(Montréal) Le producteur d’or québécois Semafo a annoncé jeudi la suspension des activités à sa mine de Boungou, au Burkina Faso, au lendemain d’une attaque meurtrière qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de ses employés.

La Presse canadienne

« Le site de la mine Boungou demeure sécuritaire, mais nous avons suspendu les opérations par respect pour les victimes et les gens touchés par cet événement, et dans le but de s’assurer que les opérations se déroulent dans les conditions les plus sécuritaires, explique le président et chef de la direction de Semafo, Benoit Desormeaux, dans un communiqué. Nous continuons de travailler activement avec toutes les autorités concernées afin d’assurer la sûreté, la sécurité et le bien-être de nos employés, entrepreneurs et fournisseurs. »

L’entreprise montréalaise ne fait pas allusion à son autre site minier au Burkina Faso, à Mana.

Au moins 37 personnes ont été tuées et plus de 60 autres ont été blessées lorsqu’un convoi de cinq autobus escorté par des militaires est tombé dans une embuscade, mercredi, sur une route publique. L’attentat est survenu à une quarantaine de kilomètres de la mine de Boungou, un des deux sites exploités par Semafo dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Le véhicule militaire qui se trouvait à l’avant du convoi aurait roulé sur un engin explosif. À la suite de la déflagration, le reste du convoi a été la cible de coups de feu par des « individus armés non identifiés », selon un communiqué du gouverneur de la région de l’est, le colonel Saïdou Sanou.

Pas revendiqué

L’attentat n’a toujours pas été revendiqué, mais le bilan élevé et le choix de prendre pour cible une entreprise étrangère donnent à penser que les auteurs sont des djihadistes bien armés.

« Nous offrons nos plus sincères sympathies aux familles et aux collègues des victimes, écrit le PDG Desormeaux jeudi. Notre priorité est d’assurer leur sûreté, leur sécurité et leur bien-être. Compte tenu de l’ampleur de l’attaque, il faudra du temps pour y faire face comme il se doit et nous ferons tout en notre pouvoir pour soutenir ceux qui ont été affectés. »

Établie à Montréal, Semafo, qui compte 1200 salariés, dont 85 expatriés, à ses sites de Mana et Boungou, avait déjà été confrontée à des enjeux de sécurité dans le passé sur des routes menant à ses installations. La minière a alors déployé des mesures supplémentaires — comme le transport de ses employés non burkinabés par hélicoptère — pour assurer la sécurité du personnel.

Affaires mondiales Canada a réitéré jeudi que rien n’indique jusqu’ici que des citoyens canadiens aient été « affectés par l’incident ».

Le cours de l’action de Semafo avait chuté de plus de 5 %, jeudi midi, à la Bourse de Toronto, après avoir perdu environ 11 % à la clôture la veille.

Une vague d’attentats

Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a déclaré jeudi que les forces de sécurité poursuivraient « les terroristes et tous leurs complices » après cette attaque — la plus meurtrière depuis l’apparition d’islamistes dans ce pays en 2015.

La capitale du pays, Ouagadougou, a été frappée pour la première fois par des violences extrémistes en janvier 2016. Au moins 30 personnes ont été tuées lorsque des militants ont pris pour cible un café fréquenté par les étrangers. En août 2017, 18 personnes ont perdu la vie lors d’un attentat contre un restaurant turc dans la capitale.

Les activités minières ont également été ciblées par des hommes armés dans le passé. En août 2018, un employé de Semafo et un sous-traitant ont été tués dans l’attaque d’un autobus transportant des travailleurs. Quelques jours auparavant, cinq policiers et un employé avaient été tués lors d’une autre attaque.

En réponse à ces deux attentats, Semafo avait indiqué que ses employés expatriés seraient transportés par hélicoptère entre la mine et Ouagadougou, tandis que la sécurité du transport terrestre serait renforcée par des escortes militaires.

En décembre dernier, les forces de sécurité gouvernementales ont été attaquées alors qu’elles se rendaient sur la route menant à la mine de Boungou, à la suite d’un attentat qui a fait cinq morts.

Semafo n’est pas la seule entreprise canadienne à être la cible d’attentats au Burkina Faso. En janvier dernier, Kirk Woodman, qui travaillait pour Progress Minerals, de Vancouver, a été retrouvé mort après avoir été enlevé dans ce pays.