Trois entraîneurs de basketball de l’école secondaire Saint-Laurent, à Montréal, soupçonnés de crimes de nature sexuelle envers deux mineures, ont été arrêtés mercredi, soulevant une commotion parmi les 2000 élèves de cet établissement, leurs parents, les employés, la direction et le milieu de ce sport qui fait la fierté de l’école.

Mis à jour le 2 février
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Daniel Lacasse, 43 ans, responsable du programme de basketball de l’école, et deux autres entraîneurs, Xavier Boislard, 43 ans, et Robert Luu, 31 ans, ont été appréhendés par les enquêteurs des Agressions sexuelles du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) mercredi matin et seront accusés de différents crimes à caractère sexuel ce jeudi après-midi, au palais de justice de Montréal.

  • Daniel Lacasse

    PHOTO TIRÉE DE SITE DE L’ÉCOLE SECONDAIRE SAINT-LAURENT

    Daniel Lacasse

  • Xavier Boislard

    PHOTO TIRÉE DE SITE DE L’ÉCOLE SECONDAIRE SAINT-LAURENT

    Xavier Boislard

  • Robert Luu

    PHOTO TIRÉE DE SITE DE L’ÉCOLE SECONDAIRE SAINT-LAURENT

    Robert Luu

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Daniel Lacasse, qui est présenté comme un « gestionnaire administratif » de l’école, a été arrêté dans l’établissement scolaire. Les trois hommes, en particulier Daniel Lacasse, sont connus et très respectés dans le milieu du basketball scolaire, et le programme de l’école secondaire Saint-Laurent a, depuis des années, formé de très bonnes joueuses, dont plusieurs ont été admises dans des collèges ou des universités aux États-Unis.

« On a procédé à l’arrestation de trois entraîneurs d’une équipe sportive », a indiqué l’agente Véronique Comtois, porte-parole du corps policier, en précisant que l’affaire est liée à des agressions sexuelles qui auraient été commises « sur deux victimes mineures qui auraient fréquenté l’institution dans la période de 2008 à 2014 ». Ces deux victimes se seraient manifestées directement à la police.

Le SPVM devrait publier un communiqué ce jeudi après la comparution des trois hommes et pourrait en profiter pour inviter toute autre victime potentielle à se manifester.

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D’après nos renseignements, les victimes seraient des joueuses ou d’anciennes joueuses de basketball de l’école, mineures au moment des évènements, issues de familles défavorisées ou monoparentales, et dont les ambitions étaient de faire partie de l’élite de leur sport. Parmi les infractions, il serait notamment question de gestes sexuels qui auraient été faits lors de fêtes arrosées avec des joueuses.

Les actes reprochés se seraient échelonnés sur de nombreuses années, et certains auraient été photographiés ou filmés, ce qui pourrait expliquer la présence d’enquêteurs de la section Cyberenquête du SPVM lors de la perquisition chez Daniel Lacasse mercredi, à Laval.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Des policières procèdent à une perquisition chez Daniel Lacasse mercredi, à Laval.

« J’étais vraiment surprise. Je n’en revenais tellement pas. Quand ça arrive à côté de chez toi, à des personnes que tu côtoies et que tes enfants voient, c’est un choc », dit Isabelle Michaud, voisine de Daniel Lacasse.

Sa fille de 7 ans côtoie souvent celle de Daniel Lacasse. « Depuis qu’ils ont emménagé ici, il y a environ deux ans, elles jouent toujours ensemble. Ma fille était toujours rendue chez lui », dit-elle.

« Ce n’est pas rassurant d’apprendre que des choses comme ça se passent à côté de chez toi », ajoute-t-elle.

Sous le choc

La médiatisation de l’arrestation des trois entraîneurs s’est propagée comme une traînée de poudre et a eu l’effet d’une bombe à l’école secondaire.

Plusieurs agents sociocommunautaires du SPVM ont été dépêchés sur place, en marge de l’opération policière, afin d’offrir un soutien psychosocial aux élèves et au personnel.

Le directeur général du centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys n’a pas tardé à réagir mercredi, peu après l’annonce des arrestations, par l’entremise d’un bref communiqué de presse. Il a lui-même été directeur de l’école pendant quelques années, durant la période où les agressions ont été commises.

« Nous venons d’être informés que des membres du personnel de l’école Saint-Laurent ont été arrêtés cet après-midi. Nous prenons la situation très au sérieux. Nous demeurerons en contact avec le Service de police de Montréal (SPVM) et mettrons en place toutes les recommandations et directives qui pourraient nous être formulées », a déclaré Dominic Bertrand.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Andres Penuela, élève de cinquième secondaire

À la sortie des classes mercredi, les élèves étaient sous le choc. « Ça ne me paraît pas réel. L’école est censée être un environnement sûr. C’est choquant », dit Andres Penuela, élève de cinquième secondaire.

