Les derniers budgets libéraux n’ont pas été très excitants pour les particuliers. Mais attachez vos tuques ! Même si les partis d’opposition pourraient brouiller les cartes, il risque d’y avoir pas mal de nouveautés pour les contribuables dans le budget du printemps prochain. Voici un tour d’horizon des principales promesses de Justin Trudeau qui touchent votre portefeuille… 

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Pas d’impôt jusqu’à 15 000 $ 

C’est une promesse à grande échelle qui coûtera 5,7 milliards à Ottawa et qui touchera la vaste majorité des contribuables. Les libéraux veulent augmenter le montant que vous pouvez gagner sans payer d’impôt de 12 069 $, en 2019, jusqu’à 15 000 $ en 2023. Cette mesure fera économiser 292 $ par année à tous ceux qui paient des impôts. Enfin, presque tous… L’allégement fiscal diminuera pour les personnes qui gagnent plus de 147 000 $ pour disparaître entièrement à partir de 210 000 $. Cela s’inscrit dans la lignée des mesures instaurées dans le premier mandat libéral qui visaient à hausser les impôts du 1 % des plus riches, pour réduire ceux de la classe moyenne. 

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Rente : 75 est le nouveau 65 ans 

Les libéraux veulent augmenter de 10 % la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) à partir de 75 ans. C’est une bonne idée de bonifier l’aide à cet âge où il devient plus difficile de travailler pour obtenir un revenu d’appoint. Les retraités pourront aussi utiliser leurs épargnes personnelles au début de leur retraite, sachant que l’État les aidera davantage après 75 ans. En ce moment, la PSV rapporte environ 7300 $ par année à partir de 65 ans. Avec la nouvelle mesure de 2,6 milliards, quelque 3 millions d’aînés recevront 730 $ de plus à partir de 75 ans. Cela aidera 20 000 personnes âgées à sortir de la pauvreté, des femmes en grande majorité. 

Curieuse façon d’aider les conjoints survivants 

Étrange, étrange. Justin Trudeau veut bonifier les rentes de conjoints survivants de 2080 $ par année. « Ça ne les regarde pas ! Ce n’est pas dans leur mandat », lance Luc Godbout, professeur de fiscalité à l’Université de Sherbrooke. Ces rentes sont versées par le Régime des rentes du Québec (RRQ) chez nous et par le Régime de pensions du Canada (RPC) dans les autres provinces. Ces régimes sont financés par les cotisations des employés et des employeurs. Pas par l’État. « Si on veut répondre à un besoin urgent d’aider les femmes pauvres en ce moment, je ne pense pas qu’on devrait le faire par le RRQ », estime M. Godbout. Selon lui, cette rente prenait tout son sens dans les années 60, alors que la majorité des femmes restaient à la maison. Mais les temps ont changé. D’ailleurs, le nouveau volet qui s’est ajouté au RRQ/RPC en janvier ne prévoit aucune rente pour les conjoints survivants. 

Congé parental libre d’impôt… mais pas à 100 % 

Au retour d’un congé parental, les travailleurs ont souvent une désagréable surprise. « La plupart des particuliers se retrouvent à payer de l’impôt parce que les prélèvements à la source sur leurs prestations ne sont jamais assez élevés », constate Josée Cabral, porte-parole de H & R Block. Ces tracas devraient disparaître, car les libéraux ont promis d’éliminer l’impôt sur les prestations parentales, une mesure d’environ 500 millions par année. Mais les Québécois resteront sur leur faim… « Je suis un peu agacé du fait que les prestations ne soient pas pleinement exonérées au Québec, parce qu’elles sont plus généreuses que dans le reste du Canada », dit Luc Godbout. Exemple : un parent qui a un salaire de 60 000 $ et qui part en congé le 1er janvier recevra 36 058 $ au Québec, contre 28 082 $ ailleurs au Canada. Il y a donc presque le quart de ses prestations qui restera imposable au fédéral. 

Pouponnière en fête ! 

Poussette, berceau, chaise d’enfant… la naissance d’un bébé entraîne beaucoup de dépenses. Les libéraux vont donc consacrer 1,2 milliard par année pour bonifier de 15 % l’Allocation canadienne pour enfant (ACE) des poupons de moins de 1 an. Un cadeau de 1000 $ non imposable. Ça se prend bien ! 

