Les compagnies d’assurance de dommages persistent à augmenter les primes d’assurance auto et d’assurance habitation de 10 à 15 % cette année malgré le fait que des centaines de milliers de leurs clients composent avec une baisse considérable de leurs revenus en raison de l’arrêt quasi complet de l’économie.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Un courtier d’expérience dénonce l’insensibilité des assureurs et les exhorte à geler leurs primes en 2020 dans une lettre ouverte.

« Il faut que les compagnies d’assurance arrêtent d’augmenter les prix », dit Louis-Thomas Labbé, président et chef de la direction de GPL Assurance/Gallagher Québec, un des principaux courtiers en assurance pour entreprises avec 125 employés.

« On vit une crise mondiale qui ne ressemble en rien à ce que j’ai connu, dit M. Labbé. Donnez un break à vos clients jusqu’à la fin de l’année. N’augmentez personne, sauf exception. » 

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Louis-Thomas Labbé, président et chef de la direction de GPL Assurance/Gallagher Québec

Il dit voir encore ces jours-ci des hausses annuelles moyennes de 10 à 20 % en assurance auto et de 10 à 15 % en assurance habitation.

M. Labbé est un vieux routier des assurances ayant près de 40 ans d’expérience. Contrairement à d’autres cabinets de courtage qui appartiennent en tout ou en partie aux assureurs, GPL est indépendant, soutient M. Labbé. C’est pour cette raison qu’il se sent à l’aise de dénoncer la timidité de la réponse des assureurs à la crise.

Des assureurs proposent des solutions aux clients éprouvés au cas par cas. Ils offrent notamment de réduire l’étendue de la couverture d’assurance pour faire ainsi baisser la facture. « C’est comme si un restaurateur vous faisait une faveur en ne vous réclamant pas la soupe que vous n’avez ni commandée ni mangée », avance l’homme d’affaires.

Rééquilibrage tarifaire

Au Bureau d’assurance du Canada (BAC), on explique que les assureurs ont entrepris au cours des 15 derniers mois un processus de rééquilibrage de leurs primes après six années de sous-tarification qui ont érodé la rentabilité de l’industrie.

« Le but des hausses actuelles, explique à La Presse Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques du BAC, est d’assurer de collecter assez de revenus pour payer les réclamations des 12 prochains mois. Tout coûte plus cher », fait-il remarquer.

M. Labbé rétorque que les assureurs ont déjà commencé à corriger le tir l’an dernier avec une première phase d’augmentation des primes.

Ils sont capables d’attendre de sept à huit mois avant de poursuivre le redressement tarifaire.

Louis-Thomas Labbé

Le courtier d’expérience rappelle que l’assurance est un bien essentiel. « Tout le monde fait des efforts face à la crise : les gouvernements, Hydro-Québec, la Caisse de dépôt, même les banques qui accordent des reports de remboursement d’hypothèque », souligne-t-il. Le Mouvement Desjardins a annoncé jeudi la réduction du taux sur les cartes de crédit pour une certaine frange de sa clientèle. La CIBC, la RBC et la Banque Nationale lui ont emboîté le pas le lendemain.

Des assureurs muets

La Presse a communiqué avec Promutuel, qui a refusé de répondre à nos questions. Desjardins Assurances générales, malgré une promesse de rappeler, ne l’a pas fait.

Selon Martin Boyer, professeur à HEC Montréal et spécialiste des assurances, c’est une erreur de comparer les banques et les assureurs. « Les banques se financent en partie à la Banque du Canada. Les fonds leur coûtent pas mal moins cher depuis la baisse des taux directeurs. Ce n’est pas le cas des assureurs », fait-il valoir.

Néanmoins, le professeur reconnaît que les assureurs feraient un beau coup de publicité avec un gel temporaire des primes. Les assurés, en revanche, ne gagneraient que des miettes, d’après lui. « Le coût d’une prime mensuelle d’assurance auto, ce n’est rien comparativement à un paiement d’hypothèque. »