceptables », a commenté M. Quinn dans un communiqué.

« Nous élaborons en conséquence un plan révisé pour accroître les rendements pour nos investisseurs […] et bâtir la base d’une croissance future durable. Nous avons déjà commencé à le mettre en œuvre », a-t-il indiqué.

HSBC a vu ses résultats annuels plombés par la dépréciation d’écarts d’acquisitions de 7,3 milliards de dollars, liée principalement à ses activités d’investissement et à ses opérations de banque commerciale en Europe.

Si ses performances en Asie restent tirées par la locomotive chinoise, la banque est sous forte pression aux États-Unis comme en Europe, pâtissant notamment de la guerre commerciale sino-américaine et du retrait britannique de l’Union européenne.

Dans le cadre de sa réorganisation, le groupe entend réduire son réseau de branches aux États-Unis d’environ 30 % avec l’objectif d’y abaisser ses dépenses opérationnelles de 10 à 15 %.

En Europe (hors du Royaume-Uni), HSBC projette de « réduire ses ventes et activités de marchés, comme ses activités de recherche ».

Il n’a pas mentionné la France. En décembre, l’AFP avait appris de sources proches du dossier qu’il envisageait de céder tout ou partie de son activité de banque de détail en France, pays où il compte quelque 8500 salariés.

Impact de l’épidémie

La banque prévoit également de transférer ses activités de produits financiers structurés du Royaume-Uni vers l’Asie. Elle veut, enfin, réduire de 35 % en Europe et de 45 % aux États-Unis le volume de ses actifs à risque.

Au total, HSBC espère ainsi abaisser sa base ajustée de coûts à 31 milliards de dollars en 2022.

En revanche, l’avenir de Noel Quinn, nommé par intérim pour remanier en profondeur le groupe, n’a pas été précisé et la nomination d’un directeur général permanent est toujours attendue.

M. Quinn « va conduire les restructurations, et si cela se passe bien, il pourrait être confirmé » dans sa fonction, a indiqué à l’AFP Jackson Wong, du gestionnaire d’actifs Amber Hill Capital. « Mais pour l’heure, (HSBC) cherche toujours quelqu’un capable de garantir sa croissance. »

L’Asie reste la région cruciale pour HSBC, qui y réalise la moitié de son chiffre d’affaires. Son bénéfice ajusté avant impôts l’an dernier en Asie a gonflé de 6 % à 18,6 milliards de dollars.

L’épidémie de coronavirus pourrait cependant assombrir ses perspectives : elle « génère des turbulences économiques à Hong Kong et en Chine continentale, et pourrait peser sur nos performances en 2020 », a prévenu le groupe.