Cette semaine, La Presse rencontre cinq robots installés en entreprise. Voici le troisième de la série.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Nom : Le robot-peintre Salaire : 12,50 $ l’heure, 16 heures par jour Qualités : Grande autonomie et obsédé par l’efficacité Défaut : Aucune aptitude sociale Secteurs d’activité : Industriel et commercial

Vous entrez dans un cubicule d’un mètre carré avec un scaphandre et un masque. Pendant huit heures, des pièces vont arriver sur un convoyeur et vous devrez les peindre. Demain, ce sera le même scénario. La semaine prochaine et le mois prochain aussi. Jusqu’à votre retraite dans 35 ans.

Si les baby-boomers trouvaient leur bonheur dans ces postes de peintre industriel et commercial, la nouvelle génération se sauve en courant.

« Les peintres vont développer des maladies articulaires, si ce n’est pas des maladies respiratoires, affirme François Simard, cofondateur d’Omnirobotic. L’été, c’est l’enfer, il fait trop chaud. Une machine peut opérer dans ces conditions-là, mais pas un être humain. »

C’est pour éliminer les tâches dangereuses, sales et ennuyeuses que François Simard et son collègue Laurier Roy ont fondé Omnirobotic en 2016. L’entreprise a conçu un robot-peintre qui utilise l’intelligence artificielle pour réfléchir à la meilleure façon de peindre un objet.

« Ce n’est pas un philosophe, lance à la blague François Simard, c’est un obsessif au niveau de l’efficacité. Il va utiliser toute la puissance de calcul qu’on va lui donner. Son univers, c’est : “J’ai eu un bon score sur la dernière pièce, je suis heureux”… Bon, il n’a pas d’émotions. »

Avant, la technologie n’était pas assez développée pour répondre à leur ambition de créer des robots industriels autonomes.

« Il y a cinq ans, la technologie pour amener le robot à analyser en temps réel plusieurs scénarios pour exécuter le travail et être efficace n’était pas là. La technologie de reconstruction des pièces en 3D non plus. Il a fallu attendre l’amélioration des cartes graphiques et des caméras stéréoscopiques [qui reproduisent une perception de relief qui se rapproche de la vision humaine]. »

Jusqu’ici, la robotique était aussi conçue pour faire du volume, et non du sur-mesure. Pensez à l’industrie des portes et fenêtres. Chaque produit est fabriqué selon les mesures exactes du cadrage. Inutile de passer une journée à programmer un robot qui va peindre une seule fenêtre. L’humain est plus rentable. C’est le même phénomène avec les produits de consommation qui doivent s’adapter à la demande et offrir une large gamme de couleurs : chaises, bureaux, clôtures, etc.

« Nous, on peut prendre un robot industriel et le rendre intelligent. On va faire en sorte qu’il n’aura pas besoin d’être programmé à la main. Il va comprendre le but de l’opération comme un humain. Il va se servir d’une perception 3D et d’une logique du procédé pour trouver une stratégie pour exécuter le travail. » — François Simard

Cette image en 3D va être envoyée au cerveau qui va, au fond, l’analyser et déterminer une stratégie pour peindre automatiquement.

Il s’écoule de une à quatre minutes entre le moment où la pièce est scannée et le moment où elle est peinte.

Deux clients, des besoins différents

Pour l’instant, l’entreprise lavalloise a deux clients, un dans l’aérospatiale et l’autre dans la fabrication de comptoirs réfrigérés.

« Un de nos clients a un carnet de commandes 20 % plus élevé que l’an dernier, mais il a moins de main-d’œuvre au niveau de la peinture. Donc, c’est clair qu’il ne pourra pas sortir les commandes. Ce n’est plus une question de rentabilité. C’est : stratégiquement, on fait quoi ? La seule personne capable de sortir ce volume de travail là, c’est lui », dit-il en pointant le robot.

Le robot d’Omnirobotic s’avère une solution efficace dans la peinture de pièces d’aéronef. L’application de la peinture est difficile pour un humain, car les pièces sont minuscules.

« L’être humain ne peut pas contrôler le surplus de peinture. S’il y a trop de couches, plus loin dans la chaîne de production, tu es obligé d’en enlever pour faire de l’adhésion ou de l’assemblage quand les pièces ne rentrent plus l’une dans l’autre. C’est un milieu très pointilleux. Un être humain n’arrive pas à avoir la constance que ces gens-là recherchent. »

Le robot est fixe. Il ne pourrait donc pas repeindre un appartement. Cependant, en plus de la peinture, il pourrait faire du grenaillage, du sablage au jet et des traitements thermiques.

Selon les calculs d’Omnirobotic, en considérant une période de vie utile de 10 ans, le coût total de la possession revient à 12,50 $/h établis sur 16 heures de travail par jour.