Mamadi Camara, accusé à tort d’avoir tenté de tuer un policier en le désarmant, a accepté les excuses du directeur de la police montréalaise Sylvain Caron.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a présenté ses excuses en personne lundi matin à M. Camara, confirme son avocate, MVirginie Dufresne-Lemire.

« Il a apprécié que M. Caron se déplace et a reçu et accepté les excuses du SPVM. »

Il s’agit d’un geste essentiel pour entamer le processus de guérison de M. Camara et ses proches, qui se posent toujours « énormément de questions, explique MDufresne-Lemire.

Même s’il « va bien », son client reste selon elle ébranlé et dépassé par les évènements de la semaine dernière. Il demeure toujours hors de son logement avec sa conjointe enceinte de jumeaux. « C’est quelque chose ce qu’il a vécu. Ce sont des choses avec lesquelles il est peu familier. »

Il doit rencontrer sous peu la direction de Polytechnique pour réintégrer ses fonctions de chargé de laboratoire. Un support lui sera offert pour faciliter son retour au travail.

Le DPCP refuse de s’excuser

De son côté, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) refuse de s’excuser auprès de Mamadi Camara.

Questionnée à deux reprises par La Presse Canadienne à savoir si des excuses seront présentées à M. Camara, la porte-parole du DPCP, MAudrey Roy-Cloutier, a répondu que la position de l’organisation se trouve dans un communiqué de presse où il « explique sa démarche ».

Or, il n’est aucunement question d’excuses dans ce document publié vendredi. Le DPCP tente plutôt de justifier les actions qu’il a posées et évite de dire quelles preuves convaincantes il détenait pour accuser Mamadi Camara, se contentant de noter que le SPVM lui avait transmis « des témoignages et les informations relatives à la scène de crime ».

Bien que Mamadi Camara ait été placé en état d’arrestation par la police, il revenait au DPCP de déterminer dans les 24 heures si des accusations devaient être portées contre lui.

Le DPCP indique également dans son communiqué que pour déposer des accusations, un procureur « doit être convaincu, sur le fondement de son analyse objective de la preuve, qu’un juge ou un jury impartial et bien instruit en droit pourrait raisonnablement conclure à la culpabilité du suspect à l’égard de l’infraction révélée par la preuve ».

Vendredi en fin d’après-midi, dans un geste exceptionnel, le chef de police de Montréal a annoncé publiquement que Mamadi Camara était innocent et qu’il s’excusait pour « les inconvénients ». Le DPCP a aussitôt indiqué qu’il ne comptait pas reprendre les procédures à l’égard de M. Camara, comme le lui permettait le Code criminel, mais n’a pas offert d’excuses.

Au cours des derniers jours, plusieurs voix se sont élevées, dont celle du premier ministre Justin Trudeau, pour réclamer que la lumière soit faite sur les évènements.

La demande d’entrevue faite au Directeur des poursuites criminelles et pénales par intérim, MVincent Martinbeault, par La Presse Canadienne a fait l’objet d’une fin de non-recevoir « par respect pour l’enquête en cours et les procédures judiciaires qui pourraient en découler ».

« Il est impératif que nos communications publiques ne nuisent pas à ce processus afin qu’ultimement, l’agresseur de l’agent Sig soit traduit devant les tribunaux et que la justice puisse suivre son cours », a expliqué sa porte-parole dans un courriel.

– Avec La Presse Canadienne