Trois jeunes dansent sur un beat de drill rap, couteaux à la main. Leurs cagoules dissimulent des airs réjouis. Que célèbrent-ils ? Le meurtre de Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans. « Venez chercher votre gars », peut-on lire dans la publication Snapchat.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

La vidéo temporaire a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux au lendemain du drame où l’adolescent de 16 ans a été poignardé à mort.

« Ça se parle dans la rue. Il y aura une revanche », a laissé tomber gravement un jeune homme qui se revendique des 160, une clique de Côte-des-Neiges.

Sur les réseaux sociaux, le jeune Jannai, alias Twizzy, affichait son appartenance à la tranche plus jeune des 160. L’adolescent n’était pas du tout connu des milieux policiers. Mais il était connu dans le quartier.

PHOTO TIRÉE D’INSTAGRAM

La victime, Jannai Dopwell-Bailey

« Ce n’est pas le style fauteur de troubles », nous a confié un proche, la voix déformée par les sanglots.

C’est vers 15 h, lundi, sur l’avenue Van Horne, non loin de la station de métro Plamondon, que son ami s’est retrouvé au cœur d’une dispute entre plusieurs adolescents âgés de 16 à 18 ans. Jannai Dopwell-Bailey a alors été poignardé au haut du corps.

La jeune victime s’est réfugiée à l’intérieur de l’école Coronation, où il étudiait au Programme Mile End, destiné aux jeunes décrocheurs. Il était alors gravement blessé, mais toujours en vie. Son décès a été constaté à l’hôpital quelques heures plus tard.

Selon nos informations, un récent conflit entre les OXB (Oxford Block), qui tiennent leur nom de l’avenue Oxford à Notre-Dame-de-Grâce, et les 160 de Côte-des-Neiges serait à l’origine de cette sanglante altercation. Aucun suspect n’a toutefois été identifié dans ce dossier.

Provocations virtuelles

Alors que l’entourage pleure cette jeune vie perdue dans la violence, la vidéo des trois individus cagoulés suscite l’indignation.

Différents usagers d’Instagram ont d’ailleurs continué à narguer l’entourage de la victime sur les réseaux sociaux, devenus le nouveau champ de bataille des cliques et gangs de rue. « Je pensais que vous étiez tous des gangsters, mais vous ne pouvez pas dealer avec ça vous-mêmes, faut que vous demandiez la police [rires] », dit en ricanant un internaute qui ne précise pas son allégeance.

La riposte virtuelle n’a pas tardé.

Dans une publication, la clique adverse a lancé un avertissement écrit aux OXB qui dénigrent la mort de leur « bro » : ils vont « turn into a pack real quick ». Autrement dit, finir morts très vite. Dans une seconde publication, on menace « tous ceux qui se revendiquent OXB » qu’ils vont « se faire packed » (se faire tuer).

L’origine de la discorde demeure un mystère pour bien des jeunes proches des 160. « Ça fait longtemps qu’ils se chamaillent », a simplement laissé tomber un adolescent qui a connu la victime durant leur passage à l’école secondaire.

Des jeunes endeuillés ayant grandi dans le même quartier ont inondé les réseaux sociaux d’hommages à leur « frère Twizzy ».

« Celle-là on ne va pas l’oublier », lit-on dans le descriptif d’une photo du défunt et de ses amis publiée sur Instagram au lendemain du drame.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a toujours pas procédé à l’arrestation des suspects dans cette triste affaire.

Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse