La COVID-19 se dressait devant elle. La petite entreprise montréalaise Happening est alors passée de la conception d’évènements d’entreprises à la fabrication de cloisons séparatrices.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

« Comme beaucoup d’entreprises, on essaie de se réinventer », commence Pascal Desharnais, président de Happening.

En effet, il faut avoir l’esprit large pour songer à fabriquer de petites cloisons, quand on est organisateur de grands évènements.

Fondée il y a 17 ans, l’agence montréalaise se spécialise dans la conception d’environnements et de décors pour les évènements d’entreprises. Bref, dans les rassemblements. Elle se trouva donc fort dépourvue quand la crise fut venue.

D’ici la saison nouvelle, qui ne surviendrait pas avant 2021, sa subsistance dépendrait d’une idée. Une bonne idée pour rappeler à l’ouvrage sa vingtaine d’employés mis à pied dès le 13 mars.

Fabriquer des masques, peut-être ? Tout le monde se les arrachait, mais « on trouvait que c’était peut-être un peu déjà saturé et ça n’exploitait pas à pleine valeur ce qu’on était capables de faire », dit-il.

Des panneaux de protection, alors ? Il y avait des besoins flagrants dans les commerces, les restaurants, les bureaux… Mais il faudrait le faire à la manière Happening. « En créant un produit sur lequel on pouvait greffer toutes sortes de possibilités, on trouvait que c’était intéressant. »

L’idée de passer à la fabrication n’était pas incongrue. Happening avait commencé depuis un an à fabriquer ses propres éléments destinés à faciliter le réseautage et les rencontres dans les congrès : petites maisonnettes, portiques avec balançoires ou hamacs…

L’entreprise avait alors lancé une réflexion de développement durable, qui s’est tout naturellement étendue à sa réponse à la COVID-19.

Beaucoup d’entreprises voulaient protéger les employés et les clients, mais on trouvait que personne n’avait parlé de protéger un peu la planète aussi.

 Pascal Desharnais, président de Happening

Il a réuni – à distance, bien sûr – un noyau de quatre employés. « On est partis chacun de son côté pour voir tout ce qui se faisait en matière de design, à parler à des personnes, pour voir de quelle manière on pouvait créer un produit qui allait s’avérer unique et distinct de ce qu’on retrouve sur le marché. »

Un produit fait pour durer, surtout. Les employeurs craignaient les cloisons dressées comme des palissades de pieux au travers d’un camp retranché, ont-ils découvert.

« C’est là qu’on est arrivés avec notre concept de cloisons un peu modulaires. »

Elles ont été conçues par les designers et les techniciens de l’entreprise. Toujours à distance, il va de soi.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

L’entreprise Happening conçoit des cloisons séparatrices pour répondre à la pandémie de COVID-19.

Il fallait tester le concept. Des prototypes ont été fabriqués dans les ateliers de l’entreprise par deux employés qui, parce que conjoints, pouvaient se côtoyer. « Ils faisaient des comptes rendus à distance et on faisait la mise au point ensemble », relate le président.

Les cloisons (Dé)Cloisons

Autoportantes et indépendantes, les cloisons (Dé)Cloisons – c’est leur nom – mesurent 40 po de largeur sur 80 po de hauteur (102 cm sur 206 cm).

Le modèle de base est muni de pieds stabilisateurs, « mais celui qu’on veut mettre de l’avant est celui sur roulettes, pour reconfigurer rapidement les lieux et optimiser les espaces », précise le président.

Son cadre en aluminium peut recevoir des panneaux transparents, translucides ou opaques, en plastique ou en bois, et même des boîtes à fleurs pour créer une paroi végétale.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Modèle de cloison sur roulettes conçu par l’entreprise Happening

Fidèle à son engagement durable, l’entreprise voulait privilégier les matériaux recyclables ou recyclés. Voire les recycler elle-même.

Ils ont appris l’existence d’un organisme européen qui donne gratuitement accès à des plans de machines de déchiquetage et de presses pour panneaux en plastique recyclé.

« Des gens en Nouvelle-Zélande, en Australie et aux États-Unis ont créé des presses à partir de ça, mais il n’y avait rien encore au Canada », indique Pascal Desharnais.

« On a réussi à parler à des gens qui étaient en lien avec cet organisme-là, à Montréal. Ils avaient créé la machine qui permet de faire les particules. Ils étaient très enthousiastes de voir que des gens allaient avoir la presse. »

La presse, en cours de fabrication chez Happening, sera fonctionnelle vers la fin de juin.

Les particules de plastique déchiqueté seront déposées entre deux plaques chauffantes qui pressent des panneaux d’environ 1 m sur 1 m et de 6 à 12 mm d’épaisseur.

En mariant des particules de diverses couleurs, il est possible de créer des motifs variés.

Virage à haute vitesse

L’assemblage et une partie du découpage des panneaux seront effectués au siège social de l’entreprise, dont la salle d’exposition, les bureaux, les ateliers et l’entrepôt occupent une surface de 25 000 pi2 . « On réaménage les zones cette semaine pour avoir ce qu’on appelle notre chaîne de production », indique le président. « On est prêts déjà à répondre à une première demande. »

Il sait qu’avec ce produit, il entre sur le terrain très disputé du mobilier de bureau. « Mais je pense qu’on arrive avec quelque chose de distinctif et qu’on va être capables de se faire une place au travers de ça », répond-il.

Sans pour autant abandonner la conception d’évènements, l’entreprise aborde ainsi un tout autre secteur d’activité. « C’est un pivot de grand angle », reconnaît-il. Et à grande vitesse, de surcroît.

« C’est comme recréer une entreprise en un mois. C’est carrément ça. »