Il tente de « gagner du temps », selon la Couronne

Publié le 22 juill. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Un ex-fonctionnaire corrompu et sa conjointe n’ont pas daigné se présenter pour entendre leur sentence jeudi, alors que leur dossier traîne devant les tribunaux depuis plus de sept ans. La Couronne a dénoncé les « stratégies machiavéliques » de Roger Adama Klouvi pour « gagner du temps ». Mécontent, le juge a lancé un mandat d’arrêt à leur endroit.

« Gagner du temps. Ce n’est que ça ! Ce n’est que ça ! […] Les accusés font ce qu’ils veulent, quand ils veulent, où ils veulent, au gré du vent. Ça va faire ! », s’est insurgé le procureur de la Couronne fédérale, MFrédéric Carle, en constatant l’absence des accusés. Le ministère public réclame 30 mois de pénitencier pour l’ex-fonctionnaire et un an d’emprisonnement avec sursis pour sa conjointe. La fraude s’élève à des dizaines de milliers de dollars.

Accusés en 2014, Roger Adama Klouvi et sa conjointe Ameoli Quambah Aquerebourou étaient pourtant obligés d’être présents en personne ce jeudi pour l’imposition de leur peine. D’autant que cela fait presque deux ans que le juge Christian M. Tremblay les a reconnus coupables de nombreux chefs d’accusation, dont fraude, complot, ainsi que fraudes envers le gouvernement en tant que fonctionnaire dans le cas de M. Klouvi.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Roger Adama Klouvi et Ameoli Quambah Aquerebourou

Pendant des années, le fraudeur a puisé dans un programme de subventions pour aînés de Service Canada grâce à d’ingénieux stratagèmes. Roger Adama Klouvi a profité du fait qu’il traitait lui-même les demandes de subventions du Programme Nouveaux Horizons pour les aînés (PNHA) du gouvernement fédéral pour ficeler de nombreuses subventions frauduleuses.

Avec l’aide de complices, M. Klouvi a mis sur pied des organismes communautaires bidon liés à la communauté togolaise de Montréal. Il révisait les faux projets de subventions, obtenait de fausses lettres d’appui et de fausses signatures et autorisait la subvention dans son rôle de fonctionnaire fédéral. Un administrateur complice encaissait finalement les fonds et partageait l’argent entre les complices.

« Un problème de communication », dit l’ex-fonctionnaire

Présent par visioconférence, mais sans caméra, Roger Adama Klouvi a brièvement expliqué au juge qu’il ignorait que le juge devait prononcer sa sentence jeudi. « J’ai reçu la communication il y a quelques heures. C’est un problème de communication. J’avais compris que c’était pro forma aujourd’hui », s’est-il justifié.

« Vous devez être là même pour un pro forma », a rétorqué le juge Christian M. Tremblay. Une audience « pro forma », soit pour la forme, sert souvent à fixer une autre date d’audience. Selon la Couronne, il était d’une « clarté absolue » que la sentence devait être rendue jeudi.

Mme Aquerebourou, quant à elle, « travaillait » jeudi, a expliqué MAlexandre Garel, qui représente uniquement M. Klouvi sur la sentence. L’avocat s’est d’ailleurs confondu en excuses lors de l’audience, même s’il n’est pas responsable de l’absence de son client.

Devant l’absence des fraudeurs, le juge Tremblay a constaté leur « défaut » de comparaître et a lancé un « mandat d’arrestation rapportable ». Ainsi, s’ils ne se présentent pas en cour lundi prochain pour leur sentence, ils risquent d’être arrêtés et détenus. « Il va falloir qu’ils fassent face à la réalité », a prévenu le juge Tremblay.

« Je vous laisse une chance. Soyez devant moi », a conclu le juge.