Juste avant la collision qui a tué le petit Nicholas Thorne-Belance en février 2014, trois voitures banalisées de la Sûreté du Québec (SQ) roulaient tellement vite dans les rues de Longueuil que deux automobilistes ont « sursauté » en se faisant dépasser.

Mis à jour le 12 juin 2018
Philippe Teisceira-Lessard et Hugo de Grandpré LA PRESSE

« Ça avait l'air de trois personnes qui étaient dans une rage au volant », a affirmé Mélanie Ménard, une mère de famille des environs, au deuxième jour du procès du policier Patrick Ouellet. « Pour moi, c'était une course », a confirmé Patrick Gagné, un autre résidant du coin.

Les policiers tentaient de rattraper le suspect d'une enquête de l'UPAC. M. Ouellet était au volant de l'une d'elles et a frappé la voiture conduite par le père de Nicholas Thorne-Belance. L'enfant est mort de ses blessures.

Mme Ménard et M. Gagné ont indiqué que les voitures banalisées se faufilaient à haute vitesse dans la circulation et qu'au moins deux d'entre elles ont coupé un groupe de voitures pour tourner à gauche sur une lumière rouge à partir d'une voie centrale.

« C'est beaucoup de chances à prendre, je trouve », a commenté Mme Ménard. « Je trouve ça irresponsable, très tête brûlée », a ajouté M. Gagné, se remémorant ses impressions de l'époque.

Patrick Ouellet subit actuellement son procès au palais de justice de Longueuil pour conduite dangereuse ayant causé la mort. Hier, le juge Éric Simard a eu la confirmation que le policier roulait à 134 km/h dans une zone de 50 km/h juste avant l'impact.

Mardi matin, le patron de l'agent Ouellet pour la journée fatidique du 13 février 2016 est venu confirmer que le suspect que son équipe tentait de rejoindre roulait normalement. 

Denis Guérette, maintenant retraité de la SQ, a confirmé que le suspect ne faisait pas d'excès de vitesse, n'effectuait pas de techniques de contre-filature et n'avait pas une conduite hors-norme pendant que ses collègues tentaient de le rattraper.

« Si ça avait été hors-norme, ça aurait été spécifié » sur les radios des policiers, a-t-il affirmé ce matin. 

Lui-même avait réussi à « prendre en charge » la voiture du suspect et la talonnait. Mais il a affirmé qu'il avait rapidement besoin de renforts afin de pouvoir appliquer des techniques de rotation qui empêche une personne filée de se rendre compte qu'elle est suivie.

Le fait de perdre la trace du suspect n'aurait pas compromis l'enquête, mais aurait entraîné la perte d'information, a évalué M. Guérette.

Le procès se continue.

La procureure de la Couronne, Geneviève Langlois, a indiqué d'entrée de jeu que les critères sont de savoir s'il a conduit d'une façon dangereuse pour le public, s'il s'agissait d'un écart marqué par rapport à la norme de conduite d'un policier diligent dans les mêmes circonstances et si cette conduite a causé la mort.

La Presse avait révélé dans la foulée du drame que l'accusé participait à la filature d'un ancien directeur du Parti libéral du Québec, Robert Parent, dans le cadre d'une importante enquête sur de la corruption impliquant des gens d'affaires et des acteurs du monde politique. Cette enquête était menée par l'Unité permanente anticorruption (UPAC). La Presse avait aussi révélé que M. Ouellet ne répondait pas à un appel d'urgence lors du drame.