La Torontoise Rania Llewellyn prendra les guides de la Banque Laurentienne à la fin du mois. Après une carrière de 26 ans à la Scotia, où elle a d’abord été caissière avant d’accéder à différents postes de direction, elle arrive en poste cinq ans après la mise en place d’un ambitieux plan de transformation qui oriente la banque vers le conseil et les services numériques. Entretien.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Vous êtes actuellement à Toronto avec votre conjoint et vos deux enfants. Allez-vous déménager au Québec et apprendre le français ?

« Montréal sera essentiellement ma deuxième maison. J’adore Montréal et je prévois y passer beaucoup de temps. Notre siège social est à Montréal. Un grand nombre de nos employés y sont. Nos clients aussi. Je connais Montréal pour avoir dirigé dans le passé plusieurs équipes installées à Montréal. Je suis très enthousiaste à l’idée d’être de retour dans le marché montréalais. Je ne parle pas français, mais j’ai la ferme intention de l’apprendre. Je suis d’ailleurs déjà inscrite à des cours de français. Ma langue maternelle est l’arabe, alors comme je suis déjà bilingue, j’espère qu’il sera facile pour moi d’apprendre le français. »

PHOTO FOURNIE PAR LA BANQUE LAURENTIENNE

Rania Llewellyn a été nommée présidente et cheffe de la direction de la Banque Laurentienne.

Vous devenez la première femme à diriger une grande banque canadienne (Monique Leroux a dirigé Desjardins, une coopérative). Sentez-vous une pression additionnelle ?

« Je suis ravie et honorée d’avoir été choisie pour le poste par le conseil d’administration de la banque. Je prends ce rôle très au sérieux pour en quelque sorte ouvrir la voie à d’autres femmes. Je deviens la première femme présidente d’une grande banque, mais pas la dernière, je l’espère. En ce qui concerne les opérations, ce sera business as usual : je parlerai à toutes parties prenantes, les employés, nos clients, et nos actionnaires aussi de manière à obtenir une vue d’ensemble. Je vais commencer par écouter afin d’apprendre et comprendre le mieux possible le fonctionnement des affaires. Ensuite, ce sera le temps de travailler en collaboration pour établir une stratégie. »

Je comprends que vous allez élaborer votre propre stratégie. Allez-vous poursuivre le plan de transformation mis en place en 2015 ? Quel mandat avez-vous ?

« Mon rôle est d’établir la direction stratégique de la banque pour au bout du compte générer de la valeur pour les actionnaires. C’est en donnant la priorité aux clients et aux employés qu’on y parviendra. Nous sommes dans une people business. C’est très important d’écouter les employés. Il doit être facile pour les clients de faire affaire avec nous, mais pour cela, il faut s’assurer que ce soit facile pour nos employés d’effectuer leur travail. »

Quelle est votre vision de la banque ? Que souhaitez-vous qu’elle devienne ?

« La banque a 175 ans et j’espère contribuer à préserver cet héritage. Je veux réénergiser la banque et poursuivre sur une trajectoire de croissance. Le client doit être au cœur de notre stratégie. Même chose pour les employés, car si les employés sont engagés, nos clients seront heureux et ça permettra de créer de la valeur pour les actionnaires. »

Quelle est votre analyse des ennuis éprouvés par la banque dans les dernières années (faibles résultats, prêts irréguliers, réduction du dividende, chute de l’action, départ du PDG, négociations difficiles avec le syndicat, etc.) ?

« Mon mandat débute dans 10 jours. À ce moment, je vais discuter avec les clients, réviser tous les résultats financiers de même que toutes les lignes d’affaires. Nous pourrons ensuite faire le point là-dessus. »

Dans quel état d’esprit abordez-vous votre nouveau défi ?

« Je ne parle pas encore français, mais je partage plusieurs valeurs avec les Québécois. Les Québécois travaillent très fort, sont très entrepreneurs et innovateurs. Étant moi-même une immigrante, travailler fort est important pour moi. Mais encore plus important, d’un point de vue culturel, je rejoins les gens sur plusieurs points. Et devenir la première femme à diriger une banque, ça en dit long en termes d’innovation au Québec. »

L’« agent de changement » recherché par la banque

Son dynamisme et sa capacité à générer de la croissance sont notamment soulignés par la Banque Laurentienne pour expliquer le choix de Rania Llewellyn à la tête de l’institution financière. « Nous sommes convaincus qu’elle est l’agent de changement dont la banque a besoin pour relever les défis auxquels elle est confrontée », souligne Michelle Savoy, l’administratrice qui a dirigé le comité chargé de la recherche du PDG de la Laurentienne. Rania Llewellyn est aussi qualifiée de « fine stratège » par Michelle Savoy. Mme Llewellyn était jusqu’à récemment vice-présidente, paiements mondiaux pour entreprises, à la Scotia.