Les marchés boursiers ont causé plus de sensations fortes que n’importe quel manège en 2020. Le gestionnaire de portefeuille principal de la firme Cote 100, Marc L’Écuyer, en a vécu les hauts et les bas.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Mon pire moment

Ça devait être le 22 ou le 23 mars. Dans mon souvenir, c’était la veille de la journée où les marchés ont touché le plancher, le 23 mars. Un de nos clients nous a appelés et a décidé de liquider tout son portefeuille.

En général, les investisseurs chez nous sont là à long terme, ils ne se laissent pas influencer par les variations de marché. Là, le marché baissait tellement rapidement, les gens paniquaient. En général, on réussissait à les rassurer.

Ça n’avait pas d’implication importante pour notre entreprise, on a plus de 1000 clients, mais comme individu dont le rôle est de conseiller les clients, c’était difficile. On se dit que c’est dommage. Aucun de nos clients n’avait liquidé son portefeuille lors de la crise de 2008.

C’est d’autant plus triste qu’une fois que tu as tout vendu dans un moment de panique comme ça, tu ne rachètes pas le lendemain. C’est difficile de dire : « Oups, j’ai fait une erreur, je n’aurais pas dû paniquer. » En 2008, on avait un client qui avait décidé de vendre en décembre. Il avait tout racheté un mois et demi plus tard, il n’avait rien perdu ou à peine, parce que le marché n’avait pas rebondi encore. Mais quand le marché a déjà remonté de 20 %, c’est très difficile de passer par-dessus sa décision.

Pour ce client, ça signifie que son portefeuille est présentement inférieur de peut-être 30 % à ce qu’il aurait été. Ça a de grosses implications sur sa vie.

Mon meilleur moment

Un peu après le rebond, au début d’avril, j’ai souvenir qu’il y a un moment où on s’est dit : « On achète n’importe quoi. »

Jusque-là c’était plus sporadique. « Est-ce qu’on devrait acheter lui ? OK. Est-ce qu’on devrait acheter celui-là ? Oui, OK. » Mais là, notre niveau de confiance était devenu suffisamment élevé, on s’est dit qu’il fallait passer l’encaisse. Il y a toujours une partie d’incertitude, mais on avait beaucoup plus de confiance que quand on achetait en mars.

Je dois dire que j’ai été moi-même pas mal surpris de la vitesse du rebond. Je savais à ce moment que le marché allait remonter à long terme, mais pas qu’il allait atteindre de nouveaux sommets avant la fin de l’année.

Je dirais que tout le long de cette aventure, la grosse différence qu’on a vue, c’est entre les gens qui avaient connu 2008 et ceux qui ne l’avaient pas connue. Je suis assez âgé pour l’avoir vécu. Même chez nous, les gestionnaires plus jeunes, on voyait la panique dans leurs yeux.

Même si les deux situations étaient bien différentes, ça revient à la même chose, la panique. Sur le plan de la psychologie de l’investisseur, c’était pas mal la même chose.