Enfants handicapés 

Justin Trudeau veut aussi doubler le montant de la Prestation pour enfants handicapés, ce qui apportera 2800 $ de plus à leur famille. Mais encore faut-il que cette aide de 561 millions se rende à destination. Pour avoir droit à la prestation, il faut avoir réclamé le Crédit d’impôt pour personnes handicapées. Le malheur, c’est que moins de 40 % des personnes admissibles ont fait la demande, selon un rapport du Comité sénatorial permanent des affaires sociales. C’est donc dire que 60 % de ces personnes vulnérables passent dans le beurre. Triste. 

Prêts et bourses 

L’éducation est primordiale. L’égalité des chances aussi. Alors je me réjouis de savoir que Justin Trudeau veut accorder jusqu’à 1200 $ par année de plus en bourses et qu’il souhaite accorder davantage de flexibilité pour le remboursement des prêts étudiants. Comme cela a déjà été le cas dans le passé, je présume que le Québec, qui a son propre programme, aura droit à sa part de l’enveloppe de 1 milliard. Il pourra ensuite le bonifier à sa guise. 

Frais de garde moins coûteux 

Les libéraux ont aussi promis 535 millions pour créer des places dans les services de garde en milieu scolaire et pour réduire les frais de 10 %. Sauf qu’au Québec, ces frais sont beaucoup moins élevés qu’en Ontario, par exemple. Alors la réduction de 10 % n’aura pas la même valeur. 

Une Rolls-Royce au plus vite ! 

Vous pensez acheter une Rolls-Royce ou une Lamborghini ? Faites vite ! Les ultra-riches qui se procurent un véhicule, un bateau ou un avion de plus de 100 000 $ devront bientôt payer une taxe de 10 %. Ça veut dire une facture d’au moins 10 000 $. « C’est le prix que certaines personnes paient pour un véhicule ! », s’exclame Mme Cabral. Reste à voir si cette mesure permettra vraiment à l’État d’engranger les 621 millions prévus par les libéraux ou si elle découragera simplement les acheteurs de se procurer ces biens de luxe. 

Pour les castors bricoleurs écoresponsables 

Avis aux castors bricoleurs, les libéraux veulent offrir un prêt sans intérêts, remboursable sur 10 ans, dont le montant peut atteindre 40 000 $ pour financer les rénovations écoresponsables. Cette aide représente un cadeau de plus de 6200 $ si on considère que le propriétaire aurait dû prendre une hypothèque à 3 % d’intérêts sur la même période. J’espère que la mécanique administrative de ce prêt ne sera pas trop lourde. Personnellement, j’aurais préféré un crédit d’impôt comme les conservateurs le proposaient. Plus simple. Et plus utile pour les gens qui ont l’argent comptant et qui ne veulent pas être forcés d’emprunter pour leurs travaux. 

Enfin une taxe Netflix ! 

C’était un passe-droit inacceptable pour des géants étrangers. Enfin, les libéraux se sont engagés à faire en sorte que Netflix, Spotify et compagnie réclament la taxe de vente sur leurs abonnements. De plus, ils devront payer des impôts de 3 % de leur chiffre d’affaires. La TPS gonflera la facture des consommateurs de 5 %. Mais ça fera moins mal que la hausse des prix allant jusqu’à 27 % que Netflix a décrété il y a un an. Son forfait de base avait alors grimpé de 1 $, à 9,99 $, tandis que ses forfaits supérieurs avaient augmenté de 3 $ d’un coup sec, passant à 13,99 $ et 16,99 $. Vous êtes-vous désabonnés ? 

Le cellulaire 25 % moins cher 

Le chef libéral s’est engagé à réduire votre facture de cellulaire de 25 % en demandant aux fournisseurs d’offrir des forfaits plus abordables, sans quoi il ouvrira la concurrence. Mais à voir comment les fournisseurs se sont moqués des forfaits de télévision abordables imposés par le CRTC, je ne suis pas convaincue du succès de l’opération. Toutefois, je dois souligner que le prix des forfaits cellulaires a fondu de 28 % en moyenne depuis deux ans, selon une étude du CRTC diffusée en août dernier. Mais comme les consommateurs migrent vers des appareils dernier cri et des forfaits plus performants, leur facture a plutôt augmenté de 28 % depuis cinq ans. Les ménages canadiens paient en moyenne 101 $ par mois pour la téléphonie mobile.