Couche-Tard a une fois de plus surpris bien du monde en confirmant mardi qu’elle avait soumis une offre amicale de 7,8 milliards en vue de réaliser l’acquisition de l’entreprise australienne Caltex et ses 2000 stations-service qui deviendraient la tête de pont de la région Asie-Pacifique du groupe lavallois. Si cette transaction se réalise, Couche-Tard deviendra l’empire des dépanneurs sur lequel le soleil ne se couche jamais.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Après l’Amérique et l’Europe, voilà que Couche-Tard espère étendre son emprise sur une troisième zone géographique d’importance stratégique, celle de l’Asie-Pacifique.

Comme elle l’a fait de façon systématique depuis ses tout débuts dans les années 80, Couche-Tard entend profiter d’une occasion pour conquérir un territoire où elle n’était pas présente et y générer rapidement un volume d’activités qui lui assurera une masse critique, si ce n’est dominante, dans ce nouveau marché.

C’est vraiment l’histoire du groupe qui se répète encore une fois, mais qui se déploie maintenant sur de nouveaux continents.

Depuis longtemps déjà, la consolidation n’a pas de frontières pour Couche-Tard, mais l’absorption de bouchées doubles et la réalisation d’acquisitions majeures s’inscrivent dans l’ADN du groupe depuis sa création.

Au milieu des années 80, Couche-Tard compte une trentaine de dépanneurs dans les régions de Montréal et de Québec et réalise un premier coup d’éclat en rachetant le réseau de 80 dépanneurs Sept-Jours qui appartenait à Metro-Richelieu. L’entreprise triple de taille instantanément.

Après l’acquisition de 85 dépanneurs Perrette et 60 magasins La Maisonnée, Couche-Tard double encore de taille en 1997 en achetant C-Corp, une filiale de Provigo qui compte 245 magasins Provi-Soir au Québec et 50 magasins Wink’s en Ontario. C’est le début de l’expansion canadienne.

En 1999, autre coup de circuit : acquisition pour 220 millions de dollars des 980 magasins du groupe canadien Silcorp. Couche-Tard devient le numéro un des dépanneurs au Canada.

Après quelques acquisitions stratégiques aux États-Unis, Couche-Tard réalise en 2003 un nouveau coup d’éclat avec l’achat de 1700 magasins Circle K dans 16 États américains. Coût de la transaction : 800 millions US.

L’expansion américaine se poursuit, mais en 2012, Couche-Tard réalise une autre acquisition opportuniste sur un tout nouveau marché, celui de l’Europe, où le groupe québécois met la main sur la société scandinave Statoil Fuel & Retail et ses 2300 stations-service localisées en Norvège, en Suède, au Danemark, en Pologne, dans les pays baltes et en Russie. Coût de la transaction : 2,8 milliards US.

Enfin, la dernière et plus grosse transaction qu’a réalisée Couche-Tard en 2017 a été l’acquisition de CST Brands, qui exploitait un réseau de 1300 stations-service aux États-Unis. Couche-Tard a payé 4,4 milliards US pour boucler ce dernier achat.

Acquisition par disposition

La plus récente emplette que vient tout juste de concocter Couche-Tard – qui survient en pleine période du magasinage des Fêtes… – s’avère aussi être la plus coûteuse de son histoire.

Au total, Couche-Tard propose de payer 5,8 milliards US pour faire l’acquisition de 100 % des actions de Caltex Australia et de son réseau de 2000 stations-service, le plus important en Australie.

Cette somme de 5,8 milliards US ne tient pas compte de la dette du groupe convoité, mais il faut savoir aussi que Couche-Tard ne compte pas assurer seule le paiement total de la transaction.

Ce qui intéresse Couche-Tard, c’est le réseau de 2000 stations-service du groupe australien qui gère aussi des infrastructures pétrolières, notamment une raffinerie et des terminaux de distribution qui ne cadrent pas avec les activités du groupe québécois.

Il faut donc prévoir des dispositions d’actifs relativement importantes qui vont venir réduire le coût de la transaction que prévoit payer Couche-Tard. L’entreprise québécoise avait réalisé de semblables dispositions d’actifs lorsqu’elle a acheté le groupe Statoil, en Scandinavie, en liquidant des activités de vente de carburant pour avions, par exemple.

Les activités de détail ne représentent que 23 % des revenus de Caltex, et Couche-Tard souhaite sûrement les hausser de façon significative en appliquant les recettes qu’elle a développées en Amérique du Nord et en Europe.

Le groupe québécois a toujours affirmé bien haut qu’il souhaitait poursuivre son expansion, mais visiblement, il ne reste plus beaucoup d’actifs à prix d’aubaine de disponibles en Amérique du Nord ou en Europe.

Couche-Tard s’est donc tournée vers l’Asie-Pacifique comme elle l’a fait en 2012 lorsqu’elle a réalisé une première incursion en Europe. La direction de Couche-Tard a souvent répété qu’elle était intéressée par les marchés de l’Australie et de l’Asie.

Jusqu’à présent, Couche-Tard assure avec sa marque Circle K une certaine présence dans des pays de la région comme la Chine, le Cambodge, Hong Kong, la Nouvelle-Zélande et le Viêtnam, mais elle le fait par l’entremise de magasins qui sont exploités en vertu de contrats de licence.

En réalisant l’acquisition de Caltex Australia, Couche-Tard souhaite faire une entrée bien réelle dans ce nouveau marché qu’elle pourra mieux développer en y étant présente. Si l’entreprise réussit son pari australien, il faudra peut-être qu’elle songe à changer son nom pour Jamais Couché…