L’été sera court pour les détaillants de vêtements dans les mails

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Les centres commerciaux avec galerie marchande ont hâte de démontrer qu’ils sont encore plus sécuritaires que les rues achalandées. Et leurs principaux locataires, les détaillants de vêtements, sont chaque jour plus impatients de vendre leur collection d’été. Alors forcément, la réouverture des mails à l’extérieur de Montréal, le 1er juin, fait des heureux.

« Il était temps ! », s’exclame Lili Fortin, présidente de Tristan.

Et pour cause. Toutes ses boutiques se trouvent à l’intérieur de centres commerciaux, sauf une. Les conséquences financières de la pandémie sont donc très importantes. Tellement que la dirigeante espère « que ce n’est pas trop peu trop tard… ».

Le milieu de la mode est particulièrement éprouvé par la pandémie parce que nous avons quatre saisons aux météos bien différentes et des collections en conséquence. Un phénomène que le propriétaire de La Vie en Rose, François Roberge, a d’ailleurs expliqué à Tout le monde en parle.

Même si le commerce sur rue a repris, la réouverture des mails est d’une importance capitale pour les détaillants de vêtements et accessoires. Dans ceux de Cadillac Fairview (Carrefour Laval, Galeries d’Anjou, etc.), ils constituent « environ 70 % » des locataires. En moyenne, dans les centres régionaux et suprarégionaux, 55 % des magasins vendent des biens mode, selon les experts en immobilier de Groupe Altus.

Lundi, François Roberge était « excité » de savoir qu’il pourra rouvrir « une bonne trentaine » de succursales supplémentaires sur 88. Même si pour lui, c’est déjà clair qu’il va « faire un X sur 2020 », nous a-t-il confié.

« On ne fera pas d’argent. On va juste sauver les meubles et après on va rebâtir », détaille M. Roberge.

Très courte saison d’été

La gestion des stocks sera un défi de taille puisque la collection de printemps n’a pas pu être vendue avant la fermeture des magasins en mars et que l’été sera exceptionnellement court. Dans les magasins, l’automne arrive… à la fin de juillet, rappelle Lili Fortin, qui espère une réouverture à Montréal au plus vite.

« On va avoir moins de magasins ouverts, moins de temps pour vendre notre marchandise et moins de clients », explose-t-elle, un brin de découragement dans la voix.

« Dans la mode, c’est le gros défi. Il faut que les collections sortent », convient Stéphane Drouin, DG du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Car les entrepôts sont pleins et les détaillants ont besoin de liquidités pour les saisons suivantes.

À la Grappe métropolitaine de la mode, la directrice générale, Debbie Zakaib, explique que le défi de la gestion des stocks s’ajoutera à une foule d’autres comme le rappel des employés, la formation et l’établissement de protocoles. « Il faudra créer un sentiment qu’il y a du nouveau par rapport à l’offre en ligne », donne-t-elle en exemple.

Et, puisqu’on ne sait pas à quel moment les centres commerciaux de la région de Montréal ouvriront, « peut-être que des stocks de Montréal seront transférés en région », poursuit-elle. Chose certaine, la réouverture donne « beaucoup d’espoir » dans une industrie malmenée.

Plus sécuritaire que les artères et Costco

François Roberge a bien hâte d’écouler ses maillots de bain, mais il espère aussi démontrer « que la clientèle est plus disciplinée dans les centres commerciaux que sur les rues où le 2 mètres n’est pas toujours respecté ».

Les propriétaires de centres commerciaux, eux, sont déjà convaincus que leurs propriétés sont sécuritaires en ces temps de COVID-19.

« Les gens n’auront jamais autant de proximité dans nos centres que dans les Costco ou sur une rue commerciale », affirme Marie-Andrée Boutin, vice-présidente exécutive, commerce de détail et développement, chez Cominar. Le propriétaire immobilier ouvrira 7 de ses 18 mails du Québec, le 1er juin. Ils sont déjà prêts.

PHOTO FOURNIE PAR COMINAR

Cominar ouvrira 7 de ses 18 mails du Québec, le 1er juin.

Les consommateurs y verront des stations sanitaires, des lavabos condamnés dans les toilettes, des foires alimentaires fermées « au début, sauf pour le take-out », des corridors à sens unique, mais aucun banc public.

Cadillac Fairview, qui n’est présent que dans la région de Montréal, devra encore être patient. « Je trouve dommage que le gouvernement du Québec ne réalise pas que c’est tellement plus facile d’avoir le contrôle dans un centre commercial que dans une rue », dit Danielle Lavoie, vice-présidente principale et directrice du portefeuille de l’Est du Canada. Elle donne l’exemple des compteurs de clients et de la présence permanente de gardes de sécurité pour « disperser les gens, si nécessaire ».