Des brownies au pot aux élections municipales, le tueur à gages de la mafia et Marie-Josée Viau ont abordé mille et un sujets en mangeant des hot-dogs en juillet 2019. Mais cette quatrième « mission » d’infiltration policière présentée au jury lundi n’a mené à aucune révélation sur les circonstances du meurtre des frères Falduto.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Le procès de Marie-Josée Viau et de Guy Dion a repris lundi après une semaine de pause au Centre de services judiciaires Gouin, à Montréal. Le couple de Saint-Jude, en Montérégie, est accusé de complot et de participation aux meurtres des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, morts le 30 juin 2016.

Selon la thèse de la poursuite, un tueur à gages de la mafia – devenu agent civil d’infiltration (ACI) – aurait éliminé les deux frères dans le garage du couple. Les accusés auraient ensuite nettoyé toute trace du crime en brûlant les corps. La preuve de la Couronne repose en partie sur des enregistrements audio captés par l’ACI trois ans plus tard en discutant avec les accusés.

Pendant les opérations d’infiltration, l’ACI portait un micro caché, alors qu’il était accompagné d’un policier en civil se faisant passer pour son ami. Sur un enregistrement présenté au jury la semaine dernière, Marie-Josée Viau et l’ACI se remémorent le meurtre des frères Falduto en rigolant.

« La porte était même pas fucking descendue, câlisse de tabarnak ! », s’amusait l’accusée, en racontant que les victimes avaient été abattues avant même que la porte de garage ne se ferme. Le couple avait mis de la musique forte pendant le crime, alors que Guy Dion utilisait sa scie mécanique, a-t-on appris également.

Quatrième « mission » d’infiltration

Quelques jours après cette rencontre chez les Dion-Viau, les policiers ont mené une quatrième « mission » d’infiltration visant Marie-Josée Viau. L’ACI et le policier en civil se sont donc rendus au restaurant La Belle Province à Saint-Basile-le-Grand, où travaillait l’accusée à l’été 2019. Les deux agents avaient inventé un projet fictif de culture de pot pour renouer avec l’accusée. Ils voulaient qu’elle devienne leur « comptable ».

L’objectif de cette nouvelle mission était d’abord d’« entretenir » Marie-Josée Viau et de savoir ce qu’elle « voulait exactement », a témoigné lundi le policier en civil, dont l’identité demeure secrète. Le second objectif était d’aborder les « possibles armes à feu » détenues par les accusés, puis d’offrir à Marie-Josée Viau la possibilité de reprendre les armes, de les vendre et de se partager le butin.

Assis sur une banquette du restaurant, les agents et Marie-Josée Viau ont longuement parlé de leur repas et de banalités avant d’entrer dans le vif du sujet. La conversation a toutefois été brève sur la question des armes à feu, puisque l’accusée disait ne pas en avoir « chez nous ». Précisons que le policier a utilisé les mots « bébelles » et « morceaux » pour parler subtilement d’armes à feu.

Quand on fait une conversation qui est au sujet d’armes à feu, il est d’usage de ne pas utiliser le terme “armes à feu”. Ça attire l’oreille. On a l’habitude d’appeler ça par d’autres termes, des bébelles, des morceaux. Des termes couramment utilisés.

Le policier en civil, au jury

Pour montrer son sérieux comme « armurier » et expert en armes à feu, le policier en civil affirme avoir montré à Marie-Josée Viau une photo sur laquelle on le voit en possession d’une arme à feu. « T’es vilain de même, toi ? », lui a alors dit Mme Viau, au restaurant. Selon le policier, l’accusée lui a dit ça avec un « sourire coquin ».

Après ce bref échange, le trio a longuement discuté de brownies au pot, y allant de nombreuses plaisanteries peu subtiles sur les « graines » de café insérées dans le dessert euphorisant.

En évoquant un ami spécialisé dans la cryptomonnaie, Marie-Josée Viau s’est ensuite vantée d’avoir travaillé pour les élections municipales à Montréal à une date non précisée. « On a été travailler pour [inaudible]. C’est un centre de contrôle de gestion de tout ce qui est membres, de tout ce qui est compilation pour les votes. C’est nous qui s’occupait du réseau informatique. L’employeur, c’était [inaudible] », raconte-t-elle à l’ACI, selon l’enregistrement audio.

Le procès se poursuit mardi matin devant le juge Eric Downs.