Les services à distance des pharmaciens se multiplient. Deux nouvelles plateformes ont vu le jour récemment, permettant aux clients d’avoir des conversations avec un professionnel et des réponses à leurs questions urgentes.

Publié le 8 févr. 2021
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Quel médicament et quelle dose donne-t-on à fiston quand il fait de la fièvre ? Depuis qu’il est papa, Don Nguyen a toujours pu compter sur son frère Van, un pharmacien indépendant de Laval, pour répondre à ses questions et calmer des angoisses soudaines. Le résidant de la Rive-Sud, père de deux enfants… et qui attend des jumeaux, constate que la pandémie a limité l’accès au savoir de son frère, qu’il ne peut plus voir.

« Comme beaucoup de parents, on a souvent dû parler à un pharmacien depuis la naissance de nos enfants, raconte Don Nguyen. La pandémie a conduit à l’augmentation des messages textes et à de l’anxiété. Mon frère a, au même moment, constaté que ses patients ne voulaient plus se déplacer en pharmacie. »

Les bases étaient ainsi jetées pour la conception d’une plateforme en ligne permettant de rester lié aux clients à distance. Baptisée Télépharma, elle a officiellement été lancée en janvier et elle permet de clavarder, d’avoir une conversation par vidéoconférence ou texto en quelques minutes avec un pharmacien de l’établissement de Van Nguyen, peu importe où on se trouve au Québec.

Elle s’ajoute à une offre de services à distance offerts depuis quelques années par des Jean Coutu et Familiprix, notamment. « Des gens de l’Abitibi et de la Gaspésie l’utilisent, affirme Don Nguyen. La vidéoconférence est devenue familière en dix mois. C’est rapide et simple. On s’est assuré que notre plateforme était sécuritaire et que plusieurs pharmaciens pourraient y avoir accès. »

Le service est accessible 24 heures sur 24. Par l’entremise de Telepharma.ca, il est aussi possible de soumettre ses ordonnances et de se faire livrer des médicaments. « Plus tard, on aimerait avoir d’autres pharmacies qui s’affilient à la plateforme, dit Don Nguyen. Après nous avoir parlé, le patient peut néanmoins se rendre où il veut. On met de l’avant le service-conseil. On ne force personne à venir chez nous. On n’a pas comme but d’attirer la clientèle des autres. Cela dit, peut-être que les gens achèteront chez nous s’ils aiment le service, les conseils, la plus-value. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Sami Soltan, pharmacien et créateur de la plateforme Airix

Sami Soltan a eu une réflexion similaire, il y a plusieurs mois. Profitant du fait que les pharmaciens avaient désormais plus de pouvoirs en matière de consultations, d’ordonnances et du traitement de certaines conditions mineures, il a mis récemment à la disposition de sa clientèle la plateforme Airix. Celle-ci permet d’avoir accès à un pharmacien pour toute interrogation, pour un renouvellement d’ordonnance et la livraison de médicaments.

« Je peux répondre aux patients instantanément par consultation vidéo grâce à mon téléphone, explique le pharmacien indépendant de Mirabel. Le patient peut envoyer des photos. Tout est intégré. On répond déjà tous les jours à certains patients. »

Airix a été développée avec l’entreprise de Montréal Chrono Innovation. « Les développeurs d’ici comprennent plus rapidement les objectifs. On a une belle expertise, estime Sami Soltan, grand utilisateur d’applications mobiles. J’ai fait des études en santé, mais la techno est en moi depuis longtemps. Je suis fan de commandes en ligne. Je pense à Uber, où c’est facile pour les paiements. Je voyais un parallèle avec ça. »

Le nombre de visites et de téléchargements semble donner raison aux deux pharmacies d’avoir investi dans la création de telles plateformes. « En un mois seulement, Airix a été téléchargée plusieurs milliers de fois et plus de 150 personnes s’y sont inscrites », affirme Sami Soltan.

« On est dans un processus d’embauches et d’expansion, ajoute Don Nguyen. Pour servir dans d’autres langues que le français, l’anglais, l’espagnol et le vietnamien, comme le chinois et l’arabe. »

Sami Soltan a consacré environ 200 000 $ de ses avoirs à la création d’Airix. Il attend du financement d’Investissement Québec et de la BDC pour augmenter l’efficacité de sa plateforme, pour utiliser à son plein potentiel l’information colligée, grâce à l’intelligence artificielle, par exemple.

Et les Nguyen ? « On n’a calculé ni le temps ni les sous. Ce n’est pas des millions, mais l’investissement est considérable », répond Don Nguyen, qui a pu compter sur les effectifs liés à ses entreprises en mode et en cosmétiques Dom Rebel et Wonderblush.

Sami Soltan voit déjà plusieurs pharmaciens s’approprier l’application pour permettre à des gens de partout dans la province d’être connectés directement à un pharmacien à proximité de leur résidence, même si sa pharmacie livre partout au Canada. « On est en pourparlers avec une douzaine de pharmaciens de Québec, soutient-il. Des gens de différentes bannières nous ont approchés. On veut s’assurer d’une même vision avant d’aller de l’avant. »