La propagation de la COVID-19 continue d’accentuer la pression sur l’industrie du transport aérien. Boeing a connu mercredi la pire journée en Bourse de son histoire, alors qu’Air Canada décrochait comme jamais depuis 2011.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Durement touchée par le dévoilement d’annulations de commandes pour le 737 MAX, mais surtout, par des informations selon lesquelles elle commençait à prendre des mesures pour préserver ses liquidités, Boeing a perdu 18 % en Bourse, du jamais-vu depuis son entrée en Bourse en 1962. L’entreprise a ainsi perdu 23,6 milliards US en capitalisation boursière mercredi.

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L’action d’Air Canada a elle aussi souffert en perdant plus de 12 % de sa valeur, une première depuis une menace de grève en 2011 ou la crise financière de 2008-2009.

Air Canada et WestJet ont toutes les deux assoupli mercredi leur politique respective d’annulation, dans un effort pour rassurer les voyageurs inquiets de réserver un voyage qu’ils pourraient ne pas pouvoir effectuer.

Chez Air Canada, tous les voyages achetés avant le 4 mars dont le départ est prévu avant le 30 avril prochain peuvent être annulés ou modifiés sans frais, à une occasion, à 24 heures d’avis, à condition que le retour s’effectue avant la fin de l’année.

Un premier assouplissement annoncé la semaine dernière annulait les frais de modification jusqu’à deux semaines avant le départ.

WestJet a adopté une politique similaire pour les voyages achetés avant le 3 mars.

Réduction des dépenses

Le transporteur aérien établi à Calgary, qui a récemment été acquis par Onex, a aussi annoncé son intention de réduire sa capacité actuelle d’un minimum de 12 %.

« Les réductions pourraient toucher les vols locaux, transatlantiques, vers les destinations soleil ou transfrontaliers, a écrit l’entreprise, et nous allons continuer de nous ajuster avec la demande. Les détails seront diffusés quand ils seront disponibles. »

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WestJet a notamment annoncé mercredi un gel des embauches et l’ouverture d’un programme de départs volontaires.

WestJet annonce aussi un gel des dépenses discrétionnaires et de l’embauche, de même que l’ouverture d’un programme de départs volontaires.

Air Canada maintient pour sa part la suspension de ses vols vers la Chine et l’Italie décrétée à la suite de recommandations gouvernementales. Les liens entre Toronto et Hong Kong ou Séoul, de même qu’entre Calgary et Tokyo, ont aussi été suspendus en raison de la baisse de la demande.

Le transporteur à la feuille d’érable est par ailleurs l’un de ceux qui ont annulé des commandes d’appareils 737 MAX. Onze appareils MAX9 qui devaient être livrés l’an prochain ne le seront plus, en raison de « l’évolution de [ses] besoins à long terme en matière de planification du parc aérien », a expliqué une porte-parole par courriel.

L’entreprise détient déjà 24 appareils 737 MAX, cloués au sol, et en attend encore 26 autres. Sa commande initiale, passée en 2013, touchait 61 appareils. Air Canada « soutient pleinement » le MAX, ajoute-t-on néanmoins, et se prépare « activement à le remettre en service, une fois que les approbations réglementaires et sécuritaires auront été obtenues ».

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Un Boeing 737 MAX d’Air Canada avant que tous les appareils de ce type ne soient cloués au sol à la suite de deux écrasements.

Dans un rapport envoyé à ses clients plus tôt cette semaine, l’analyste Cameron Doerksen, de la Banque Nationale, évaluait à 1,4 milliard en 2020 et 500 millions en 2021 l’impact de la COVID-19 sur le bénéfice d’exploitation d’Air Canada.

Il estimait néanmoins l’entreprise en excellente position pour s’en sortir, « à moins d’une destruction catastrophique de la demande pour le transport aérien qui se poursuivrait sur plusieurs trimestres ». Le transporteur national canadien pourrait même en ressortir relativement plus fort, juge-t-il, puisqu’il entre dans cette crise en meilleure posture que ses rivaux, qui pourraient en souffrir davantage.

Transat doit tenir l’assemblée annuelle de ses actionnaires et dévoiler ses résultats trimestriels ce jeudi. C’est à ce moment qu’elle en dévoilera davantage sur l’impact de la COVID-19 sur ses réservations et sur ses plans de réduction de dépenses, le cas échéant, a-t-elle expliqué.

Sunwing n’a, de son côté, pas répondu à nos questions.