Les enfants d’âge préscolaire exposés à des contenus violents sur des écrans risquent de vivre davantage de difficultés psychologiques au début de l’adolescence, selon une nouvelle étude de l’Université de Montréal.

Risque accru

Les enfants âgés de trois ans et demi à quatre ans et demi qui ont consulté du contenu violent à l’écran ont davantage de risque de rencontrer des difficultés psychologiques et scolaires à l’adolescence. C’est le résultat d’une nouvelle étude menée par Linda Pagani, professeure titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, et ses coauteures Jessica Bernard et Caroline Fitzpatrick. « C’est inquiétant comme conclusion, dit Mme Pagani en entrevue. Il faut vraiment que les parents soient impliqués dans ce que leurs jeunes enfants regardent sur leurs écrans, parce qu’on voit qu’il y a des conséquences négatives qui sont mesurables des années plus tard. »

Moins engagés en classe

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L’étude conclut que les jeunes de sixième année qui avaient visionné, tout-petits, des contenus violents à la télévision étaient plus susceptibles d’éprouver de la détresse émotionnelle, d’être moins engagés en classe et de voir leur rendement et leur motivation scolaires diminuer.

Mme Pagani et ses collègues ont suivi une cohorte de 978 filles et 998 garçons québécois nés en 1997 et 1998. Ils ont examiné l’exposition aux contenus violents lorsqu’ils étaient en âge préscolaire, et ensuite fait des suivis lorsque les enfants avaient atteint l’âge de 12 ans. « Contrairement à leurs pairs n’ayant pas été exposés à de la violence à l’écran, les garçons et les filles qui avaient visionné des contenus typiquement violents à la télévision étaient plus susceptibles d’éprouver ultérieurement de la détresse émotionnelle, note l’étude. Ils se sont également sentis moins engagés en classe et ont vu leur rendement et leur motivation scolaires diminuer à la fin de la sixième année du primaire. » Les chercheuses ont pris soin d’éliminer les biais, notamment sur le plan des revenus familiaux, du niveau d’éducation des parents, etc. « On voulait le plus possible isoler la violence à l’écran, et on a vu que ça augmentait les risques », dit Mme Pagani.

Discernement

La violence aperçue à l’écran à un très jeune âge a plus d’impact sur les enfants parce qu’ils ne font pas la différence entre la vraie vie et la violence simulée dans un film. « Un enfant de 4 ans peut être attiré par les superhéros, mais il y a des films de superhéros qui sont violents parce qu’ils sont faits pour les adolescents et les adultes, dit Mme Pagani. Un enfant laissé seul avec la télécommande ne comprend pas la distinction et peut être exposé à une violence qu’il ne devrait pas voir. » Une étude classique du domaine de la psychologie de l’enfant a démontré qu’un contenu qui montre de la bataille va inciter les jeunes enfants à se battre après le visionnement.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Linda Pagani, professeure titualaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Les jeunes enfants se fient à ce qu’ils voient pour discerner un comportement acceptable d’un comportement inacceptable, et c’est pour cette raison qu’il faut être prudent avec ce qu’on leur permet de voir.

Linda Pagani, professeure titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Plus inquiétant aujourd’hui

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Les enfants ont désormais accès à une multitude de plateformes numériques, ce qui laisse croire aux chercheuses que les problèmes relevés dans l’étude risquent d’être plus aigus dans l’avenir.

Lorsqu’ils étaient tout petits, au début des années 2000, le principal format utilisé par les enfants de la cohorte étudiée pour consommer du contenu à l’écran était les disques DVD. Depuis, l’offre s’est bien sûr multipliée, avec la domination des plateformes comme Netflix, Disney+, Crave, et bien d’autres, ce qui fait craindre que davantage de jeunes enfants soient exposés à la violence. « Les parents ne surveillent pas toujours ce que leurs enfants regardent, alors ils peuvent potentiellement avoir accès à du contenu violent. C’est problématique parce ça n’a jamais été aussi facile d’accès. »

Pas d’écran avant 3 ans

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Selon l’OMS, les enfants ne devraient pas regarder d’écrans avant l’âge de 3 ans.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les enfants ne devraient pas regarder les écrans avant l’âge de 3 ans. Les associations pédiatriques canadiennes et américaines, elles, placent plutôt la limite à 2 ans. Pour sa part, Linda Pagani dit recommander de suivre les normes de l’OMS et d’attendre à 3 ans pour montrer un écran à son enfant. « Les enfants acquièrent leur mode de vie avant l’âge de 3 ans, dit-elle. Un enfant qui a vécu sans écran jusqu’à 3 ans sera susceptible d’avoir acquis des habitudes comme jouer, interagir avec les autres, pouvoir bricoler, s’amuser et être plus autodirigé. L’enfant qui était déjà dans les écrans ne sera pas intéressé à tout ça. Faire un bricolage ou un casse-tête, souvent, ça ne l’intéressera pas. »

En savoir plus

  • 1 heure par jour
    C’est le temps d’écran maximum recommandé pour les enfants de 3 ou 4 ans par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour ce groupe d’âge, l’OMS recommande aussi 180 minutes d’activités physiques variées par jour, dont au moins 60 minutes d’exercices d’intensité modérée à vigoureuse.