Les populations de phoques ont explosé depuis 30 ans. Mais les hivers sans banquise dans le golfe du Saint-Laurent menacent leur survie. Des biologistes dévoilent au congrès de l’Acfas que la presque totalité des bébés sont morts au cours des dernières années. Seule note positive, les malheurs du phoque pourraient signifier le retour de la morue.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Cadavres flottants

Le taux de mortalité des blanchons, les bébés phoques, est difficile à évaluer. Mais en l’absence quasi totale de banquise dans le sud du golfe du Saint-Laurent depuis cinq ans, il est « vraisemblablement très élevé », selon Mike Hammill, chercheur à l’Institut de recherche Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli. « On a de nombreux indices. Par exemple, après la fonte des glaces, on voit beaucoup de carcasses qui flottent. » Jusqu’à tout récemment, le phoque du Groenland, qui représente 96 % des phoques de l’est du Canada, venait en grand nombre mettre bas dans le sud du Golfe, notamment aux îles de la Madeleine, où l’espèce est appelée loup marin. « Maintenant, c’est dans le nord du Golfe, ou carrément au large de Terre-Neuve. » La proportion de phoques gris, l’autre espèce de l’est du Canada, qui vivent dans le sud et le nord du Golfe change : il y a 30 ans, 75 % vivaient dans le Sud, maintenant c’est plutôt 50 %.

Chasse et pêche

Depuis 30 ans que M. Hammill étudie le phoque, il a vu le nombre de phoques gris se multiplier par 20 pour atteindre 400 000, et le nombre de phoques du Groenland doubler, à 7,6 millions. « Pour le phoque du Groenland, ça s’explique par la fermeture des marchés au début des années 1980, qui a fortement diminué la chasse, notamment des blanchons. Le deuxième facteur a été une suite de bonnes années de glace dans les années 1990. Pour le phoque gris, la forte diminution de la chasse et aussi l’abandon de certaines îles isolées. » Paradoxalement, la diminution de l’ampleur de la banquise depuis 20 ans a permis aux phoques gris d’accéder à ces îles et d’y prospérer à l’âge adulte. Les chercheurs de Maurice-Lamontagne estiment aussi que l’effondrement des stocks de morue il y a 30 ans a éliminé un concurrent, la morue adulte, pour les proies du phoque gris, les petits poissons.

L’espoir des habitudes

Quand verra-t-on le dernier phoque aux îles de la Madeleine ? « Comme les phoques reviennent habituellement mettre bas là où ils l’ont toujours fait, il y a de l’espoir pour le phoque gris, dit M. Hammill. Ils ont une vie reproductive de plus de 30 ans. Il suffirait d’une bonne année de glace pour que la population se maintienne à un bon niveau. »

La morue

La diminution du nombre de phoques pourrait, par contre, signifier le retour de la pêche à la morue. « On a regardé à plusieurs endroits, et en général, plus de 50 % de la mortalité de la morue est liée à la prédation du phoque gris. Si on enlève le phoque, peut-être que la morue va se rétablir. » Au début des années 1990, les biologistes ont observé que les stocks de morue de l’Atlantique avaient diminué par un facteur de 100, menant le Canada à établir un moratoire sur la pêche à la morue. En 1990, les pêcheurs des provinces atlantiques avaient ramené 400 000 tonnes de morue, alors que ce chiffre oscille entre 10 000 et 20 000 tonnes depuis quelques années. Les pêcheurs se sont toutefois tournés vers d’autres espèces, notamment les lucratives pêcheries du homard et du crabe, ce qui a permis à la valeur des prises de tripler à 3,2 milliards CAN depuis 30 ans.

Le phoque en chiffres

40 ans : espérance de vie des phoques

5 ans : âge du début de la reproduction des phoques

Source : Institut Maurice-Lamontagne