Lorsque les grands rassemblements familiaux étaient encore permis, Claude-André Ducas contribuait aux évènements marquants d’une vie. Il livrait les fleurs qui égayaient les mariages et celles qui apaisaient la tristesse lors des funérailles.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

La semaine dernière, son employeur lui a téléphoné. Terminées, les livraisons sur la Côte-Nord et au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Son camion est stationné pour une durée indéterminée.

« Je n’ai jamais arrêté de travailler de toute ma vie, sauf deux mois quand je me suis fait opérer pour le cœur, raconte-t-il au téléphone. Quand l’économie va repartir, j’ai bien l’impression qu’on sera les derniers à redémarrer. »

À 55 ans, Claude-André Ducas avait envie d’améliorer son sort. Il rêvait de s’inscrire à un programme pour changer de métier. Aider les autres, les personnes âgées, les plus démunies. Les idées se bousculaient dans sa tête. Il avait aussi songé à une formation pour conduire des poids lourds. L’industrie du camionnage avait un criant besoin de chauffeurs. Il comptait sur le programme de l’assurance-emploi pour suivre cette nouvelle formation.

« Si je suis en chômage pendant six mois, si j’utilise les prestations maintenant, je serai pénalisé pour mon avenir, parce que je ne pourrai plus avoir de revenu en suivant des cours », s’inquiète-t-il.

« Je voudrais bien profiter de ce temps de pause pour étudier, poursuit-il, mais les formations sont arrêtées. Et même si je pouvais suivre une formation en ce moment, peut-être qu’elle ne sera plus en demande dans notre prochaine nouvelle société… Toute cette situation me mélange énormément. »

À quelques années de sa retraite, Claude-André Ducas sent la pression du temps qui va débouler d’un coup trop vite.

Ça m’angoisse. J’ai peur de prendre du retard et de devoir repousser ma retraite. J’ai une bonne santé, mais un cœur reconstruit. Je ne pourrai pas travailler pendant de nombreuses années pour rattraper ce retard-là.

Claude-André Ducas

Au moins, ses enfants sont grands et indépendants, ce qui le rassure dans ce moment où rien n’est rassurant. Sa conjointe travaille comme aide-cuisinière dans un centre pour personnes âgées, un service essentiel. Le côté finances le préoccupe moins.

« Comme on vit simplement, le seul salaire de ma conjointe suffira dans les prochains mois, dit-il. Je suis un peu comme Pierre-Yves McSween. Je roule dans un vieux véhicule et, en plus, je le répare moi-même. Je vais m’en sortir. Ce qui m’inquiète, par contre, c’est l’aspect social. Je trouve qu’il y a un manque de solidarité. »

L’homme de Neuville, en banlieue de Québec, profite de cette vie en suspens pour entretenir ses amitiés à distance et faire toutes ces choses qu’il n’a jamais le temps de faire.

« J’ai beaucoup d’humour, dit-il. Regarder des classiques comme Le dîner de cons, ça me fait beaucoup rire. Ça me fait du bien. »

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