L’entreprise chinoise de fabrication d’équipements de vidéosurveillance Hikvision, soupçonnée de participer à des violations des droits de la personne contre des musulmans en Chine, est bien présente au Québec, où est installé l’un de ses deux seuls centres de recherche et développement hors Chine. De plus, des caméras Hikvision sont installées dans les écoles de la commission scolaire francophone Marguerite-Bourgeoys, dans l’ouest de l’île de Montréal.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

L’algorithme créé par Hikvision sert à la répression chinoise qui menacerait la liberté humaine partout dans le monde, soutient Human Rights Watch dans un rapport publié en mai dernier, et auquel faisait écho Le Journal de Montréal hier.

Les allégations concernant Hikvision sont à ce point sérieuses que les caisses de retraite canadiennes comme l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada et la Caisse de dépôt et placement du Québec analysent la possibilité de désinvestir dans le géant mondial de la vidéosurveillance. Fondée en 2001, Hikvision détenait 38 % du marché mondial en 2017, selon IHS Markit.

Ayant des ventes annuelles de 7,3 milliards US, selon Forbes, Hikvision exploite un centre de recherche et développement à Montréal, soutient l’entreprise dans la version anglaise de son rapport annuel 2018. Un communiqué de février 2017 émanant de sa filiale canadienne annonçait l’intention d’ouvrir un tel centre « axé sur les développements d’ingénierie ». Son bureau de vente à Saint-Laurent a été ouvert en 2015.

Appartenant à plus de 40 % à l’État chinois, Hikvision a son siège social dans la ville de Hangzhou, en Chine. Les États-Unis soupèsent la possibilité de boycotter la société, a écrit le New York Times, fin mai.

Une commotion

La société Genetec, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, un acteur mondial dans l’industrie des logiciels traitant les données des systèmes de vidéosurveillance, a causé une commotion dans l’industrie de la sécurité quand elle s’est mise à obliger ses clients à signer une décharge et à payer une surcharge quand ceux-ci exigeaient d’avoir des caméras et des équipements Hikvision, souvent meilleur marché.

Son président Pierre Racz avait publiquement justifié son geste dans une interview accordée à une publication spécialisée en janvier 2017 en expliquant que ses clients gouvernementaux s’inquiétaient de la probité d’une entreprise soumise aux diktats de Pékin.

La société chinoise avait répliqué en niant toute malversation.

La sortie de Pierre Racz a été reprise dans le livre Dans le cyberespace, personne ne vous entend crier, du journaliste et rédacteur en chef délégué du périodique d’affaires français Challenges, Gilbert Fontaine. Sorti en septembre dernier, le livre porte sur la guerre numérique qui fait rage dans le monde. 

Dans des écoles de Montréal

En 2014, Hikvision avait remporté un appel d’offres de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys portant sur l’installation de près de 900 caméras dans ses écoles. « Nous n’achetons plus de caméras de cette société », a fait savoir hier Gina Guillemette, porte-parole de la commission scolaire.

D’ailleurs, le partenaire logiciel pour ce contrat, la société Milestone, a décoté Hikvision en janvier dernier en lui retirant son statut de partenaire élite, reléguant de la sorte le leader mondial à un statut s’appliquant habituellement aux fabricants de petite taille.