(Montréal) Alors que le thème de la relance verte a la cote à travers le monde, la firme de services d’ingénierie WSP Global accroît sa présence dans le secteur de l’environnement en mettant la main sur l’ontarienne Golder pour environ 1,5 milliard en espèces.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

En plus de représenter la plus importante acquisition réalisée jusqu’à présent par la multinationale québécoise, cette transaction, annoncée jeudi, entraînera la création de la « plus importante société mondiale de services-conseils en environnement », a dit son président et chef de la direction, Alexandre L’Heureux.

« Je considérais qu’il y avait un trou béant parce qu’il n’y avait pas de joueur dominant qui pouvait prendre cette place alors que ce thème continuera à prendre de l’ampleur, a-t-il expliqué dans le cadre d’une entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne. On transforme l’organisation. »

À la Bourse de Toronto, la transaction a été saluée par les investisseurs, puisque l’action de la compagnie établie à Montréal a touché un nouveau sommet de 112,80 $. Le titre a terminé à 108,04 $, en hausse de 11,6 %, ou 11,25 $..

WSP est la plus importante firme d’ingénierie au pays en ce qui a trait à la valeur boursière, qui oscille aux alentours de 12,5 milliards.

À la clôture de la transaction, prévue au deuxième trimestre l’an prochain, 14 000 des 54 000 employés de l’entreprise seront dédiés au secteur de l’environnement, qui représentera le quart de ses revenus de 8 milliards, un objectif du plan stratégique. L’ajout de Golder permettra à WSP d’offrir à la fois des services-conseils ainsi que de participer à la conception de projets de développement durable comme les sciences de la terre, l’assainissement des eaux et la restauration de sites, notamment.

Cette prise survient au moment où le développement durable se retrouve au cœur des plans de relance sur lesquels tablent les gouvernements à travers le monde pour permettre à l’économie de se relever de la crise sanitaire.

« Le moment ne pouvait pas être mieux choisi pour WSP et une compagnie québécoise de prendre une place de leader comme on le fait », a dit M. L’Heureux.

Quatre ans de préparation

Fondée en 1960, Golder, établie à Mississauga, offre des services d’ingénierie dans des secteurs comme l’environnement, les mines, le domaine pétrolier et gazier ainsi que l’énergie et les infrastructures. Elle est présente dans 30 pays et ses 7000 employés sont répartis dans 155 bureaux. En date du troisième trimestre, elle avait généré des revenus de 1,05 milliard.

Les échanges entre les deux compagnies ont débuté il y a quatre ans et les pourparlers se sont intensifiés vers le début du mois de septembre.

Dans l’ensemble, les analystes ont accueilli favorablement la transaction. Sabahat Khan, de RBC Marchés des capitaux, a estimé qu’il s’agissait d’une « bonne acquisition qui répondait à tous les critères ».

Le secteur environnemental de WSP devient le deuxième en importance derrière les transports et les infrastructures, qui représentent 47 % des revenus, et devant les immeubles et les bâtiments, à 21 %.

« L’acquisition confère à WSP une position de premier plan pour capitaliser sur les critères ESG et les tendances du marché environnemental évalué 1200 milliards US », a écrit dans une note l’analyste Mona Nazir, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Autrefois connue sous le nom de Genivar, l’entreprise avait mis la main sur la britannique WSP en 2012 pour ensuite adopter le nom de cette firme. Au fil des ans, elle a multiplié les acquisitions pour alimenter sa croissance. Elle avait notamment allongé 1,4 milliard en 2014 pour acheter la firme américaine Parsons Brinckerhoff.

Nouveaux investisseurs

La transaction sera financée par l’entremise de placements privés ainsi que par voie d’endettement. GIC Private Limited, l’un des plus importants fonds souverains à travers le monde, et British Columbia Investment Management Corporation, participent au montage.

Les deux principaux actionnaires de WSP demeureront l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada et la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détiennent actuellement 18,6 % et 18 % des titres en circulation.

Cette acquisition de Golder — qui est détenue par ses employés — est assujettie aux conditions de clôture habituelles. Une assemblée extraordinaire est prévue à la mi-janvier. Près de 99 % des actionnaires de la firme ontarienne qui détiennent 82,8 % des actions soutiennent l’arrangement.