Plus d’un mois après l’intervention policière visant son fils, la mère du jeune de 14 ans filmé alors qu’un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) l’immobilisait d’un genou sur le cou demeure traumatisée. Épuisée et furieuse, elle compte tout de même aller de l’avant et poursuivre la Ville, « pour ne plus qu’une telle absurdité se reproduise au Québec ».

Publié le 25 juill. 2021
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Le visage teinté d’angoisse, elle se faufile entre les quelques bureaux spacieux et épurés qui composent la Clinique juridique Saint-Michel, perchée au 8e étage d’un immeuble moderne du boulevard Crémazie.

« Il aurait pu mourir. J’aurais pu perdre mon enfant », lance la mère, dans la vaste salle de conférence où sa voix fait écho. Elle a requis l’anonymat par crainte que le nom de son fils soit associé à une intervention policière jugée violente.

Le 10 juin, la police de Montréal a répondu à un appel au 911 de l’école secondaire Georges-Vanier pour une « bagarre d’une quinzaine de jeunes provenant de diverses écoles ». L’intervention a mené à « l’arrestation de deux mineurs pour port d’armes ».

Dans une vidéo captée par un passant, on voit deux policiers procéder à l’arrestation de l’adolescent devant un abribus, dans le quartier Villeray. Celui-ci ne semble pas résister à son arrestation. La séquence filmée avait vite fait le tour des réseaux sociaux et suscité l’indignation.

Le jeune de 14 ans a reçu une contravention en lien avec une infraction municipale, avait précisé son avocat, MFernando Belton.

Des séquelles pour la famille et l’entourage

« Je sais quel genre d’enfant j’ai à la maison, poursuit la mère de deux garçons. Je peux vous assurer que ce n’est pas un criminel. Il a 14 ans. »

Entendre le récit de l’évènement de la bouche de son enfant, c’est une chose. Le voir à la télé, c’est choquant.

Ç’a été vraiment dur pour mon cœur de maman. Je n’ai pas de mots pour décrire ce geste fait sur un enfant. Je vis depuis avec une boule dans le ventre.

La mère de l’adolescent arrêté le 10 juin dernier

Elle se confie non pas pour se victimiser, insiste-t-elle, mais pour que les policiers comprennent qu’une méthode brutale envers un jeune laisse des séquelles. Les familles et l’entourage ne passent pas à autre chose.

Aucune excuse de la part du corps policier ni soutien de la part de l’école depuis les évènements, déplore-t-elle.

En juin dernier, elle reçoit un appel d’un numéro masqué. « Votre fils a été arrêté. Il faut venir le chercher. »

Aux abords de l’école secondaire Georges-Vanier, elle retrouve le gamin assis dans une voiture de police. Elle questionne le policier sur les raisons de l’arrestation. « Il ne m’a jamais regardé ni répondu », dit-elle d’un ton amer. « On s’attend quand même à des explications. À être traité comme tout le monde. »

« C’est parce qu’on est Noirs », dit-elle après un court moment de réflexion, le poing sur la table.

Une policière a fini par lui dire qu’elle pouvait ravoir son fils.

Son garçon n’est plus le même depuis cette journée-là, se désole la mère. Être avec des amis au parc l’effraie, et sa confiance envers les policiers, déjà fragile, s’est effritée.

« Il y a d’autres manières d’intervenir auprès d’un enfant. »

Elle entend poursuivre la Ville pour que ce type de geste de la part d’un policier envers un mineur ne se reproduise plus.

Les procédures judiciaires sont longues, ardues et pas toujours concluantes pour les victimes de profilage racial. « Mais si ce n’est pas concluant, je vais pousser plus loin. Je dois le faire pour mes fils. »