Un groupe de créanciers du Cirque du Soleil s’installera aux commandes de l’entreprise de divertissement, scénario qui, dans l’immédiat, écartera la présence québécoise au sein de l’actionnariat de la troupe, qui a vu le jour en 1984.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Les prétendants avaient jusqu’à 17 h, mardi, pour soumettre une proposition supérieure à celle de 1,2 milliard US de la douzaine de prêteurs garantis menés par la firme torontoise Catalyst Capital Group.

« Nous n’avons pas reçu une offre supérieure », a indiqué la porte-parole du Cirque, Caroline Couillard, dans une déclaration.

La Cour supérieure du Québec, qui supervise le processus en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, devra officialiser le tout dans le cadre d’une audience qui devrait avoir lieu plus tard ce mois-ci.

Dans un courriel, le directeur général et associé de Catalyst, Gabriel de Alba, a estimé qu’il s’agissait d’un « excellent » dénouement pour l’entreprise, ses employés ainsi que ses artistes, pour éventuellement recommencer à offrir des spectacles.

« Maintenant que les récents faux pas de la compagnie sont derrière nous, nous sommes impatients de conclure rapidement la transaction et de la soutenir pour qu’elle ravive la magie et le talent artistique qui ont fait du Cirque du Soleil une marque mondiale emblématique », a-t-il souligné.

Cela écartera les actionnaires actuels de l’entreprise : le fonds texan TPG Capital, la firme chinoise Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui avaient acquis une participation majoritaire dans le Cirque lorsque son cofondateur Guy Laliberté avait décidé de ne conserver que 10 % de l’entreprise. En fin d’après-midi, mardi, ces actionnaires n’avaient pas offert de commentaires.

Au neutre

Incapable de générer des revenus après avoir annulé ses 44 spectacles de par le monde en raison de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19, le Cirque s’est tourné vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies à la fin de juin, ce qui a mené au licenciement de quelque 3500 employés.

Les prêteurs proposent d’accorder jusqu’à 375 millions US – sans aide gouvernementale – à l’entreprise. Deux fonds totalisant 20 millions US seront également créés pour verser les sommes dues aux ex-travailleurs et aux artisans. L’entente prévoit un engagement pour le maintien du siège social du Cirque à Montréal pendant au moins cinq ans.

« Notre avenir passera par le numérique et accordera la priorité à la gouvernance et à la responsabilité sociale », a indiqué M. de Alba.

Dans l’immédiat, le président et chef de la direction du Cirque, Daniel Lamarre, devrait conserver son poste, selon ce qu’a indiqué une source au fait du dossier, mais qui n’était pas autorisée à en parler publiquement.

Les créanciers étaient parvenus à s’entendre avec le Cirque après avoir signalé qu’ils s’opposaient à la convention d’achat ayant été annoncée entre l’entreprise et ses actionnaires – qui misaient sur un prêt de 200 millions US offert par l’État québécois dans le cadre de leur stratégie de relance.

Changements ?

Une fois qu’ils seront installés aux commandes, les créanciers pourraient accueillir de nouveaux investisseurs au sein de l’actionnariat du Cirque. Après avoir signalé qu’il ne ferait pas partie du processus d’enchères, le conglomérat de télécommunications Québecor avait tendu la main aux créanciers en exprimant son intérêt à participer à la relance du Cirque.

Toute proposition rivale doit être supérieure d’au moins 1,5 million US à l’entente intervenue avec les prêteurs du Cirque. De nombreux observateurs estimaient qu’il était peu probable de voir d’autres prétendants se manifester.

M. Laliberté, qui a vendu sa participation restante de 10 % pas plus tard qu’en février – à l’aube de la pandémie mondiale de COVID-19 – à la Caisse de dépôt pour 75 millions US, avait démontré de l’intérêt à l’endroit de l’entreprise. Le milliardaire n’a toutefois pas déposé d’offre en bonne et due forme pour remettre la main sur la troupe qu’il a cofondée.

Pour le bas de laine des Québécois et le Fonds de solidarité FTQ, l’aventure se termine en queue de poisson. La Caisse de dépôt a radié ses investissements, évalués à 170 millions US. Le Fonds a également confirmé qu’il ne reverrait pas la couleur des 30 millions US prêtés au Cirque l’an dernier.

La clôture de la transaction est prévue le 30 septembre, d’après les informations figurant dans les documents déposés auprès du tribunal.