Sylvain Villemaire était psychoéducateur dans une école secondaire de Montréal-Nord lorsqu’il s’est « fait livrer » d’Afrique une fillette de 8 ans pour qu’elle devienne son esclave sexuelle. Pendant trois ans, cette enfant déracinée a « vécu l’enfer » aux mains de son bourreau, qui pourrait être déclaré délinquant dangereux.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Elle était sa prisonnière. […] Malgré la mascarade de cette offre de belle vie, cette enfant a été marchandée, sacrifiée et abandonnée », a tranché vendredi le juge Pierre Labelle dans un jugement au vitriol.

Le Montréalais de 59 ans a été reconnu coupable de distribution de pornographie juvénile et de traite de personnes mineures, un crime souvent décrit comme de l’esclavage moderne. Le pédophile avait déjà plaidé coupable à d’autres accusations de nature sexuelle l’automne dernier, notamment pour avoir détenu 8000 photos de pornographie juvénile.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Sylvain Villemaire, psychoéducateur à la retraite

Théâtre de l’horreur, le procès de Sylvain Villemaire a mis en lumière une affaire extrêmement troublante. Comment une fillette de 8 ans a-t-elle pu être déracinée de son pays natal pour être exploitée sexuellement par un psychoéducateur d’expérience spécialisé dans l’aide aux adolescents vulnérables ?

Une ordonnance de non-publication protégeant l’identité de la victime nous empêche cependant de rapporter certains éléments importants du dossier.

« Contrat »

Au procès, la victime – maintenant âgée de 14 ans – a livré un récit à la limite du supportable en détaillant les sévices sexuels de plus en plus terribles qu’elle a subis au fil des ans. « Il m’a tiré les cheveux et m’a couchée. Il m’a dit que ma mère m’avait vendue », a-t-elle confié avec une froideur désarmante.

La fillette avait d’ailleurs signé un « contrat » avec l’accusé indiquant qu’il pouvait lui faire « ce qu’il veut, comme il veut et quand il veut ». Elle s’engageait à ne jamais témoigner contre lui.

De 2015 à 2018, Sylvain Villemaire l’a agressée sexuellement de trois ou quatre fois par semaine. Dans les faits, elle était « la femme de M. Sylvain ». Devant ses refus, le bourreau la menaçait de la « ramener » dans son pays. Sa mère lui demandait alors de « continuer » de se soumettre à Sylvain Villemaire. À une occasion, une femme adulte invitée par l’accusé s’est même jointe à l’agression sexuelle.

Le traitement qu’elle a subi aux mains de l’accusé n’est rien de moins que de l’asservissement, puisqu’il l’utilisait comme une marionnette.

Le juge Pierre Labelle

Une lettre retrouvée par les policiers montre l’étendue du contrôle de l’ex-psychoéducateur sur sa victime. « Je sais que je dois être ta femme et ta maîtresse […], je ferais de mon mieux pour le faire avec amour. S’il te plaît, je ne veux pas aller en Afrique, ce sera un grand plaisir pour moi et pour toi que je sois ta femme et ta maîtresse », avait écrit la fillette.

Des réponses « tordues » et « absurdes »

L’homme de 59 ans a témoigné avoir seulement recherché de l’« affection » chez la fillette et n’avoir jamais « voulu [l’]abuser ». D’ailleurs, celle-ci ne s’est jamais plainte et a même engagé les premiers contacts sexuels, s’est-il défendu. Aussi, il était dépressif et souffrait d’un prétendu cancer en phase terminale à l’époque.

La défense de Sylvain Villemaire a toutefois été passée au tordeur par le juge qui a comparé ses réponses « tordues » et « absurdes » à l’œuvre de Franz Kafka. L’accusé était clairement motivé par son « envie de perpétuer son contrôle » sur la victime, estime le juge.

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MAmélie Rivard, procureure de la Courronne

Détenu depuis trois ans, Sylvain Villemaire risque une longue peine d’emprisonnement, puisque la peine minimale est de cinq ans pour traite de personnes mineures. La peine maximale est de 14 ans. La procureure de la Couronne MAmélie Rivard a demandé au juge de faire évaluer l’accusé dans un institut psychiatrique afin de déterminer s’il doit être déclaré délinquant à contrôler ou délinquant dangereux, des étiquettes réservées aux pires criminels.

Sylvain Villemaire, qui se défend seul, a mis à l’épreuve la patience du juge en l’interrompant à de nombreuses reprises pendant l’audience. Le pédophile a martelé qu’il « s’opposait à tout » et a refusé de collaborer à la confection d’un rapport. « C’est déplorable pour vous », a rétorqué le juge. « Je ne vous fais pas confiance, M. le juge », a-t-il lancé.

Si le juge ordonne son évaluation à l’institut psychiatrique dans deux semaines, Sylvain Villemaire n’entend pas collaborer avec les spécialistes. « Je vais bouder dans ma cellule », a-t-il affirmé. Il prévoit aussi de faire appel de la décision.