(Montréal) Les Éleveurs de porcs du Québec digèrent mal la décision d’Olymel de réduire ses achats québécois de 15 000 porcs par semaine à compter du mois de mars prochain.

Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

La décision survient au moment où ils sont toujours à gérer les surplus causés par la grève de quatre mois de l’usine d’Olymel à Vallée-Jonction et la pandémie, qui avait durement affecté les activités des abattoirs un peu partout dans le monde.

Olymel a annoncé vendredi qu’elle cessera ses activités d’abattage à l’usine de Princeville au printemps prochain pour s’y consacrer entièrement à la découpe. Cette décision entraînera nécessairement une baisse de capacité d’abattage de la compagnie, ce qui se traduira par une réduction de ses achats de 15 000 porcs par semaine en provenance du Québec et de 10 000 porcs par semaine en provenance de l’Ontario.

Les éleveurs québécois estiment qu’il s’agit d’un non-sens, surtout après que le gouvernement du Québec eut investi 150 millions dans l’entreprise cette année. Ils affirment que les éleveurs québécois ne devraient pas faire les frais de la restructuration d’Olymel et que les porcs québécois devraient être priorisés.

« Les consommateurs du Québec, ceux qui achètent notre viande, sont fiers d’acheter du porc du Québec élevé par des familles d’ici », a dénoncé le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, par voie de communiqué.

« Olymel doit réitérer ses valeurs en tant que fleuron québécois. C’est tout le modèle d’affaires de la filière porcine qui peut être ébranlé. Ce sont encore une fois les entreprises porcines, qui font notre fierté et qui rayonnent par leur savoir-faire de renommée mondiale, qui en subiront les impacts », a-t-il ajouté.

Pénurie de main-d’œuvre à l’origine de la réduction

Olymel justifie la fin des activités d’abattage à Princeville par le besoin de maintenir une production de coupes à valeur ajoutée, ce qu’elle ne pourrait faire sans réorienter le travail des employés de Princeville en raison d’un manque criant de main-d’œuvre.

« Lorsqu’il manque de main-d’œuvre, on manque d’emballage, de désossage, on se retrouve avec des coupes de base à la découpe et ça, malheureusement, par les temps qui courent, dans le marché actuel, ce n’est pas une opération rentable », a expliqué le premier vice-président de l’entreprise, Paul Beauchamp, en entrevue avec La Presse Canadienne.

« C’est dans ce contexte qu’on a indiqué aux producteurs qu’il fallait réduire nos achats, parce qu’on ne peut pas continuer à produire et perdre de l’argent », a-t-il insisté.

Olymel souligne que l’Ontario fournit un peu moins de 25 000 porcs par semaine à ses abattoirs, contre un peu plus de 100 000 porcs québécois, le Québec demeurant massivement le principal fournisseur de l’entreprise. M. Beauchamp fait par ailleurs valoir que l’entreprise a des contrats à long terme avec des fournisseurs ontariens qu’elle doit honorer.

« Nous avons des relations à long terme avec l’Ontario qu’on ne souhaitait pas sacrifier non plus, parce que lorsqu’il manquait de porcs, ce sont les gens de l’Ontario qui nous en ont fourni à un certain moment, ce qui a fait qu’on a pu maintenir notre capacité d’abattage », rappelle-t-il.

Quant aux sommes consenties par Québec, celles-ci ont pris la forme d’un investissement qui a fait de l’État québécois un actionnaire détenant environ 6 % des actions d’Olymel et si le gouvernement veut faire des représentations, il pourra les faire directement à la table du conseil d’administration.