Le centre de rénovation Bonhomme à Maniwaki, le BMR Vimat à Port-Cartier, le Home Hardware Matériaux Goudreau à Saint-Alexis-des-Monts, le RONA Julien et Frères à Baie-Comeau, le BMR Tremblay-Larouche à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean, on pourrait continuer longtemps cette liste pour montrer que les quincailliers, sans l’appui de l’État, finissent par épuiser leurs ressources et ne peuvent faire autrement que de faire mourir leur commerce.

Richard Darveau Président et chef de la direction, Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT)

Comprenons-nous bien : ces magasins, au cours des derniers mois, n’ont pas réduit leurs heures ou suspendu temporairement leurs activités, mais bien fermé leurs portes pour de bon.

Le manque de personnel, et en particulier d’employés avec expérience, aptes à conseiller adéquatement les consommateurs et les entrepreneurs qui ont besoin de leurs services, représente le dénominateur commun entre ces quincailleries de différentes tailles et de toutes les régions. À cela s’ajoute la difficulté de trouver une relève.

Pourquoi ?

Parce que le rythme sur sept jours et plusieurs soirs s’est accru sous l’effet des surfaces généralistes aux horaires sans fin alors que les attentes des employés, en termes d’équilibre entre la vie au travail, la vie sociale et la vie de famille, se font plus manifestes.

En fait, les quincailleries ouvrent plus longtemps qu’avant parce que le gouvernement du Québec, contrairement à plusieurs pays, États et provinces, a opté pour le laisser-faire. En d’autres mots, la loi du plus fort et du plus gros l’emporte.

À la clé, les commerces spécialisés que sont les quincailleries sont appelés à disparaître, entraînant possiblement dans leur sillage la dilution du tissu socio-économique de nos régions.

Cela fait cinq ans, donc bien avant la pandémie, que l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT) demande au gouvernement du Québec de revoir la Loi sur les heures et les jours d’admission dans les établissements commerciaux afin de protéger l’expertise qu’offrent les quincailleries.

C’est d’ailleurs dans une proportion de 76 % que les dirigeants de quincailleries et de centres de rénovation ont donné le mandat à l’AQMAT de placer en priorité la question de la fermeture permanente les dimanches.


PHOTO FOURNIE PAR RICHARD DARVEAU

Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction

Le moyen est simple, en fait il est double, et employé par nombre de législatures : obliger les quincailleries et centres de rénovation à fermer les dimanches et, d’autre part, les protéger en interdisant aux autres commerces de vendre des articles de quincaillerie et des matériaux de construction.

Dans un texte de La Presse+ repris par d’autres médias, plusieurs observateurs ont évoqué un retour en arrière à l’idée d’encadrer l’ouverture de certains commerces spécialisés les dimanches.

On comprend l’expression qui fait référence au fait qu’il y a 30 ans, c’était interdit de magasiner, l’Église régnait de toute son influence.

Sauf que de notre point de vue, s’il y a eu recul dans notre société, c’est lorsque l’État a choisi d’encourager le consommateur à prendre le dessus sur le citoyen par différents règlements et lois permettant aux commerces de détail de vendre à peu près n’importe quoi et pas mal tout le temps.

Il importe de rappeler que personne ne gagne en laissant les magasins spécialisés, comme les quincailleries, ouvrir de plus en plus d’heures par semaine :

  • le public ne dépense pas plus (si quelqu’un a un budget de 300 $ pour un achat ou des travaux, celui-ci ne grimpe pas à 400 $ parce que le commerce ouvre sept jours au lieu de six) ;
  • le commerce perd de l’argent (si le chiffre d’affaires ne monte pas, les dépenses opérationnelles pour ouvrir les dimanches, elles, oui) ;
  • l’expertise est diluée (les employés les plus expérimentés ne veulent pas être dans un magasin les dimanches) ;
  • l’embauche et la rétention des employés sont compliquées par l’épouvantail de devoir travailler les dimanches ;
  • et enfin, la qualité de vie en famille et les activités sociales de toute la population (clients, employés, commerçants) sont hypothéquées par la concurrence des magasins. 

Pour toutes ces raisons, à l’heure actuelle, l’AQMAT estime que plus de 40 % des 1000 quincailleries du Québec sont fermées tous les dimanches.

Notre organisme demande donc aux ministres du gouvernement du Québec concernés par l’économie, mais aussi par l’emploi et la solidarité sociale, de se concerter pour que soit modifiée la Loi sur les heures et les jours d’admission dans les établissements commerciaux dans le but de soutenir le métier de quincaillier en région et d’encourager les passionnés du bricolage et de la rénovation à continuer d’y travailler et d’y magasiner.