« Je suis vraiment inquiète pour ma sécurité. On est ici pour étudier, et il y a des hommes qui font ça. Ça ne se fait pas », dit Myrianna, élève de quatrième secondaire.

Newman Kamite, élève de cinquième secondaire qui a joué au basketball à l’école Saint-Laurent pendant trois ans, avait de la difficulté à y croire.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Newman Kamite, élève de cinquième secondaire

J’étais surpris et déçu. Je connais les <em>coachs</em> de basket depuis plusieurs années.

Newman Kamite, élève de cinquième secondaire

Mercredi après-midi, un courriel a été envoyé aux parents de l’école pour les informer de la situation. Le directeur de l’établissement, René Bernier, a dit prendre « la situation très au sérieux ».

Des parents, rencontrés à la sortie des classes, étaient préoccupés. « Mes deux enfants jouent au basket dans les équipes de l’école. Ça m’inquiète », a lancé un père qui a souhaité taire son nom par crainte de représailles.

Lorsqu’il a appris la nouvelle, il s’est empressé de venir chercher sa fille à l’école. « C’est sûr qu’on va avoir des discussions », dit-il.

Il a déménagé à Montréal afin que ses enfants puissent étudier à l’école secondaire Saint-Laurent, reconnue pour le basketball. « Ce sont de grosses équipes de compétition, parmi les meilleures au Québec. Elles font beaucoup de voyages. Elles vont aux États-Unis de cinq à six fois par année », dit le père.

Selon Olga Hrycak, ancienne entraîneuse-chef de l’équipe de basketball masculine de l’Université du Québec à Montréal et ex-adjointe d’Équipe Canada, ce n’est hélas pas une « surprise » que de telles choses se produisent dans le monde du sport. « J’ai mal pour ces jeunes. Ça arrive dans tellement de situations, des histoires comme ça. C’est vraiment triste, mais malheureusement, ce n’est pas surprenant », explique-t-elle.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Olga Hrycak, ancienne entraîneuse-chef de l’équipe de basketball masculine de l’Université du Québec à Montréal

Ce n’est pas acceptable pour la société, comme norme d’éthique. On a un code d’éthique parmi les entraîneurs, mais malheureusement, il est trop souvent brisé.

Olga Hrycak, ancienne entraîneuse-chef de l’équipe de basketball masculine de l’Université du Québec à Montréal

Elle affirme qu’en étant une coach dans un milieu composé presque exclusivement d’hommes, elle prenait toujours certaines précautions, dont celle d’avoir un adjoint « qui allait dans le vestiaire après le match ou pendant une pratique ». « C’étaient des manières pour moi de m’assurer qu’en tant qu’éducatrice, ça ne m’arrive pas », confie-t-elle, ajoutant que ces moyens de prévention devraient être beaucoup plus nombreux de nos jours.

« On espère que justice sera rendue »

Du côté du Réseau du sport étudiant du Québec, le président et directeur général, Gustave Roel, a vivement déploré la situation lorsque joint par La Presse, mercredi.

« C’est le genre de situation qu’on ne souhaite jamais voir. Ce qu’on veut, ce sont des milieux sécuritaires. On espère que justice sera rendue et que l’école fera toutes les démarches nécessaires », a-t-il dit, rappelant que son groupe dispose d’un mécanisme de dépôt de plaintes en ligne, nommé « Je porte plainte », qui permet à tout élève-athlète de signaler « toute forme d’abus, de harcèlement, de négligence ou de violence » à son endroit.

La ministre responsable des Sports et des Loisirs, Isabelle Charest, a aussi réagi par écrit, appelant toutes les victimes à se manifester.

« Cette situation est inacceptable et mes pensées sont avec les victimes. Depuis mon arrivée en politique, j’ai agi pour que les sportives et les sportifs évoluent dans un environnement sain et sécuritaire. Je vais continuer d’en faire une priorité et je poursuivrai le travail pour m’assurer que le sport est un milieu épanouissant pour toutes et tous. Pour celles et ceux qui vivent une situation difficile dans leur sport, les plateformes Sport’Aide et Sport bien-être sont disponibles pour vous écouter », a-t-elle indiqué à La Presse.

« C’est une situation totalement consternante et inacceptable. Nous sommes choqués d’apprendre que des individus en position d’autorité sur des jeunes montréalais ont été arrêtés pour agressions sexuelles. Nous sommes de tout cœur avec les victimes et nous saluons leur courage pour avoir dénoncé leurs agresseurs », a de son côté déclaré le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.