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CRJ: «Le niveau d'incertitude est très élevé», dit Bellemare

Le président et chef de la direction de... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, aimerait prendre une décision « dans les prochaines semaines » quant à l'avenir du programme CRJ.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

(Paris) L'incertitude au sujet du programme d'avions régionaux CRJ a assez duré, foi d'Alain Bellemare. Pour le bien de tout le monde, y compris des employés, il est temps de prendre une décision, et ce sera vraisemblablement une vente à Mitsubishi.

La semaine dernière, Bombardier et Mitsubishi ont toutes les deux confirmé des informations, d'abord rapportées par le site spécialisé The Air Current, voulant qu'elles étaient en discussions pour le transfert du programme CRJ.

Ces discussions ont toujours lieu, a confirmé hier le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, dans une entrevue avec La Presse au Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget.

« Je dirais que les discussions progressent. On a vu la réaction de l'industrie après la rumeur, les gens pensent qu'il y a une entente possible qui serait intéressante pour Mitsubishi, et qui peut aussi être bonne pour nous, qui peut être gagnant-gagnant. Je ne pense pas que ça va tarder, j'aimerais prendre une décision sur le futur du programme CRJ dans les prochaines semaines. »

Voilà maintenant plus de quatre ans, depuis l'arrivée de M. Bellemare en 2015, alors que l'entreprise était au bord du gouffre, que l'avenir du programme CRJ est incertain à l'interne. Ces inquiétudes ont été multipliées quand M. Bellemare a publiquement annoncé qu'il étudiait les « options stratégiques » liées au programme, l'automne dernier.

« On arrive à un point où le niveau d'incertitude est très élevé, constate M. Bellemare. Avec nos employés d'abord, mais aussi avec les clients et les fournisseurs. »

Mitsubishi, selon les rumeurs récentes, serait davantage intéressée au réseau de service à la clientèle du CRJ qu'à l'appareil lui-même. Ce réseau serait mis à profit dans le cadre du lancement de son propre avion régional, actuellement en développement.

Fini pour Mirabel

En entrevue avec La Presse dimanche dernier, le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, semblait tenir pour acquis que la vente du programme CRJ entraînerait rapidement la suppression de la presque totalité des emplois qui y sont liés, et ce, à la lumière de ses discussions avec la direction de l'entreprise.

« On ne sait pas ce que l'acheteur va faire, mais on a des doutes, et la direction est très confiante que ces gens-là vont se replacer.  »

- Pierre Fitzgibbon

Ce fut d'ailleurs le cas avec les employés remerciés jusqu'ici dans le cadre des 2500 suppressions d'emplois annoncées par l'entreprise l'automne dernier, selon M. Fitzgibbon.

« L'important, ce n'est pas les jobs comme telles, parce que pour ces employés-là, il y a une pénurie de main-d'oeuvre partout au Québec. Je n'étais pas inquiet qu'il y ait du chômage, j'étais inquiet que l'industrie perde ces gens-là. Et à ce jour, ce qu'on entend, c'est que la plupart sont restés dans l'industrie, et ça, c'est une bonne nouvelle. »

Cette fois, la fin du CRJ pourrait signifier la fin de 1200 emplois, selon un « scénario du pire » évoqué par M. Fitzgibbon.

« Je pense que l'industrie peut prendre ces employés-là. »

Bon moment

M. Bellemare ne peut être certain de ce que ferait Mitsubishi du CRJ et de son usine d'assemblage de Mirabel, mais il en a une bonne idée.

« C'est un programme qui est vieillissant, le volume a beaucoup diminué, la compétition est quand même féroce et on arrive à un point où, en plus de ça, il faut faire des mises à jour sur l'avion. [...] Je pense que la même logique va s'appliquer de leur côté. »

Si le CRJ devait disparaître, il ne pourrait toutefois pas vraiment le faire à un meilleur moment, juge M. Bellemare.

« Ce qui est clair, c'est qu'on est aussi dans un moment où on a besoin de main-d'oeuvre. »

- Alain Bellemare

« On est en train d'augmenter la cadence pour l'A220, on va avoir besoin d'espace pour ça, on va avoir besoin des employés. On a la même chose avec le Global 7500. C'est pour ça que, pour nous, on n'a pas pris la décision encore, mais la fenêtre est bonne. C'est pour ça que je ne veux pas que ça traîne. »

Quand la vente du CRJ sera terminée, Bombardier aura complété son passage dans le domaine de l'aviation commerciale et ne sera plus active que dans celui des avions d'affaires. Ce créneau est lui aussi un grand créateur d'emploi, rappelle toutefois M. Bellemare.

« C'est 15 000 emplois. La C Series, c'était environ 2200 emplois qui ont été transférés. Le Q400, environ 1300. »

Garanties

L'un des enjeux restant dans les discussions avec Mitsubishi concerne des garanties accordées par Bombardier aux acheteurs passés du CRJ. Afin de faciliter leur décision, l'entreprise a garanti la valeur résiduelle de ces avions. Or, le marché pour ceux-ci s'est effondré depuis, tant et si bien que Bombardier compte dans son bilan un passif de 695 millions de dollars lié à ces garanties.

Étant donné que des analystes financiers ont estimé une plage de 300 millions à 1 milliard pour la vente du CRJ, on comprend que l'enjeu des garanties est significatif.

« Ça fait partie de l'équation totale du CRJ, reconnaît M. Bellemare. Rares sont les personnes qui ont identifié ça sur notre bilan. C'est effectivement un élément très important pour nous parce qu'il faut savoir comment on va gérer ça. De l'autre côté, on a une flotte d'environ 1300 avions en circulation, qui génèrent des revenus après-vente. Et les revenus après-vente, c'est très important. »




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