Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

LA SITUATION

Philippe, 43 ans, et Sonia, 40 ans, et leurs deux enfants en bas âge scolaire forment un ménage avec des revenus qui totalisent près de 244 000 $ par an, somme qui comprend un revenu de loyer dans le duplex qu’ils habitent.

En contrepartie, les principaux déboursés dans le budget familial totalisent un peu plus de 160 000 $ par an, auxquels s’ajoutent quelques dizaines de milliers de dollars en déboursés d’impôt.

Le budget courant de Philippe et Sonia comprend aussi des projets spéciaux de rénovations dans la portion du duplex qu’ils occupent (60 %). Ces rénovations dans le duplex centenaire acheté il y a deux ans sont prévues à hauteur de 25 000 $ cette année, 40 000 $ l’an prochain, et 5000 $ par an par la suite.

Dans deux ou trois ans, Philippe et Sonia ont en outre l’intention de remplacer un véhicule automobile.

Entre-temps, leur duplex évalué à 455 000 $ constitue leur principal élément d’actif, mais aussi leur plus gros élément de passif : un prêt hypothécaire de 418 000 $.

Par ailleurs, le bilan des actifs financiers de Philippe et de Sonia en comptes enregistrés à incidence fiscale (REER, REEE, CELI, fonds de retraite d’emplois) totalise environ 230 000 $.

Il s’agit d’une somme intéressante à première vue. Mais encore inférieure aux capacités d’épargne de Philippe et de Sonia, y compris les quelque 25 000 $ en cotisations inutilisées qu’ils ont accumulés parmi leurs comptes d’épargne à incidence fiscale.

LES QUESTIONS 

Dans ce contexte, Philippe et Sonia se préoccupent de la constitution d’actifs financiers en vue de leurs besoins familiaux futurs – scolarité des enfants – et de leur retraite prévisible dans une vingtaine d’années.

Ils s’interrogent aussi sur les façons les plus efficaces, d’un point de vue financier et fiscal, qu’ils devraient privilégier au cours des prochaines années afin de rehausser l’avoir net à leur bilan familial (actifs totaux moins les dettes).

Devraient-ils privilégier les cotisations dans leurs REER ? Dans leurs CELI ? Dans les comptes REEE pour leurs deux enfants ?

Par ailleurs, auraient-ils avantage à accélérer la réduction du solde de prêt hypothécaire sur leur duplex avec des paiements accrus, selon les clauses de leur contrat d’emprunt ?

Quels préparatifs financiers devraient-ils privilégier en prévision d’un remplacement de véhicule automobile dans deux ou trois ans ?

La situation financière et les questions de Philippe et de Sonia ont été soumises pour analyse et commentaires à Christine Robillard, conseillère en épargne collective et en sécurité financière chez Conseil privé Mansfield et Placements Manuvie, à Montréal.

LES CONSEILS

De l’avis de Mme Robillard, le poste d’épargne prioritaire de Philippe et de Sonia devrait être leur REER respectif.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Christine Robillard, conseillère en épargne collective et en sécurité financière chez Conseil privé Mansfield et Placements Manuvie

Combler les cotisations inutilisées de REER de Philippe [estimées à 22 000 $] tout en maximisant la cotisation annuelle de Sonia devrait être leur priorité, considérant le niveau de leurs revenus imposables et leur disponibilité budgétaire.

Christine Robillard, conseillère chez Manuvie

Entre autres, « en instaurant une épargne régulière et mensuelle d’au moins 1500 $ par mois pour Philippe et 1250 $ par mois pour Sonia, ils atteindraient leurs maximums annuels de cotisations à leur REER sans trop peser sur leur budget familial », explique Mme Robillard.

Ensuite, elle recommande à Philippe et à Sonia d’utiliser les remboursements d’impôt consécutifs à leurs cotisations REER afin de maximiser leurs cotisations aux régimes enregistrés d’épargne-études (REEE) de leurs enfants.

La principale raison : considérant leurs avantages fiscaux, des REEE pleinement utilisés sont l’une des façons les plus efficaces pour des parents à revenus imposables supérieurs de préparer le financement des études postsecondaires de leurs enfants.

