« Comment se fait-il qu’encore aujourd’hui, les gens prennent le risque de conduire un véhicule avec les facultés affaiblies, au détriment de leur propre vie, de celles de leurs passagers et de quiconque croisera leur route ? »

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Dans une décision très critique à l’égard de l’alcool au volant – un véritable « fléau » au pays –, la juge Karine Giguère a condamné lundi Luz Dary Posada Bastidas à quatre ans de détention pour avoir tué son amie en conduisant à toute allure avec les facultés affaiblies, le printemps dernier. Un crime « inconcevable et incompréhensible », selon la juge.

« Le Tribunal a déjà comparé ce genre de conduite au jeu de la roulette russe, mais en dirigeant l’arme sur les autres. Il réitère que c’est exactement ce que c’est », a conclu la juge, devant les membres de la famille de la victime, assis au premier rang dans la salle d’audience du palais de justice de Montréal.

Le matin du 5 mai dernier, au terme d’une nuit à boire et à chanter, la Lavalloise de 40 ans a perdu la maîtrise de son véhicule sur l’autoroute Décarie, terminant sa course à quelques dizaines de mètres de là dans une rue résidentielle de l’arrondissement de Saint-Laurent.

Luz Dary Posada Bastidas roulait à 160 km/h avec un taux d’alcoolémie près de trois fois plus élevé que la limite permise. Si la chauffarde a été gravement blessée, sa passagère Myriam Soler n’a eu aucune chance. La conductrice a ainsi plaidé coupable le mois dernier à une accusation de conduite avec les facultés affaiblies.

Il n’existe aucun mot pour décrire l’atrocité de la situation ni la souffrance ressentie par la famille de la victime, et même par Mme Posada Bastidas et les siens. Il n’existe aucun mot, parce que ce type d’accident est incompréhensible. Tout le monde est susceptible de commettre un jour ou l’autre une erreur de jugement. Pourtant, il appert que personne ne se sente concerné.

La juge Karine Giguère

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La victime, Myriam Soler

Les conséquences ont en effet été terribles pour la famille de Myriam Soler, qui travaillait comme préposée aux bénéficiaires dans un hôpital. « En tant que mère, mon cœur est anéanti. C’est une douleur qui pénètre au plus profond de mon âme. Ma fille Myriam était une mère célibataire. Elle laisse une fille de 12 ans », a déjà confié à la cour la mère de la victime.

L’alcool au volant est un « fléau », selon la juge, puisque c’est un crime commis par « monsieur et madame Tout-le-Monde ». C’est d’ailleurs l’infraction la plus meurtrière au Canada, rappelle-t-elle. C’est pourquoi les peines doivent être « sévères » pour lancer « le message que les tribunaux seront de plus en plus intolérants ».

« Comment comprendre qu’en 2020, après des années de campagnes publicitaires chocs, l’augmentation des peines minimales et toutes les mesures mises en place en matière de raccompagnement, les tribunaux doivent encore dénoncer la conduite d’un véhicule à moteur avec les capacités affaiblies, et encore plus lorsqu’elle a comme conséquence néfaste la mort d’une personne », se demande la juge.

La juge Giguère a ainsi condamné Luz Dary Posada Bastidas à 47 mois de détention, dont il lui reste 40 mois à purger. Il lui sera aussi interdit de conduire pendant six ans à la fin de sa peine. Il s’agissait d’une suggestion commune des avocats.