Dans un geste « inhabituel », le juge Randall Richmond, de la Cour municipale de Montréal, a demandé à l’avocat criminaliste Jean Dury de venir rencontrer d’urgence le militant antimasque François Amalega Bitondo dans un cubicule avant que débute son procès pour entrave au travail de policiers.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

M. Amalega Bitondo, qui est détenu depuis mardi parce qu’il refuse de porter un masque lors de son procès pour entrave au travail des policiers, avait décliné à maintes reprises d’être représenté par un avocat.

« Ce n’est pas une cause de meurtre, le procès auquel vous faites face. Néanmoins, c’est une infraction au Code criminel, ce n’est pas juste une infraction à un règlement municipal. Cela peut avoir des impacts plus importants qu’une amende », a souligné le juge Richmond à M. Amalaga Bitondo.

L’accusé de 43 ans, un ancien professeur de mathématiques du Collège Jean-de-Brébeuf, multiplie depuis plusieurs mois les manifestations antimasque et anti-vaccin dans des endroits publics. Il est accusé d’avoir fait entrave au travail de policiers lors d’une manifestation dans une épicerie Maxi, au mois de mars dernier.

Son refus de porter le masque lors des procédures judiciaires a poussé la Cour municipale à ordonner sa détention jusqu’à la fin du procès. Si sa cause n’est pas entendue et réglée aujourd’hui, il risque de passer le week-end en prison. M. Amalega, qui a déjà passé trois nuits en détention et qui refuse toujours de porter le masque, a été amené devant le juge menotté aux mains et aux poignets. Il était aussi encadré par deux policiers qui portaient des masques N95 et des lunettes de protection.

En demandant à M. Amalega s’il souhaitait vraiment se représenter seul, l’accusé a indiqué que l’avocat Jean Dury est le seul qu’il accepterait.

MDury est un avocat proche de la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, un OBNL qui a récolté des centaines de milliers de dollars auprès du public pour contester la validité des décrets sanitaires devant les tribunaux. Il a conseillé plusieurs citoyens qui ont reçu des contraventions pour non-respect des mesures sanitaires.

« S’il est prêt à me défendre, lui en particulier, j’accepterais », a affirmé M. Amalega Bitondo. « J’ai plusieurs dossiers en cour, et je n’ai pas envie d’avoir un avocat qui tient pour acquis que les mesures sanitaires du gouvernement sont valides », a-t-il ajouté.

Fait tout à fait inhabituel, le juge Richmond a demandé à une greffière d’appeler MDury directement de la salle de cour. L’appel a été diffusé sur le haut-parleur pendant l’audience. « Dans les urgences, nous sommes comme les pompiers, M. le juge », a répondu MDury, en acceptant de se rendre à la cour pour rencontrer M. Amalega.

« Vous êtes chanceux que MDury ait accepté cette demande au pied levé, a dit le juge à M. Amalega. S’il a accepté, c’est qu’il veut rendre service à la justice. »