« En effet, jusqu’à 2500 $ de cotisation annuelle maximale de REEE pour chaque enfant, la subvention fiscale des gouvernements fédéral et provincial équivaut à 30 % des montants cotisés », rappelle Mme Robillard.

Dans le cas de Philippe et de Sonia, « ils devraient cotiser le maximum de 5000 $ pour leurs deux enfants. Ils pourraient aussi combler les cotisations inutilisées des années antérieures en cotisant davantage dès que possible dans leur budget familial ».

En ce qui concerne le financement des projets de rénovations du duplex résidentiel, prévus à hauteur de 65 000 $ d’ici trois ans, Christine Robillard constate que Philippe et Sonia ont déjà des sommes pour payer ces dépenses dans leur compte d’épargne respectif et dans leur compte d’épargne libre d’impôt (CELI).

Les flux monétaires excédentaires dans leur budget familial [après impôts] devraient leur permettre de payer ces rénovations sans emprunter.

Christine Robillard, conseillère chez Manuvie

D’un point de vue fiscal, elle déconseille même au couple de financer ces travaux de rénovation du duplex en ajoutant une somme à leur prêt hypothécaire, malgré l’attrait de taux d’intérêt encore bas.

« Parce qu’il s’agit de rénovations dans leur portion familiale du duplex, les intérêts sur cette partie de leur dette hypothécaire ne seraient pas utilisables à titre de déductions fiscales sur leur revenu de loyer », avise Mme Robillard.

Entre-temps, en réponse à la question sur le remboursement de ce prêt hypothécaire, Christine Robillard considère « qu’il n’y a pas d’urgence à rembourser parce que 40 % des intérêts de leur prêt hypothécaire sont déductibles de l’impôt sur leur revenu de loyer ».

En fait, tant qu’ils seront en situation de revenus imposables supérieurs, ce n’est qu’après avoir maximisé leurs cotisations en comptes d’épargne enregistrés et comblé leurs besoins budgétaires courants que Philippe et Sonia pourraient avoir avantage à accélérer le remboursement de leur prêt hypothécaire.

Par ailleurs, dans leur planification financière de retraite, Mme Robillard souligne qu’ils pourront éventuellement compter sur la valeur nette de revente de ce duplex pour un apport de capital substantiel à leurs fonds de retraite personnels.

Christine Robillard estime cet apport aux environs de 900 000 $ si la revente du duplex survenait dans une trentaine d’années. Philippe et Sonia seraient alors septuagénaires avancés.

Quant au projet de remplacement du véhicule automobile dans deux ou trois ans, Mme Robillard suggère aux conjoints d’en payer les coûts à même leurs épargnes courantes, plutôt qu’en financement additionnel lié à leur prêt hypothécaire.

« S’ils ont à financer une partie des coûts d’achat, dans un contexte de bas taux d’intérêt, Philippe et Sonia auront avantage à magasiner les taux de financement extrêmement intéressants offerts parmi les concessionnaires et les types de véhicules », indique Christine Robillard.

Actifs financiers

Philippe, 43 ans


Revenu d’emploi brut : 100 000 $/an
Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 30 000 $
Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 22 000 $
Épargne courante : 13 000 $

Sonia, 40 ans


Revenu d’emploi brut : 132 000 $/an
Actif au régime de retraite des employés fédéraux : 138 000 $ (emploi antérieur)
Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 33 000 $
Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 3200 $
Régimes enregistrés d’épargne-études : 4000 $
Épargne courante : 10 000 $
Actif non financier : 
Duplex résidentiel : 455 000 $ (évaluation foncière)
Passif : 
Prêt hypothécaire sur le duplex : 418 000 $
Budget familial : 
Revenus bruts (emplois + loyer) : 244 000 $/an
Déboursés principaux : 
Dépenses : environ 30 000 $/an
Habitation : environ 35 000 $/an
Rénovations au duplex centenaire : 
25 000 $ en 2019, 40 000 $ en 2020, 5000 $ par an par la suite