C’était un des banquiers les plus en vue au Québec. Il a été de plusieurs grandes transactions. Il s’est impliqué dans plusieurs dossiers hautement médiatisés, notamment celui des Expos. Et il a beaucoup donné pour des causes importantes comme celle des enfants. 

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’ex-président de la Banque de Montréal au Québec, Jacques Ménard, s’est éteint en fin de soirée mardi au CHUM des suites d’une longue maladie pulmonaire. Il avait eu 74 ans à la fin de janvier.

Jacques Ménard a été le grand patron de la BMO au Québec de 2001 à 2018.

Au fil des années, il a été administrateur de plusieurs entreprises (WestJet, Claridge, Alouettes de Montréal, etc.).

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Jeffrey Loria, ancien patron des Expos de Montréal, et Jacques Ménard, alors président du conseil d’administration de l’équipe, en 1999

Jacques Ménard a été le visage de la BMO dans la province pendant de nombreuses années. Il a été président des conseils d’administration d’Hydro-Québec, de la Bourse de Montréal, de l’Association canadienne des courtiers en valeurs mobilières et des Expos de Montréal (lors de l’achat du club par Jeffrey Loria au tournant des années 2000). Il était le banquier de George Gillett lorsque ce dernier a vendu le Canadien de Montréal à un groupe dirigé par la famille Molson en 2009.

« C’était mon mentor »

La carrière de ce natif de Chicoutimi a commencé au début des années 70 comme banquier d’affaires chez Burns Fry. Il a fait son entrée à la Banque de Montréal lorsque la BMO a acheté Burns Fry en 1994 pour la fusionner avec Nesbitt Thomson, une firme acquise sept ans plus tôt.

« J’étais avec lui mardi soir », lance Claude Gagnon, son successeur à la tête de la BMO au Québec. « C’était mon mentor », dit-il.

Il a fait énormément pour le Québec. C’était un visionnaire. Un homme déterminé qui adorait les défis. Lorsque les choses étaient trop simples, il les laissait à d’autres.

Claude Gagnon, président de BMO Groupe financier, Québec

Claude Gagnon se rappelle plusieurs grands dossiers sur lesquels Jacques Ménard a travaillé. « Il était là lorsque le groupe Rona a été formé, lorsque Metro-Richelieu s’est formé, lors de la vente du Canadien, etc. », énumère-t-il.

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Jacques Ménard a été fait compagnon de l’Ordre du Canada le 22 novembre 2013. À sa gauche, l’ancien gouverneur général du Canada David Johnston.

« Il voulait changer la face du monde », ajoute Claude Gagnon. « Il a contribué à mettre en place une étude sur la persévérance scolaire chez les jeunes. Si on ne donnait pas une chance à nos jeunes de réaliser leur plein potentiel, on était une société qui s’en allait à l’abandon. Ce fut un cheval de bataille pour lui. On voit aujourd’hui, 10, 12 ans plus tard, les résultats, notamment la conscientisation de la population et des gouvernements. On a fait bouger l’aiguille dans le bon sens. On a gagné près de 10 points en pourcentage de taux de diplomation chez les jeunes. Ce sont des milliers de jeunes qui vont en bénéficier toute leur vie et la société qui en recueillera les retombées. »

Simons, un lien spécial avec Ménard

Peter Simons, propriétaire de Maison Simons, connaissait lui aussi Jacques Ménard depuis longtemps.

« Si une entreprise peut se vanter d’avoir un lien spécial avec la BMO et par extension avec Jacques Ménard, c’est bien Simons », dit-il.

Le détaillant de Québec serait son plus ancien client au pays, ce que le banquier a souligné en offrant une sculpture inuite à la famille Simons, en 2000. Il y est inscrit : « Merci de la confiance témoignée depuis 1840 », nous a lu Peter Simons, précisant que l’œuvre d’art était dans son bureau.

C’était un homme avec de la classe, intelligent, qui a toujours su soutenir les entrepreneurs.

Peter Simons, propriétaire de Maison Simons

« Il était présent et actif dans notre dossier, surtout quand on a commencé notre expansion hors Québec. […] Quand tu es un entrepreneur, tu apprécies le support. Il incarnait les valeurs de la BMO qu’on a toujours appréciées. »

Ils ont dit

J’ai eu l’occasion de connaître Jacques Ménard dans l’industrie de la finance à Montréal, mais il était aussi extrêmement impliqué au niveau de la philanthropie : Sainte-Justine et plusieurs œuvres contre le décrochage scolaire. C’est quelqu’un qui a marqué le Québec, bien sûr professionnellement, mais au-delà par son implication sociale. C’est un exemple pour tous.

Eric Girard, ministre des Finances

C’est un homme qui était très généreux, qui s’est impliqué beaucoup dans la philanthropie, beaucoup dans l’éducation. C’est un homme que j’ai toujours beaucoup respecté. C’est un ambassadeur hors pair pour la Banque de Montréal ici au Québec. Je pense qu’on va penser à lui de façon positive.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

— Avec Marie-Eve Fournier et Tommy Chouinard, La Presse

« Un siège social à lui tout seul »

Il a été de toutes les causes, en plus de son job de jour. L’avenir du système de santé, celui des Expos, la musique, le décrochage scolaire, l’avancement des femmes, Jacques Ménard a toujours répondu présent quand il était sollicité. 

