Arsène Mompoint et des membres de son entourage ont été pris complètement par surprise par le tueur qui a abattu le chef de gang, jeudi, à Kanesatake, selon une vidéo du crime qui circule depuis samedi sur les réseaux sociaux.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Dans la vidéo d’une vingtaine de secondes obtenue par La Presse, on peut voir ce que nous avons écrit samedi matin : Mompoint était attablé avec d’autres individus à la droite de l’entrée, dans le magasin de cannabis The Green Room, sur la route 344, à Kanesatake. Il tournait le dos à l’entrée lorsque le suspect s’est dirigé immédiatement vers la table, s’est approché tranquillement de lui par-derrière, a sorti une arme de poing de la poche de son kangourou et a ouvert le feu, avant de prendre la fuite en courant.

Le suspect se trouvait à environ deux mètres de Mompoint lorsqu’il a tiré. Alors que le tireur prenait ses jambes à son cou, ceux qui accompagnaient Arsène Mompoint ont précipitamment quitté le magasin, laissant la victime sur place.

Mompoint, qui a été victime d’une tentative de meurtre en 2019, juste avant d’être arrêté dans une opération antidrogue, était discret et sur ses gardes depuis sa libération de prison à la mi-avril, car il savait que sa vie pouvait être menacée.

La vidéo semble montrer que les membres de sa garde rapprochée et lui avaient baissé la garde et devaient se sentir en sécurité au moment où le tireur est entré dans le magasin et a abattu le chef de gang de plusieurs balles.

Une autre hypothèse que les enquêteurs des Crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ), qui mènent l’enquête, devront examiner est celle voulant que la victime ait été trahie ou soit tombée dans un traquenard.

Véhicule de fuite incendié

Le crime était bien planifié. Le suspect serait arrivé sur place dans un vieux modèle de véhicule utilitaire sport Ford, de couleur pâle, dont la SQ a diffusé une photo vendredi.

PHOTO FOURNIE PAR LA SÛRETÉ DU QUÉBEC

Le véhicule utilitaire sport de marque Ford qu’aurait utilisé le suspect

Après le crime, il serait reparti avec le même véhicule qui a vraisemblablement été retrouvé incendié une dizaine de kilomètres plus loin, dans un endroit isolé du rang Sainte-Sophie, à Oka. On peut donc penser que le tireur a ensuite été cueilli en voiture par un complice.

À une certaine époque, la police considérait qu’un meurtre commis avec un véhicule qui était ensuite abandonné et incendié portait la signature des motards.

La SQ a aussi publié une image du suspect, un homme qui portait une casquette noire, un kangourou gris, un pantalon noir et dont le visage était couvert d’un bandana gris.

IMAGE FOURNIE PAR LA SÛRETÉ DU QUÉBEC

Image du suspect publiée par la Sûreté du Québec

Elle demande à toute personne ayant des informations pouvant mener à l’identification et à l’arrestation du suspect de communiquer de façon confidentielle avec sa Centrale de l’information criminelle au 1 800 659-4264.

L’image a visiblement été tirée d’une vidéo captée par les caméras de surveillance du magasin de cannabis où Mompoint a été tué, The Green Room, avant que le suspect n’y entre.

Plus d’un suspect potentiel

C’est au Green Room qu’a eu lieu l’important rassemblement à Kanesatake ayant fait les manchettes il y a plus de deux semaines.

Selon nos informations, ce rassemblement n’a pas fait l’unanimité sur le territoire, et Mompoint, qui aurait été l’un des organisateurs, aurait été avisé de ne plus mettre sur pied de tels évènements à Kanesatake, nous ont confié des sources.

Arsène Mompoint, 47 ans, était considéré par la police comme un acteur influent du crime organisé montréalais et un contractuel pour la mafia et d’autres groupes criminels.

PHOTO FOURNIE PAR LA SÛRETÉ DU QUÉBEC

Le défunt chef de clan de la mafia Andrew Scoppa (à gauche) et le chef de gang Arsène Mompoint (à droite) lors d’une filature policière en 2016, durant l’enquête Estacade, qui visait Scoppa

D’après nos informations, le défunt chef de gang aurait été impliqué, notamment à titre de commanditaire, dans de nombreux meurtres et autres crimes survenus ces dernières années dans la région de Montréal et même dans d’autres pays.

Il était notoire qu’il était en conflit avec d’autres acteurs importants du crime organisé montréalais.

Vendredi, le maire d’Oka, Pascal Quevillon, a déclaré à La Presse qu’il serait temps que les gouvernements fédéral et provincial fassent « le ménage » à Kanesatake en raison du crime organisé qui serait, selon lui, beaucoup plus présent sur le territoire autochtone, surtout depuis la légalisation de la marijuana.

M. Quevillon demande notamment la création d’une équipe policière mixte qui n’hésiterait pas à entrer sur le territoire pour lutter contre le crime organisé.

« C’est le bordel et le party. Ça prend une escouade pour reprendre le contrôle. Actuellement, c’est une zone de non-droit. Avec la légalisation de la marijuana, le crime organisé a vu la faille. Il est venu sur le territoire et a offert de l’argent pour vendre du cannabis », a expliqué M. Quevillon.

Selon lui, il y a actuellement de 30 à 35 cabanes de vente de cannabis sur la route 344 à Kanesatake, sur une distance de 8 kilomètres.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.