Chaque année, dans le cadre de toutes sortes de chroniques et de reportages, je parle à de jeunes entreprises québécoises de secteurs diversifiés. Savons, nourriture, objets, vêtements… Vendredi dernier, j’ai appelé plusieurs de ces entrepreneurs à qui j’avais parlé dans un passé assez récent, histoire de leur demander comment ils allaient, comment ils avaient traversé la crise du printemps dernier et de quoi avait l’air l’avenir. Bonne nouvelle : ils vont plutôt bien !

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Voici ce qu’ils m’ont répondu.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Wilder Harrier fabrique des gâteries pour chiens avec de la farine de grillons. Sur la photo, les trois fondateurs : Philippe Poirier (à gauche), Paul Shenouda (au centre) et Mathieu Poirier.

Wilder Harrier

J’ai fait un article sur ces fabricants d’aliments pour chiens québécois à l’été 2018. L’entreprise, qui se spécialise dans l’utilisation de protéines et d’ingrédients écoresponsables, venait d’être choisie « Jeunes entrepreneurs de l’année » par EY. Elle fabriquait alors uniquement des gâteries pour chiens à base de farine de grillons, mais, depuis, sa gamme de produits s’est élargie, et elle a commencé à faire de la nourriture complète à base de farine de mouches et des bâtonnets dentaires avec des algues. La crise ? Elle ne lui a pas nui, m’a dit le président, Philippe Poirier. La vente d’aliments pour chien était considérée comme un service essentiel, et l’entreprise a en outre vu ses ventes en ligne exploser. Elle a même réussi son lancement de produits en Corée du Sud, en juillet. Prochaine étape : une nouvelle nourriture à base de carpe asiatique, espèce envahissante en Amérique du Nord, peu intéressante pour les humains, qui devrait arriver sur le marché avant la fin de septembre.

Énamour

J’ai parlé de cette petite entreprise en décembre dernier, dans un dossier sur les cadeaux de Noël faits au Québec. Énamour propose des produits à base d’ingrédients naturels, nettoyants, hydratants et calmants pour bébé. Comment a-t-elle traversé la crise du printemps ? « Avril et mai ont très, très bien été », m’a dit la présidente et fondatrice, Marie Custeau. Les ventes en ligne ont cartonné. « Comme à Noël. En fait, mieux que décembre passé. Le mouvement “acheter québécois” a vraiment résonné chez nous. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Marie Custeau, fondatrice d’Énamour

La jeune entrepreneure croit toutefois que son entreprise est rendue à une étape de sa croissance où elle a besoin d’injections d’argent et de savoir-faire pour grandir. Elle se cherche donc un partenaire d’affaires ou même un acheteur. « Mon entreprise doit devenir adulte », dit Mme Custeau. Et elle ne peut pas l’amener là seule.

Vol Privé

La société de Marie-Claude Roulier dessine, fait fabriquer au Québec et vend des accessoires pour les voyageurs, par exemple des couvertures légères, mais chaudes, ou des coussins pour dormir assis. J’avais suggéré ses loups pour dormir en mérinos, dans mon dernier dossier sur les cadeaux de Noël faits au Québec. Vous imaginez bien que la fondatrice a dû arrêter la machine quand la suspension de tous les vols a été décrétée pour penser à son prochain coup. Qu’a-t-elle fait ? Des masques ! « Mon réseau s’est déployé », dit-elle. Aux clients commerciaux déjà gagnés d’avance, elle a proposé ses masques minimalistes, en tissu de qualité, prolongeant l’esprit des produits d’origine. À son réseau d’artisans, elle a passé de nouvelles demandes. « Avec tout ça, avril et mai ont été fous », affirme-t-elle. Puis, en juin, le coup de vent s’est calmé, mais les ventes se sont maintenues à un bon niveau. « Et ça a fait découvrir ma marque, et j’ai aussi vendu plein d’autres produits. » Là aussi, le message « achetez québécois » a été entendu.

Les carottés

Cette jeune et dynamique ferme biologique de la Montérégie faisait partie d’une série d’articles, parue en 2017, sur de nouveaux entrepreneurs agricoles. Tout tournait alors essentiellement autour de deux jeunes travailleurs, Éloïse Racine et Francis Côté-Fortin, formés en agriculture nouvelle et cultivant des terres louées à Dunham. Depuis, une troisième associée, Laurence Harnois, s’est jointe au groupe, et la ferme a déménagé sur une autre terre, maintenant à Brigham, mais qui leur appartient. « Pour nous, ça se passe vraiment bien », dit Mme Harnois. C’est la fin de l’hiver, alors que les cultivateurs nageaient tous dans l’incertitude au sujet notamment des points de vente, qui a été stressante. Mais quand le beau temps est arrivé, rapidement les Québécois ont commencé à adhérer au mouvement « acheter local » et, du côté tant des paniers que des marchés fermiers, les ventes ont commencé à cartonner. « Depuis que vous êtes venue, on a plus que doublé, même triplé la production », affirme la jeune agricultrice. « Les communautés veulent des produits locaux. »

Barres Näak

J’ai écrit sur cette entreprise en 2018, dans le cadre d’une série sur l’innovation dans le secteur alimentaire. Elle venait alors de refaire l’emballage de ses barres énergétiques pour sportifs, à base de farine de grillons. Les barres Näak sont destinées aux amateurs de plein air et de sports extrêmes, comme le triathlon, demandant une bonne dose de carburant alimentaire efficace. Le marketing de la société tournait alors beaucoup autour de leur présence dans différents évènements et dans les boutiques d’équipements sportifs et de plein air ainsi que dans certaines épiceries. Näak a été pas mal touchée par la crise, m’a dit son fondateur, William Walcker, puisque les évènements sportifs ont été annulés et bien des boutiques fermées durant tout le Grand Confinement. En revanche, les ventes en ligne ont augmenté de plus de 200 %, ce qui permet, assure-t-il, de garder l’entreprise en vie.