Jean-François Paquet a tout perdu lorsqu’il a tenté d’acheter les services sexuels de deux adolescentes de 16 ans. Cinq ans après son crime, l’ex-enseignant se pose toujours en victime et se dit même « muselé » par les médias, alors qu’il tente d’échapper à la prison par une requête Jordan.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

En se rendant dans un motel de Laval en juin 2016, l’enseignant de 5secondaire à Montréal croyait obtenir les services sexuels de deux adolescentes. Il avait même demandé si les deux filles « s’embrassaient » et si elles étaient « au secondaire ou au cégep ». L’ex-militaire ignorait toutefois que le Service de police de Laval (SPL) avait créé ce scénario pour coincer les agresseurs de mineurs.

Envahi par la « honte » et accablé par des « pertes cognitives », Jean-François Paquet a blâmé les délais judiciaires pour la plupart de ses malheurs, mardi, au palais de justice de Laval. Il témoignait sur les « préjudices » causés par les délais dans le cadre de sa requête de type Jordan pour délais déraisonnables.

Le Lavallois de 49 ans était enseignant, militaire, bénévole, guide de plein air et secouriste en 2016. Maintenant, il affirme n’être même plus capable de se concentrer pour lire. Il survit seulement grâce à ses enfants, dit-il.

Blâmant le « sensationnalisme dans les journaux », Jean-François Paquet soutient rester « enfermé » chez lui par crainte d’être reconnu en public. Mardi, il n’a pas hésité à montrer du doigt les médias. Même s’il a témoigné pendant une bonne heure, il s’est senti « muselé » par « la présence de La Presse », a déclaré son avocate, MAudrey Cazes-Hardy.

Le camp Paquet s’est même privé de présenter des témoins et de déposer certains rapports en preuve « compte tenu de la présence de La Presse ». La juge, comme la procureure de la Couronne MKarine Dalphond, a rappelé le caractère public des procédures judiciaires. La juge a d’ailleurs écarté une demande de huis clos de la défense.

Minimisation de ses torts

Deux ans depuis sa déclaration de culpabilité, le Lavallois semble toujours minimiser la gravité de ses crimes. Selon lui, les « vraies victimes » sont ses propres enfants, qui subissent un tort immense depuis cinq ans. « On veut protéger les enfants, mais on a créé deux victimes », a pesté Jean-François Paquet.

C’est cependant la « gravité du geste commis » par l’accusé qui a amené les conséquences sur sa famille, avait tranché la juge Yanick Laramée l’an dernier.

De plus, la Cour d’appel a rappelé ce printemps que les opérations d’infiltration ne doivent pas être considérées comme des crimes sans victime, puisque la police de Laval a « sans aucun doute permis de protéger plusieurs victimes potentielles d’activités d’exploitation sexuelle ».

« Je respecte votre jugement, mais j’ai regardé un site qui disait ‟adulte” », a lâché Jean-François Paquet, avant d’être coupé par la juge. Celle-ci l’avait déclaré coupable en mai 2019 en qualifiant sa version d’« invraisemblable ». Il avait évoqué un « blocage » causé par son déficit d’attention.

Si la juge n’accorde pas l’arrêt du processus judiciaire le mois prochain, les parties présenteront une suggestion commune de six mois de détention, soit la peine minimale.