Rayons moins garnis dans le comptoir des viandes de certaines épiceries et difficultés d’approvisionnement pour de grandes chaînes de restaurant. Le conflit de travail chez Exceldor, qui a entraîné l’euthanasie de près de 500 000 poulets depuis le 23 mai, est inacceptable, contre nature et doit être réglé rapidement, clament l’Union des producteurs agricoles (UPA) et les Éleveurs de volailles du Québec.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

« C’est la première fois qu’un conflit de travail dans le secteur de la transformation alimentaire entraîne l’euthanasie de troupeaux parce que ces animaux ne peuvent être traités dans les usines où ils devraient en théorie être livrés », a déclaré le président général de l’UPA, Marcel Groleau, en point de presse jeudi devant les bureaux de son organisation, à Longueuil. « On demande aux parties impliquées dans ce conflit de maintenir une opération minimale pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’euthanasie et que le bien-être animal sur nos fermes soit respecté ou de faire une trêve, de reprendre les opérations et de poursuivre les négociations. »

Il a transmis son message en compagnie de Pierre-Luc Leblanc, président des Éleveurs de volailles du Québec, et d’Alexandre Cusson, directeur général des Éleveurs de porcs du Québec. Les travailleurs de l’usine d’abattage de porcs d’Olymel à Vallée-Jonction sont également en grève. « Vous allez me dire que l’oiseau s’en va à l’usine de transformation, mais le fait de voir ses oiseaux euthanasiés, c’est un choc pour un éleveur », a raconté M. Leblanc.

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Pierre-Luc Leblanc, président des Éleveurs de volailles du Québec

Plus tard dans la journée, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, a aussi exhorté les deux parties à en venir à une entente, condamnant dans la foulée le gaspillage alimentaire causé par le conflit. « On a une partie patronale et une partie syndicale qui ne s’entendent pas sur des conditions de travail, et tous les deux sont complices de ce gaspillage alimentaire, dit-il à La Presse. Je leur demande de s’entendre pour mettre fin au gaspillage alimentaire et de continuer à négocier leur contrat de travail de façon parallèle. »

Nomination d’une médiatrice

Du côté d’Exceldor, les 550 employés de l’usine d’abattage de Saint-Anselme, où on produit différentes découpes de poulet cru, entier ou en pilon, sont en grève depuis le 23 mai. Selon le syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce, les salaires et les assurances comptent parmi les principaux points de mésentente. Cette usine, l’une des plus importantes au Québec, transforme généralement 1 million de volailles par semaine.

Depuis le début du conflit, faute de pouvoir envoyer leurs bêtes à Saint-Anselme, les éleveurs ont été contraints d’euthanasier 500 000 poulets. Et on calcule que près de 400 000 bêtes pourraient subir le même sort chaque semaine si le conflit perdure, ce qui correspondrait à 1,6 million de repas, selon les calculs de l’UPA.

Au début de la grève, Exceldor a interpellé le gouvernement afin qu’il vote une loi spéciale pour que les activités de l’entreprise soient considérées comme un service essentiel. Or, le ministre du Travail, Jean Boulet, a préféré nommer, la semaine dernière, une médiatrice.

« On est en processus de conciliation », fait savoir Gabrielle Fallu, conseillère principale à la communication et aux relations publiques d’Exceldor. « La conciliatrice nous a rencontrés individuellement plusieurs fois depuis dimanche. »

Les deux parties ne se sont toutefois pas assises à la même table. « Le processus de médiation suit son cours et nous poursuivons la discussion avec la conciliatrice en chef pour trouver des pistes de solution pour dénouer l’impasse », soutient le syndicat dans une déclaration officielle publiée jeudi.

Problème d’approvisionnement

Pendant ce temps, l’approvisionnement en poulet frais représente un véritable casse-tête pour les détaillants et les restaurateurs. « On demande l’aide de tous les autres abattoirs au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick », signale Pierre-Luc Leblanc. Olymel, qui fait également de l’abattage de poulets, a pris en charge 15 % des volailles destinées à Exceldor.

Jean-François Belleau, directeur des affaires gouvernementales et publiques du Conseil canadien du commerce de détail – dont sont membres la plupart des grandes chaînes d’épicerie –, va jusqu’à parler de « pirouettes logistiques » pour certains magasins. Dans certains comptoirs de viande, le poulet frais se fait plus rare. « Un détaillant a arrêté de vendre du poulet de rôtisserie – cuit, vendu chaud en magasin – parce qu’il ne pouvait pas s’approvisionner », affirme-t-il.

En restauration, St-Hubert ne cache pas son inquiétude. « On a vraiment peur qu’il y ait un manque », dit Josée Vaillancourt, directrice des communications. Du côté des rôtisseries Benny et Au Coq, la situation va de mal en pis, selon Peter Mammas, président de Foodtastic, qui gère les deux chaînes.