La mère des deux fillettes retrouvées mortes a exprimé lundi sa « douleur incommensurable », tandis que la chasse à l’homme pour retrouver le père, Martin Carpentier, se poursuivait toujours.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

(Lévis) « Mes bébés, je vous aime tellement », a lancé dans un cri de douleur Amélie Lemieux en entrant dans le mémorial en souvenir de ses filles Norah et Romy.

La mère s’est effondrée. Puis elle a commencé à regarder chaque message, chaque peluche laissés à la mémoire des filles de 11 et 6 ans, retrouvées mortes, samedi, dans un boisé de Saint-Apollinaire.

Ces filles, c’étaient ses filles.

Lundi après-midi, la mère endeuillée a passé de longues minutes dans le mémorial installé dans le parc des Chutes-de-la-Chaudière, à Lévis. Elle était entourée de nombreux membres de sa famille et de son conjoint actuel. Tous étaient en larmes.

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La mère endeuillée a passé de longues minutes dans le mémorial installé dans le parc des Chutes-de-la-Chaudière, à Lévis. Elle était entourée de nombreux membres de sa famille et de son conjoint actuel. Tous étaient en larmes.

Amélie Lemieux a ensuite lu, devant les médias, une déclaration écrite, sa première sortie depuis la disparition de ses filles mercredi dernier. Elle n’a fait aucune mention de Martin Carpentier, le suspect que la police tente désespérément de retrouver.

Son message était destiné à ses deux filles, ses deux « princesses ».

« Mes deux belles princesses d’amour, je vous ai tant voulues et attendues », a commencé la mère, dont le discours a été interrompu par des sanglots déchirants. « Dès le premier souffle, je vous ai aimées inconditionnellement».

Vous êtes toute ma vie, ma raison d’exister. Soyez mes étoiles dans la nuit qui guideront mes pas dans cette douleur incommensurable. Je vous aime à la folie, je vous aime à l’infini.

Amélie Lemieux, mère des deux fillettes mortes

Une cinquantaine de personnes ont écouté le discours dans le petit parc, sous le soleil de fin de journée. Des collègues de Mme Lemieux, qui a longtemps travaillé auprès de la petite enfance comme éducatrice, étaient venus sur place pour la soutenir.

Beaucoup retenaient leurs sanglots. D’autres pleuraient sans retenue. Des journalistes, ébranlés, grimaçaient de douleur derrière leurs masques.

Une collecte de fonds

Après la courte déclaration de Mme Lemieux, l’avocat dont la famille a retenu les services, Me Maxime Roy, a précisé que « considérant l’enquête en cours, [la famille ne ferait] pas d’autres déclarations ».

MRoy est un criminaliste très connu à Québec. Selon ce qu’il a expliqué à La Presse, il gérera surtout les relations publiques de la mère.

Celle-ci a été assaillie de demandes des médias dans les derniers jours. Certains journalistes se sont même présentés chez elle, à Lévis. L’avocat espère que cette sortie permettra à sa cliente de vivre son deuil en paix.

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Beaucoup retenaient leurs sanglots. D’autres pleuraient sans retenue.

Juste avant de livrer son message à ses filles, la mère tenait à écouter deux chansons. Dans le petit mémorial, entourée de ceux qu’elle aime, elle a fait jouer les deux dernières pièces qu’elle avait écoutées avec chacune de ses filles : Walk Me Home, de Pink, et L’Amérique pleure, des Cowboys Fringants.

La mort de Norah et de Romy a ébranlé le Québec. Le premier ministre, François Legault, a dit en après-midi « penser à la mère des petites filles ». « Les policiers vont tout faire pour retrouver le coupable », a assuré M. Legault, avant d’inviter les parents en détresse à chercher de l’aide. Il a mentionné la Ligne-Parents (1 800 361-5085).

Par ailleurs, une collecte de fonds pour la mère a été organisée sur la plateforme GoFundMe, intitulée « Les petites sœurs Carpentier ». Lundi soir, près de 30 000 $ avaient été récoltés.

Le mystère demeure

La première sortie publique d’Amélie Lemieux depuis la disparition de ses filles mercredi dernier laisse plusieurs questions en suspens. Les journalistes n’ont pas pu lui en poser lundi.

Pourquoi Martin Carpentier a-t-il enlevé ses filles, comme la police le soupçonne de l’avoir fait ? Quel était l’état d’esprit de l’ex de Mme Lemieux ? Pour l’instant, impossible de le savoir.

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Martin Carpentier

Martin Carpentier était toujours recherché lundi soir. Un citoyen a alerté les policiers en fin de journée, affirmant avoir vu un homme courir dans un champ à Saint-Agapit, au sud de Saint-Apollinaire. Le ratissage des lieux a duré jusqu’à la tombée du jour, sans succès.

La police n’exclut pas que l’homme soit mort. La Sûreté du Québec (SQ) avait confirmé à La Presse vendredi que des traces de sang avaient été découvertes dans la voiture accidentée du suspect, abandonnée au kilomètre 288 de l’autoroute 20.

  • Les recherches de la police se poursuivent pour retrouver le fugitif Martin Carpentier.

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    Les recherches de la police se poursuivent pour retrouver le fugitif Martin Carpentier.

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« Soyons honnêtes, plus le temps avance, plus ça joue contre lui. Il a pu être blessé, il fait très chaud », a expliqué Ann Mathieu, porte-parole de la SQ.

Le fugitif a brièvement été instructeur chez les scouts. Mais son passage a été si court qu’il serait présomptueux d’en déduire que l’homme est un expert de survie en forêt, selon Dominique Moncalis, directrice des communications de l’Association des scouts du Canada.

On ne peut pas présumer de choses comme ça. Il était animateur depuis septembre dernier. C’est quand même très récent. Et on a cessé les activités en mars à cause de la pandémie, donc il a été animateur très peu de temps.

Dominique Moncalis, directrice des communications de l’Association des scouts du Canada

De nombreux chiens pisteurs ont été appelés en renfort lors de la sixième journée de recherches. Des policiers ont ratissé un secteur boisé de Saint-Apollinaire près du rang Saint-Lazare.

Le maire de Saint-Apollinaire appelle la population à agir prudemment. « Il y a des gens un peu fantasques qui aimeraient le trouver, qui sont un peu plus malins, qui essaient d’être justiciers, lance Bernard Ouellet. Il paraît qu’il y a encore des VTT qui se sont promenés dimanche. Il y a des fausses nouvelles qui circulent sur Facebook. C’est malheureux. On demande aux gens de faire attention. »

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Par ailleurs, la police n’écarte pas que l’homme soit armé. « On ne peut pas négliger cet aspect-là, parce qu’on n’a jamais vu ou croisé Martin Carpentier, rappelle Ann Mathieu. Qu’est-ce qu’il a fait après la collision de voiture ? Il a pu se procurer n’importe quoi, ou peut-être que non. On ne peut pas négliger le fait qu’il pourrait être en possession d’objets dangereux. »

– Avec Marie-Ève Morasse, La Presse