La Santé publique de Montréal lance un appel à la vigilance après qu’une éclosion de légionellose, la maladie bactérienne causant des atteintes pulmonaires, a fait deux morts dans l’est de Montréal. Des résidants du quartier souhaitent que l’origine de l’éclosion soit déterminée le plus rapidement possible.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Depuis la mi-juin, la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal a observé une éclosion de 10 cas dans le quadrilatère formé de l’autoroute 25 à l’est, du boulevard Pie-IX à l’ouest, de l’autoroute 40 au nord et du fleuve Saint-Laurent au sud. La DRSP demande aux cliniciens de la métropole d’être vigilants afin de signaler rapidement les cas de légionellose sur le territoire.

« Malheureusement, parmi les 10 cas, deux personnes sont décédées », a déclaré David Kaiser, chef médical du secteur Environnements urbains et santé des populations de la DRSP de Montréal. Un décès s’est produit en juin et un second, en juillet. Les cas identifiés dans l’éclosion touchent tous des adultes. L’âge moyen des cas est de 71 ans. Un seul est âgé de moins de 50 ans.

La Santé publique tente toujours de déterminer la source de contamination de l’éclosion. « On a investigué et contrôlé plusieurs sources dans la communauté, mais on n’a pas identifié une source commune qui peut expliquer l’ensemble des cas », a affirmé le DKaiser.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Mado Desforges, patiente-ressource à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

« C’est inquiétant. J’ai été étonnée de voir qu’il y avait un taux de mortalité aussi élevé. Je n’étais même pas au courant qu’il y avait des cas dans le quartier. Il manque d’informations pour les citoyens », lance Mado Desforges qui est patiente-ressource à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, dans le périmètre touché par l’éclosion.

Les symptômes

La maladie du légionnaire, la forme la plus fréquente de légionellose, cause une infection aiguë des poumons, comme une pneumonie, et peut entraîner une forte fièvre, des frissons, de la toux, de la fatigue, des douleurs musculaires et une perte d’appétit.

La plupart des personnes sont hospitalisées, car c’est une maladie avec des symptômes graves. Pour un clinicien, c’est un cas sévère de COVID-19 qui pourrait s’apparenter à la légionellose.

David Kaiser, chef médical du secteur Environnements urbains et santé des populations

Tous les cas recensés dans l’éclosion de l’est de Montréal ont été hospitalisés.

La maladie a un taux de létalité entre 10 et 20 %. Les personnes âgées, les personnes immunosupprimées et celles ayant des maladies chroniques sont particulièrement vulnérables à l’infection. Contrairement à la COVID-19, la bactérie Legionella ne se transmet pas d’une personne à une autre.

Transmission

La légionellose peut s’attraper par l’eau ou par de fines gouttelettes d’eau contaminée, notamment si un chauffe-eau n’est pas réglé à une température assez élevée. Les micro-organismes se multiplient en eau chaude entre 32 et 45 °C. La Santé publique recommande donc à la population de maintenir son chauffe-eau à une température de 60 °C et plus.

Une personne peut également être infectée par l’air provenant d’une tour de refroidissement à l’eau, d’un spa, d’une douche ou par aspiration d’eau contaminée.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Alain Blais, ingénieur et consultant pour le Groupe Aquacion

« Si la légionellose se développe dans une tour de refroidissement, dans un bain-tourbillon ou dans une piscine, c’est dû à un manque d’entretien », soutient Alain Blais, ingénieur et consultant pour le Groupe Aquacion, spécialisé dans les installations mécaniques pouvant être source d’éclosions de légionellose.

Plusieurs tours de refroidissement, utilisées pour refroidir les grands établissements, se trouvent dans le secteur touché dans l’est de l’île. « Il y a une tour de refroidissement au Stade olympique, à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à l’hôpital Santa Cabrini, à l’Institut de cardiologie de Montréal, et il y en a aussi dans les hôtels et les grands établissements du secteur », indique M. Blais.

Daniel Collin, qui habite en face du Stade olympique, n’est pas surpris que des cas aient été détectés dans le quartier.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Daniel Collin, résidant

C’est inquiétant, mais je ne suis pas étonné. Je travaille en sécurité depuis 34 ans et je peux vous dire que le problème au Québec vient de la ventilation. J’espère qu’ils vont trouver rapidement la cause.

Daniel Collin, résidant

Réglementation

En 2012, 183 personnes ont été infectées par la bactérie en raison de la contamination de deux tours de refroidissement d’un édifice à Québec. Au total, 13 personnes ont perdu la vie. Depuis cet évènement, le Québec a adopté des règlements stricts pour éviter la prolifération de la bactérie.

« Les propriétaires d’une tour de refroidissement doivent l’enregistrer auprès de la Régie du bâtiment une fois par année. Ils doivent aussi avoir des programmes d’entretien pour s’assurer que les systèmes opèrent bien. Une fois par mois, ils sont obligés de faire un test en laboratoire et les résultats sont acheminés directement à la Régie du bâtiment », énumère M. Blais.

26 km2

Superficie du quadrilatère touché par l’éclosion de légionellose dans l’est de Montréal

1976

Date de la première épidémie reconnue de légionellose dans le monde