Le Barreau du Québec vient de déposer une nouvelle série de griefs pour étayer sa plainte pour outrage au tribunal contre Mario Roy, ce leader du mouvement antimasque qui mène une étonnante croisade pour faire arrêter François Legault et Horacio Arruda pour « haute trahison  ».

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

M. Roy est dans le collimateur de l’ordre professionnel des avocats depuis des mois. Le syndic du Barreau lui reproche d’exercer illégalement le métier d’avocat sans en avoir les compétences, en multipliant les avis juridiques donnés aux dizaines de milliers de personnes qui suivent sa page Facebook.

Une ordonnance du juge Jean-Guy Dubois prononcée en mai 2018 lui interdit formellement « d’agir de manière à donner lieu de croire » qu’il est autorisé à faire des actes juridiques réservés aux avocats. Le leader antimasque refuse cependant de s’y conformer et incite régulièrement son auditoire à défier les décrets sanitaires du gouvernement en affirmant qu’ils sont illégaux. Le Barreau reconnaît lui-même éprouver « de grandes difficultés à faire respecter la loi et les ordonnances des tribunaux que Mario Roy viole par le biais de ses pages Facebook ».

Vendredi, M. Roy s’est présenté au palais de justice de Montréal pour obtenir le report d’une procédure dans une cause d’outrage au tribunal à laquelle il fait face, en lien avec ses violations alléguées de l’ordonnance du juge Dubois.

Prétextant que le chat de sa conjointe était tombé sur son ordinateur et l’a endommagé, ce qui le privait de l’accès aux logiciels nécessaires pour rédiger sa requête, il a demandé un délai jusqu’au mois de janvier. Le Barreau ne s’y est pas opposé.

Le droit de faire des arrestations citoyennes ?

Le Barreau lui reproche, dans une nouvelle série de griefs déposés cette semaine, d’avoir diffusé une vidéo dans laquelle il prétend avoir créé une « jurisprudence » en matière d’« arrestations citoyennes ». Il dit connaître « la façon de procéder » pour arrêter des particuliers, mais aussi des juges et des avocats contre qui existeraient, selon lui, des « preuves » de corruption. « J’ai officiellement le droit [de faire des arrestations citoyennes]. Et vous avez officiellement le droit, si vous avez un dossier de preuve concernant les crimes commis », a-t-il dit sur Facebook.

Il a aussi incité les commerçants à ouvrir leurs commerces puisque, selon lui, les constats d’infraction remis par les autorités « ne sont pas valides ». « Il n’y a pas un policier qui va vous donner un ticket. S’il vous en donne un, il ne vaut rien », prétend M. Roy.

Mario Roy soutient qu’il a des « preuves » que la direction de la protection de la jeunesse est un « réseau d’enlèvement d’enfants » dont le Barreau est « complice », mais que les médias refusent de l’écouter.

Il a déjà été déclaré plaideur quérulent en Cour du Québec, mais continue d’intenter différentes actions en Cour supérieure, où il n’a pas ce statut réservé aux individus qui multiplient les démarches frivoles ou sans fondement. Il a aussi déjà été reconnu coupable d’outrage au tribunal pour une première série de violations des ordonnances du juge Dubois, mais n’a reçu aucune sanction à ce jour.

Une figure de proue du mouvement antimasque

Depuis le début de la pandémie, il figure parmi les plus importants leaders du mouvement antimasque. Il a organisé le 14 novembre un grand convoi de véhicules jusqu’au siège de l’Assemblée nationale, au début duquel il a été arrêté par les policiers de Longueuil pour intimidation et menaces à l’égard d’un manifestant anticonspirationniste cagoulé qui photographiait les participants. M. Roy a tenté de procéder à l’arrestation citoyenne du manifestant, qu’il accuse d’avoir commis une « tentative de meurtre » en reculant vers lui avec son véhicule. La Police de Longueuil confirme qu’il n’y a cependant jamais eu de contact entre le véhicule et M. Roy, qui a été relâché peu après l’incident.

Il a plus tard été mis à l’amende lors d’une manifestation devant l’hôtel du Parlement, à Québec, où lui et d’autres participants refusaient de porter le masque et d’observer une distance de deux mètres. M. Roy a dit qu’il était « content » d’avoir reçu un constat d’infraction et affirme qu’il le contestera en faisant témoigner François Legault et Horacio Arruda devant le tribunal pour qu’ils répondent des « crimes » qu’ils ont commis.

Il est la figure de proue d’une aile plus radicale du mouvement de contestation, qui s’est scindé en deux après que M. Roy eut accusé la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple et son président, Stéphane Blais, de « dépenser comme un moron » près de 500 000 $ récoltés en dons du public. Cette fondation a été créée pour mener des recours civils contre le gouvernement et ses mesures sanitaires. L’avocat constitutionnaliste Guy Bertrand, qui a rédigé un recours en son nom, s’est dissocié de l’organisation en affirmant que ses représentants tenaient des « propos mensongers » qui induisaient la population en erreur.

Les deux factions du mouvement antimasque ont conclu une trêve la semaine dernière. Mario Roy et Stéphane Blais ont annoncé sur Facebook que la Fondation de M. Blais se contenterait désormais de mener des actions civiles contre le gouvernement, alors que l’organisation de M. Roy se chargerait du « volet criminel » des actions visant le gouvernement.

La Fondation pour la défense des droits et libertés a promis de fournir ses avocats à M. Roy pour l’aider dans ses démarches. « On a le même objectif que toi d’arrêter ces criminels-là », a alors annoncé M. Blais.

M. Roy organise ce samedi un nouveau convoi de véhicules vers l’hôtel du Parlement et envisage de tenir des BBQ devant le domicile d’Horacio Arruda pour dénoncer les mesures sanitaires.

— Avec la collaboration de Louis-Samuel Perron, La Presse