(Québec) Noureddine Mimouni a été accusé mardi à Québec du meurtre de Nathalie Piché. Il s’agirait selon toute vraisemblance du 13e féminicide à survenir dans la province depuis le début de l’année.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

L’homme de 33 ans a comparu brièvement mardi après-midi au palais de justice de Québec. L’accusé doit être de retour en cour le 29 juin. Il restera détenu pour l’instant.

M. Mimouni a été accusé du meurtre de Nathalie Piché, 55 ans. La victime a été retrouvée morte un peu après 2 h du matin, dans la nuit de lundi à mardi, dans son logement du quartier Lairet, à Québec, non loin du Centre Vidéotron.

Ce sont des locataires de l’immeuble de six logements qui ont averti la police, alertés par les bruits d’une violente dispute. Le suspect s’est livré au poste de police Victoria vers 4 h ; il a ensuite été arrêté et accusé de meurtre.

L’homme était connu des autorités. Le dossier de Mimouni indique qu’il avait déjà été arrêté le 30 décembre dernier. Il avait alors été accusé de voies de fait, menaces de mort et séquestration. Selon Le Soleil, il s’en était pris à Nathalie Piché.

Les accusations avaient été retirées car Mimouni se serait engagé à ne pas importuner Mme Piché, toujours selon Le Soleil.

« Le cœur rempli de peines et de haine »

Sur les réseaux sociaux, les témoignages d’amour et de sympathie envers les proches de Nathalie Piché ont fusé tout au long de la journée de mardi. « Ma petite maman qui est devenue une étoile. J’ai le cœur rempli de peines et de haine. Repose en paix maman d’amour, veille sur nous », a notamment écrit l’une de ses filles. « Je t’aime à l’infini et encore plus », a soutenu son autre fille dans une publication sur sa page Facebook, sous laquelle des dizaines de personnes ont offert leur soutien à la famille immédiate de la défunte.

Une amie de la femme de 55 ans, Mélanie Ratté Bisaillon, s’est aussi dit « sous le choc » d’apprendre la nouvelle. « Je n'y crois pas. Je ne veux juste pas. On avait pourtant dit, pas une de plus! », s’est-elle exclamée.

« La réalité est beaucoup trop lourde. Et les échos sont vides de sens. Il reste quoi ? Pendant que mes paroles s'envolent, le silence reste. Puisse-t-il apaiser ton corps afin que la violence qui t'a emporté brutalement s'évapore. Libère tout sans crainte. On se reprendra là-haut pour notre souper. On trouvera bien une façon. En attendant, tu continueras d'exister à travers plein de nous », a écrit l’auteure de profession.

L’organisme SOS Violence Conjugale a déploré de son côté que Mme Piché soit déjà « la treizième femme à mourir en quelques mois dans un contexte de violence conjugale ». « On dépasse maintenant le nombre annuel qu'on a connu dans les dernières années... et on est juste en juin », a-t-il illustré.

« On demande à chacune et à chacun de faire un geste concret contre la violence. N'importe quoi, mais quelque chose. [...] Textez cette amie, cousine ou collègue qui ne vous donne plus de nouvelles depuis quelques temps. Partagez une publication contre la violence, n'importe laquelle. Faites un don à une Maison d'hébergement près de chez vous. Parlez à vos enfants et à vos ados pendant que c'est encore facile de le faire... n'importe quoi. Il faut que ça cesse », a imploré l’organisme dans un vibrant cri du cœur. La ligne d’aide 1-800-363-9010 est d’ailleurs disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept, rappelle Sos Violence Conjugale. Il est aussi possible d’écrire au 438-601-1211, en cas de besoin. « Si vous avez besoin d'aide, appelez, textez, chattez nous... on est au poste pour vous. N'hésitez pas. »

Guilbault invite à la vigilance

Le nombre de féminicides présumés a augmenté au Québec depuis le début de la pandémie. Il y avait eu 16 femmes et filles tuées en 2018, puis 13 en 2019. Il y en a eu 23 en 2020, et déjà 13 en 2021, alors que la moitié de l’année n’est pas encore atteinte.

« Les services sont là, mais malheureusement, il semble qu’on ne pourra jamais tout empêcher », a réagi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault

La ministre a enjoint aux femmes « qui vivent dans des milieux violents ou pas, qui sentent qu’elles ne sont pas à l’aise », de quitter leur milieu de vie et de « demander de l’aide ». Elle a aussi invité la population à être vigilante et à signaler des situations potentiellement violentes.

Les propos de la ministre Guilbault ont fait sursauter le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale.

« On est indignées face aux propos de la ministre Guilbault, qui est sortie pour dire que les services sont là, mais qu’on ne pourra pas tout empêcher », a lancé en entrevue Anne-Valérie Lemieux Breton, du Regroupement.

« Je me demande si elle serait prête à dire ça en pleine face à la prochaine femme qui sera tuée cette année mais qui est encore en vie. Quel mépris. »

Selon elle, il « faut travailler en amont », notamment en éduquant les jeunes à la sexualité ou à la notion de consentement. « Il faut des changements en profondeur. Il faut l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes. Il faut briser le silence, dénoncer ces violences-là. Il faut déconstruire les modèles qui valorisent une masculinité toxique, la banalisation de la violence. »

Le Regroupement organise une marche contre les violences faites aux femmes, jeudi à 17 h à l’église Saint-Jean-Baptiste.