Il a aussi souvent pris les devants, raconte Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. C’est Jacques Ménard qui a pris l’initiative de demander au Boston Consulting Group de se pencher sur les moyens de revitaliser une ville, rappelle-t-il.

Ça a donné « Je vois Mtl », le projet qui a fédéré le monde des affaires et la société civile autour de projets qui ont mis la métropole sur son orbite actuelle. Jacques Ménard est le grand initiateur de cette relance, estime l’ancien maire Denis Coderre. « Je perds un ami et un frère », dit-il.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Leblanc, PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Denis Coderre, ancien maire de Montréal, et Jacques Ménard, lors d’une conférence de presse de « Je vois Mtl », en novembre 2014

M. Coderre se souvient avec émotion que durant la période sombre qui a suivi sa défaite à la mairie de Montréal, Jacques Ménard l’a invité à un cocktail qu’il avait organisé avec des gens d’affaires pour le remercier de ce qu’il avait fait pendant son mandat.

Toujours disponible, jamais découragé. Ceux qui ont travaillé avec lui soulignent son grand dévouement pour les causes qui lui tenaient à cœur.

Lucien Bouchard et Jacques Ménard ont travaillé pour la première fois ensemble lors du Sommet économique et social de Québec en 1996.

Il a été d’une grande utilité pour faire des ponts entre le monde des affaires, les syndicats et les organismes sociaux, qui ne se parlaient pas beaucoup à l’époque. « Il avait une bonne réputation et un bon réseau », résume M. Bouchard. 

Le banquier avait ses entrées partout, même chez les souverainistes. C’est le premier ministre Lucien Bouchard qui l’a nommé à la présidence du conseil d’administration d’Hydro-Québec en 1996. Ça n’avait pas plu à Jacques Parizeau, qui avait déclaré publiquement que la nomination de ce fédéraliste convaincu lui donnait « des frissons dans le dos ».

Lucien Bouchard et Jacques Ménard sont toujours restés en contact. Comme leurs bureaux étaient situés dans le même immeuble, au 1501, McGill College, ils se voyaient souvent, dit M. Bouchard. « On parlait de nos fils, qui s’appellent tous les deux Simon. »

Les deux hommes ont travaillé ensemble au financement de l’Orchestre symphonique de Montréal. Jacques Ménard quêtait de l’argent avec le même enthousiasme qu’il faisait tout le reste, selon M. Bouchard.

C’était difficile de lui dire non, comme il était lui-même tellement généreux de son temps et de sa personne.

Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec

Montréal International

Jacques Ménard a redynamisé Montréal International, une organisation qui souffrait d’insécurité et de manque de leadership. Jean Laurin, actuel président du conseil d’administration de Montréal International, est celui qui l’a convaincu de se joindre à l’organisation dans ce contexte difficile.

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En 2014, l’ancien de maire de Montréal Denis Coderre a nommé Jacques Ménard à la présidence de Montréal International.

« C’était quelqu’un qui avait une attitude positive exceptionnelle, qu’il a toujours gardée, même à la fin, dans sa maladie », évoque-t-il. Sa principale qualité, selon lui, était celle de pouvoir inspirer son entourage.

C’est Jacques Ménard qui a embauché Stéphane Paquet à Montréal International. Celui qui est maintenant président-directeur général de l’organisation se souvient très bien de son entrevue d’embauche, à son bureau de la BMO. « On a parlé de toutes sortes de sujets pendant presque une heure et je me suis dit : “ce n’est pas une entrevue d’embauche”. Puis, à la fin de l’heure, il m’a tendu la main et m’a dit : “Bienvenue chez Montréal International !” »

Grand rassembleur

Jacques Ménard a rassemblé beaucoup de gens de différents horizons autour d’objectifs communs. Mais il pouvait aussi être dérangeant, note Michel Leblanc, qui se rappelle que Jacques Ménard l’appelait pour lui dire sa façon de penser.

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se souvient aussi de son efficacité pour faire avancer les choses. « On parle souvent des banques qui ont un siège social de façade à Montréal, mais Jacques Ménard, c’était un siège social à lui tout seul. »

Il est resté très impliqué dans toutes sortes de causes après sa retraite, et jusqu’à la fin de sa vie. « Il n’a pas pris sa retraite en Floride », résume Michel Leblanc.

PHOTO FOURNIE PAR BELL CANADA

Jacques Ménard (à gauche) a agi en tant que coprésident de la campagne de financement Grandir en santé de la Fondation CHU Sainte-Justine. Sur cette photo datant de 2003, il est accompagné, entre autres, de Michael Sabia (à droite), alors PDG de Bell Canada.

C’était difficile de lui dire non, soulignent ceux qui ont travaillé avec lui. Il a réuni un groupe de gens d’affaires québécois pour tenter de garder les Expos à Montréal. Son échec ne l’a pas empêché de croire, jusqu’à sa mort, au retour possible du baseball professionnel à Montréal, indique Denis Coderre, son fidèle allié dans cette cause.

Jacques Ménard avait présidé un groupe de travail sur l’avenir du système de santé du Québec, à la demande du gouvernement Charest. Son rapport publié en 2005 avait été très critiqué, et il est resté sur les tablettes. Il préconisait, entre autres, une augmentation de 1 % de la taxe de vente du Québec et une augmentation des tarifs d’électricité pour financer l’augmentation du coût des soins de santé.