Si Paul Tagliabue a amené la NFL dans la zone des buts au plan financier, son prédécesseur et mentor Pete Rozelle a traversé une bonne partie du terrain avec le ballon.

Vincent Brousseau-Pouliot

Si Paul Tagliabue a amené la NFL dans la zone des buts au plan financier, son prédécesseur et mentor Pete Rozelle a traversé une bonne partie du terrain avec le ballon.

Directeur général des Rams de Los Angeles, Pete Rozelle est élu commissaire de la ligue au terme de 23 tours de scrutin (!) en 1960. Sa devise: un pour tous et tous pour un. Sa stratégie d'affaires consiste à partager les revenus et négocier la télédiffusion des matchs.

En 1961, il parvient à une première entente de deux ans avec le réseau CBS. Le magot de 600 000 US est réparti à parts égales entre les équipes, même celles qui apparaissent moins souvent au petit écran. Une philosophie qui perdure encore aujourd'hui.

Selon Forbes, chacun des 32 clubs de la NFL a reçu 106 millions en revenus de télédiffusion en 2005. Une somme suffisante pour payer les salaires des joueurs, soumis à un plafond de 102 millions.

«La NFL a toujours eu une meilleure unité que les autres ligues de sport professionnel, dit Andrew Zimbalist, professeur d'économie au Smith College, au Massachusetts. Par contre, il faut admettre que c'était plus facile de convaincre les propriétaires au début, quand les sommes en jeu n'étaient pas aussi importantes qu'aujourd'hui.»

Aujourd'hui, 80 % des revenus générés par la ligue sont partagés à parts égales. Les ventes de chandails, casquettes et autres produits dérivés ainsi que le tiers des revenus aux guichets sont redistribués aux équipes par la NFL.

Le système de partage des revenus ne fait pas le bonheur de tous. En 1995, le propriétaire des Cowboys de Dallas, Jerry Jones, a poursuivi la NFL pour 300 millions. Il n'en pouvait plus de voir une partie de ses revenus se retrouver dans les poches de ses adversaires.

Le commissaire Tagliabue n'est pas resté les bras croisés: il a intenté une poursuite de 75 millions contre les Cowboys. Les deux parties ont finalement abandonné leurs recours judiciaires l'année suivante.

Le mécontentement de certains propriétaires n'a pas cessé avec le retrait des poursuites.

Et les plus riches deviennent de plus en plus riches. Selon Forbes, les Cowboys de Dallas ont généré des revenus annuels de 235 millions US en 2005. Seuls les Redskins de Washington et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont produit davantage de billets verts.

Mais les Cowboys n'ont pas l'intention d'être troisièmes au chapitre des revenus très longtemps. En 2009, ils déménageront dans le plus grand stade de la ligue. Construit au coût d'un milliard US, il peut accueillir jusqu'à 100 000 personnes.

Les nouvelles inégalités sociales de la NFL inquiètent le propriétaire des Steelers de Pittsburgh, Dan Rooney. «C'est une question d'équité, a-t-il dit au Washington Post . L'idée que n'importe quel club peut gagner chaque dimanche est l'une des forces de notre ligue. Nous devons continuer dans cette voie, même si les propriétaires qui font plus d'argent ne veulent pas toujours partager.»

En poste depuis septembre dernier, le commissaire Roger Goodell devra trouver une façon de plaire aux deux clans. «Son défi sera de maintenir l'équilibre financier de la ligue», pense Gary R. Roberts, de l'Université Tulane.