La pandémie de COVID-19 sonnera-t-elle le glas de l’utilisation de l’argent comptant dans les transactions ? La question se pose, à la suite d’informations provenant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggérant de restreindre l’utilisation des billets de banque pour limiter la propagation du virus.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Vérification faite, l’OMS n’a jamais dit que les billets de banque pouvaient transmettre la COVID-19. Un de ses porte-parole a seulement dit ce que tout le monde sait déjà : les billets de banque peuvent transmettre des virus (de toutes sortes) et il vaut mieux se laver les mains après en avoir manipulé.

D’autres reportages ont fait état de l’opération de désinfection des billets de banque par l’État chinois et de la mise en quarantaine par la Réserve fédérale américaine de billets de banque en provenance d’Asie.

Qu’elle soit fondée ou non, cette suspicion envers l’argent comptant qui serait vecteur de maladies va peut-être accélérer sa disparition.

Déjà, le « cash » a perdu son statut de roi dans plusieurs coins du monde. Partout sur la planète, les transactions électroniques se multiplient et les paiements en espèces diminuent. La technologie a aussi permis l’apparition d’autres systèmes de paiement comme le bitcoin, la Libra de Facebook et autres cryptomonnaies qui ont l’ambition de remplacer les billets de banque et les autres modes de paiement virtuels.

Des pays comme la Finlande et la Suède ont pratiquement éliminé le recours à l’argent comptant, et d’autres sont en voie de le faire.

La Suède pourrait bientôt être le premier au monde à se débarrasser complètement de l’argent comptant. Déjà, une petite fraction seulement (13 %) des transactions commerciales du pays repose sur l’échange de monnaie physique, au point où les commerçants ne veulent plus en accepter.

Le gouvernement suédois souhaite et encourage la fin du paiement en espèces. La banque centrale de Suède a fait récemment un pas de plus vers l’élimination des transactions en espèces. Un projet-pilote de monnaie électronique qui se veut simple et accessible à tous est en cours, l’e-krona, qui pourrait bientôt remplacer les billets de banque.

De la résistance

Les objections à la disparition du paiement en espèces sont très nombreuses. Qu’adviendra-t-il de ceux qui n’ont ni téléphone intelligent ni connexion internet ? Les pauvres et les démunis seront-ils définitivement relégués aux oubliettes de l’économie de marché ?

Beaucoup craignent aussi que si l’argent comptant disparaît, les autorités puissent retracer plus facilement les faits et gestes de la population pour mieux la contrôler.

C’est d’ailleurs une des explications du développement incroyable des applications de paiement électronique en Chine au cours des cinq dernières années.

Mais la traçabilité des transactions a peut-être plus d’avantages que d’inconvénients dans les pays démocratiques. L’argent comptant a toujours facilité la tâche des trafiquants de toutes sortes et sa disparition favoriserait la lutte contre la criminalité et le terrorisme.

Avec le développement du commerce électronique et des systèmes de paiement, le mouvement vers un monde sans monnaie physique paraît de toute façon impossible à stopper. Et la voie qu’emprunte la Suède semble être celle qui est la plus prometteuse. En plus d’être sous le contrôle d’un gouvernement et garantie par lui, la monnaie électronique de la banque centrale peut empêcher que tout le système monétaire soit un jour contrôlé par des banques, des réseaux sociaux ou d’autres entreprises moins soucieuses du bien public.